Maghreb et Moyen Orient

Dimanche 27 mai 2012 7 27 /05 /Mai /2012 20:58

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Hervé Bourges, tour à tour «geôlier» puis conseiller de Ben Bella, avant de devenir un observateur attentif de l'Algérie, analyse les mutations du plus grand pays d'Afrique.

 
Slate Afrique - Vous êtes un acteur et un observateur de la relation franco-algérienne. Comment expliquez-vous que des jeunes en Algérie connaissent mal la figure de Ben Bella ?
Hervé Bourges - Est-ce que les jeunes connaissent de Gaulle en France? Certes, Ben Bella a été le premier président de l’Algérie indépendante (de 1962 à 1965. Il est décédé le 11 avril 2012). Il a marqué des générations. Mais il a disparu assez vite. Il est resté quinze ans en prison après en avoir fait dix en France. Ensuite, il n’a pas retrouvé une vie active. Il est resté au-dessus de la mêlée. Il jouait un rôle de conseiller en Algérie et au sein de l’Union africaine. C’est tout à fait normal que Ben Bella ne soit pas connu des jeunes générations. A cela s’ajoute la reconstruction historique des manuels scolaires qui parlent de la geste héroïque du FLN (Front de Libération nationale) tout en occultant des passages et des responsables, dont Ben Bella.
Slate Afrique - Estimez-vous que la guerre d’Algérie reste un sujet tabou sur les deux rives de la Méditérranée?
Hervé Bourges - En France, on a mis beaucoup de temps à avouer qu’il s’agissait d’une guerre. On ne pouvait pas en parler alors qu'elle a été si importante pour comprendre la vie politique française de l’époque. C’est la guerre d’Algérie qui a fichu en l'air la IVe République et qui a permis à de Gaulle de revenir au pouvoir. La France était recouverte d’une vraie chape de plomb. Omerta sur le rôle de l’armée, la torture, la position des socialistes, les complots divers et variés pour faire revenir le général de Gaulle au pouvoir. Une guerre sans nom. La France n’a jamais su absorber et décrire ses guerres coloniales en Indochine, au Maroc et en Algérie. C’est par bribes qu’on apprend les choses.
Du côté algérien, il y a la geste historique. Mais les choses ne sont pas aussi simples que cela. Qui est arrivé au pouvoir? Ceux qui étaient à la tête du mouvement national algérien. Et peu ou prou, ils y sont encore aujourd’hui. Il n’y a pas de renouvellement.

Des monuments à la gloire des anciens de l'OAS

Il faut que cette génération accepte qu’on parle de la guerre de façon crue en montrant tous les problèmes de part et d’autre de la Méditerranée. En France, à l’époque de la guerre d’Algérie, on se croyait dans un régime dictatorial. Un passage par la case prison n’était pas exclu pour tous ceux qui prenaient des positions audacieuses sur la guerre d’Algérie.
Slate Afrique - Les journaux français étaient-ils censurés à l’époque de la guerre d’Algérie?
Hervé Bourges - Des journaux apparaissaient avec des blancs car la censure avait coupé des passages. Ce sont habituellement des régimes autoritaires qui agissent comme cela. Par exemple, peu de journaux ont couvert les manifestations d’octobre 1961.
Aujourd’hui, il est normal que les historiens se saisissent de l’histoire. Mais de nos jours, des réticences subsistent, notamment dans le sud de la France où des monuments sont érigés à la gloire des anciens de l’OAS (Organisation armée secrète), ceux-là mêmes qui ont essayé de tuer le général de Gaulle.
Des pans non réglés de l’histoire restent encore entre les mains des lobbies pieds noirs ou harkis… Ce sont des problèmes douloureux mais qu’il faut voir sous tous leurs aspects.

Une version officielle épurée

Côté algérien, il y a la geste historique et pour le reste passez votre chemin. Ne rentrez pas dans des considérations comme les luttes d’influence au sein du mouvement national, les assassinats… En 1962, l’Algérie est éclatée à cause du départ des pieds noirs, du phénomène de l’OAS et d’une indépendance finalement octroyée dans des conditions qui n’étaient pas optimales pour qu’une partie des Européens qui voulaient rester puissent le faire. A cela s’ajoutent les luttes d’influence entre les wilayas (préfectures), autant de petits pouvoirs locaux. L’armée postée à l’extérieur a au moins le mérite d’avoir garanti l’intégrité territoriale et la sécurité dans le pays.
Slate Afrique - Comment expliquez-vous, avec le recul, que le règne de Ben Bella (1962-1965) ait été aussi court?
Hervé Bourges - Ben Bella était une figure charismatique au moment de l’indépendance. Une personnalité internationalement reconnue et mise en avant par Houari Boumediene (Il a dirigé l'Algérie de 1965 à 1978) et Abdelaziz Bouteflika (Président de l'Algérie depuis 1999) comme étant celui qui devait diriger l’Algérie indépendante.
Il a fait face à des difficultés énormes comme la rentrée scolaire, les moissons, les logements et il les a réglées de façon pragmatique. Il avait une vision politique inspirée de ce qui se faisait dans la Yougoslavie de Tito. Mais il n’a pas pu mettre en place une évolution normale de la vie politique et de l’Etat. Comme ses réformes allaient dans tous les sens, certains ont pris ce prétexte pour le destituer.
 
Slate Afrique - Comment avez-vous vécu votre arrestation à Alger après le départ de Ben Bella? Vous avez été enfermé dans un coffre d’une 404, conduit vers une destination inconnue…
Hervé Bourges - Après l’arrestation de Ben Bella, je me suis demandé si je devais rester en Algérie. Bou Maza, le ministre de l’économie de Ben Bella, devient le ministre de la communication de Boumediene et me dit de rester. Abdelaziz Bouteflika me demande également de ne pas quitter l’Algérie. Malgré tout, je suis tout de même arrêté en 1966 lorsque Bou Maza rentre dans l’opposition et part à Tunis.
Des hommes entrent chez moi et sortent un revolver qu'ils prétendent avoir trouvé chez moi. Je leur confie que j’avais déjà vu cette scène dans des romans policiers. Ils voulaient avoir des informations sur des armes de Bou Maza. Mais je ne savais même pas que celui-ci était parti en Tunisie. Ma chance, c’est que tout de suite des responsables, à Alger comme à Paris, sont intervenus pour me sortir de là.
Slate Afrique - Cet incident a-t-il été un acte fondateur dans votre vie professionnelle?
Hervé Bourges - Vous savez, j’avais pris beaucoup de risques en partant en Algérie. Au fond, je suis parti comme ça en me disant que j’étais jeune. A mon retour du maquis, où Ben Bella m'avait envoyé pour discuter avec Aït Ahmed (devenu le dirigeant du FFS - le Front des Forces socialistes), je ne cessais de me dire: «si des militaires t’arrêtent, t’es foutu». J’ai toujours pris des risques. Mais, je n’ai jamais rompu avec l’Algérie.
Slate Afrique - Comment s'est déroulée votre première rencontre avec Ben Bella en 1960?
Hervé Bourges - J’étais au cabinet d’Edmond Michelet en 1960 et ma première mission fut d’organiser le transfert des cinq prisonniers du FLN ( Ben Bella, Mohammed Boudiaf, Aït Ahmed, Mohammed Khider et Rabah Bitat) de l’île d’Aix (Charente Maritime) à Turquant (Maine et Loire). Mais ma première rencontre physique s’est passée à Turquant. Il faut savoir qu’on était dans une période où l’on parlait déjà de tractations et de négociations avec le FLN. Je les voyais tous ensemble si j’avais un message à leur faire passer de la part du gouvernement.

Pourquoi Boudiaf a été assassiné

Sinon, je les voyais individuellement. Et Mohamed Boudiaf était très dur. Lorsqu’il était président (de janvier à juin 1992), quinze jours avant son assassinat en juin 1992, je l’ai rencontré en Algérie. Mohamed Boudiaf était devenu un démocrate. Boudiaf me disait qu’il fallait que l’armée s’incline. Boudiaf était déconnecté. Il s'était entouré de gens qui ne connaissaient pas l'Algérie, qui avaient passé trop de temps en France.
A l'époque où je travaillais pour l'Etat français, au début des années soixante, je devais dire quel était l’état d’esprit des cinq et eux me chargeaient de dire à Michelet (mon ministre) ce qu’ils pensaient. Leur souci, c’était d’avoir davantage de contacts avec leurs familles, leurs avocats et les membres du FLN.
Nous lisions leurs courriers. J’avais ce rôle étonnant. J’ai joué le jeu. Je n’étais ni d’un côté ni de l’autre. J’étais un rapporteur sérieux. J’avais un rôle à jouer même si ce n’était pas facile. Théoriquement ce n’est pas un type comme moi qui aurait dû jouer ce rôle mais un haut fonctionnaire. Je me suis rendu compte de ce qu’on pouvait faire lorsqu’on était dans le système. J’ai vu ce qu’était le pouvoir.
Slate Afrique - Comment s'est passé votre retour en France en 1966. Etiez-vous considéré par certains comme un traître?
Hervé Bourges - J’ai été condamné à mort par l’OAS. J’ai reçu une lettre en France qui me disait que j’étais condamné. De toutes façons, je me rendais parfaitement compte que revenant d’Algérie, que j’aurais des difficultés.

Le printemps algérien de... 1988

A mon arrivée en décembre 1966, j’étais tricard et poursuivi par la vindicte de l’extrême droite. Jean-Marie Le Pen faisait même huer mon nom quand j’étais à la tête de TF1 en m’appelant Mohammed Bourges. Pendant deux ans, je n’ai pas travaillé en tant que journaliste. Je suis resté dans un studio rue Galande, en plein quartier latin. J'ai vécu mai 1968. Cela m'a permis d'écrire un livre avec Daniel Cohn Bendit.
Slate Afrique - Les «historiques» (dont Ben Bella) n'ont ils pas une lourde responsabilité dans la stagnation politique de l’Algérie contemporaine?
Hervé Bourges - Oui, sans doute. Les historiques ont occupé toute la place et n’ont pas organisé leur succession. Ceci étant, l’Algérie est un pays plein de contradictions. Quand il y avait le parti unique, tous les opposants réclamaient l’avènement d’un multipartisme. Aujourd’hui il existe. Mais désormais, les gens se demandent pourquoi ils votent et pour quel pouvoir. L’Algérie donne l’apparence d’un pays qui n’avance pas parce qu’il demeure entre les mains d’un petit nombre.
Slate Afrique - Comment expliquez-vous qu’il n’y ait pas eu de printemps arabe en Algérie?
Hervé Bourges - Mais l’Algérie a connu son printemps arabe, c’était en 1988. C’était extraordinaire. La libération de la parole, la libération de la presse, la libération de la justice et de la société civile. Et puis on a débouché sur quoi? Le FIS (Front islamique du Salut), vainqueur dans des élections libres et transparentes.
Les fondamentalistes sont arrivés au pouvoir. Et je pense que les Algériens n’ont pas envie que le scénario se répète. Pour eux, le printemps arabe, c’est aujourd’hui une Egypte qui s’appauvrit, le Maroc et la Tunisie en passe de se retrouver dans le giron des islamistes, une Libye dépecée.
Les Algériens, y compris les jeunes, préfèrent une situation comme celle-là, avec un Bouteflika qui contrairement aux apparences est populaire. Les gens du peuple sont pro-Bouteflika, même si ils réclament une ouverture politique du régime. Bouteflika n’est pas un dictateur. En Algérie, vous avez une presse libre. Le changement viendra en Algérie sans que cela prenne la même allure que dans les autres pays.
Slate Afrique - Comment interprétez-vous les résultats des élections législatives du 10 mai?
Hervé Bourges - L’Algérie n'est jamais là où on l'attend. Une fois de plus les médias occidentaux se sont trompés. L’Algérie continue à prouver son originalité. Les gens ont joué le parti qui existe depuis l’indépendance. Un parti qui devra malgré tout se réformer. Les Algériens ne sont pas fous. Ils ont vécu des années de terreur noire. Ils veulent des réformes tout en restant attachés à leurs valeurs. La société algérienne n’est pas une société fondamentaliste. Bouteflika a eu des paroles justes concernant le changement nécessaire de génération. Le FLN devra se renouveler s’il veut s’ouvrir aux jeunes. Il a réussi à contourner les islamistes et les fondamentalistes en s’islamisant lui-même comme c’est le cas de la société algérienne d’aujourd’hui. En espérant que cet islam sera un islam de tolérance et d’ouverture aux autres.
L'Algérie est un acteur essentiel et incontournable de la lutte contre le terrorisme dans le Sahel. Là comme ailleurs, elle doit devenir un vrai partenaire d'une France s'étant débarrassée des oripeaux du colonialisme.
Propos recueillis par Pierre Cherruau et Nadéra Bouazza
Par Nour - Publié dans : Maghreb et Moyen Orient
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Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 21:26
| Par Pierre Puchot

En Egypte, le suspense aura duré jusqu’au bout. Il est près de 22 heures, ce jeudi 24 mai : les bureaux de vote ont fermé depuis moins d’une heure, et la télévision nationale égyptienne montre une première estimation qui porte le candidat militaire et proche de l’armée, Ahmed Chafik, les 16 et 17 juin au second tour de l'élection présidentielle, opposé au candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi. « Si Morsi se retrouve face à Chafik, vous allez voir, Tahrir va se remplir très vite… » La chercheuse égyptienne Chaymaa Hassabo discute avec le gérant du restaurant Estoril, à deux pas de Tahrir.

 

Il a voté pour Chafik, et avec lui toute sa famille, « pour en finir avec la racaille de Tahrir ». C’est le monde des petits commerçants, de la moyenne bourgeoisie aussi, de tous ces Egyptiens séduits par le retour à l’ordre promis par un homme qui fut le premier ministre de Moubarak. Entre les partisans de Chafik et les révolutionnaires, le fossé est clair. Et le vendredi s’annonce chaud, même si, selon la fondation Carter, l’élection s’est déroulée dans la transparence. Une première en Egypte.

Une affiche de Hamdine Sabahi, au CaireUne affiche de Hamdine Sabahi, au Caire© PP

Mais le lendemain, Tahrir est calme. Surprise : dans la nuit le candidat nassérien Hamdine Sabahi est remonté en flèche. Dans la matinée de vendredi, il est même passé brièvement devant Chafik, qui croit cependant toujours en ses chances. Devant plusieurs journalistes, dont le correspondant du New York Times, Ahmad Sahan, le porte-parole d’Ahmed Chafik, estime que les Egyptiens ont rejoint son candidat « pour qu’il les sauve des forces de l’ombre », en référence au vote islamistes des Frères musulmans. « Cela fait un an et demi maintenant que dure le chaos : la révolution est terminée », assène-t-il. De son côté, Mohamed Morsi enregistre une vidéo à destination des Egyptiens de l’étranger, et indique un mail, drmohsi@yahoo.com, à tous les Egyptiens qui souhaiteraient communiquer avec lui.

 

A la mi-journée cependant, le journal Ahram english propulse à nouveau Hamdine Sabahi au second tour, après un décompte de 11 millions de voix : Morsi est à 24 %, Sabahi, 23,3, Chafik 23, pour une participation de 42 %, huit points de moins que lors des dernières législatives. Sabahi au second tour, ce n’est plus la même élection. Dans le quartier informel et populaire de Ard el-Iewa, à une demi-heure du centre du Caire, le photographe Hamdy Reda ne regrette pas son vote :  

« Hamdine écoute les gens, c’est un homme normal, il sait tenir compte de son entourage et a changé d'orientations en cours de campagne, explique Hamdy Reda, de toutes les mobilisations depuis le 24 janvier 2011. Il parle de protection sociale, de répartition des richesses, c’est un homme politique moderne, et qui demeure moins exposé aux accusations de corruption que les autres. J’ai bon espoir, car je vois une conscience politique émerger depuis la révolution, notamment chez les jeunes qui viennent ici à nos ateliers de création artistique. »

Samedi matin, Hamdine Sabahi paraissait irrémédiablement distancé par Ahmed Chafik pour la deuxième place, et les Frères musulmans appelaient au rassemblement contre le « danger » que constitue selon eux la victoire potentielle de Chafik au second tour. Mais qu’il soit ou non au second tour, le leader de Karama aura réussi à créer un espace politique pour sa petite formation, au sein d’une Egypte hier encore écrasée par le poids de la répression et l’absence de recours face à l’islam politique, quand les Frères musulmans avaient raflé à eux seuls 45 % des sièges aux précédentes législatives. Si l’on ajoute les voix recueillies par les candidats Aboul Foutouh et Khaled Ali, « ce sont 40 % des votants qui se sont prononcés pour cette solution politique, note même le chercheur Tewfik Aclimandos. Reste à savoir si l'on peut les fédérer, mais c'est une excellente nouvelle et une piste à creuser ».

C’est un peu le message de cette élection : le choix n’est plus seulement entre les « feloul » et les islamistes. Il existe une troisième voix construite sur un double rejet, de l’ancien régime et du programme dogmatique et ultralibéral proposé par les Frères musulmans.

 

Une banderole de M. Morsi, quartier d'Ard el-Iewa, vendredi 25 maiUne banderole de M. Morsi, quartier d'Ard el-Iewa, vendredi 25 mai© Pierre Puchot

Les deux grands perdants du scrutin sont Aboul Foutouh, dont le parti pris de s’adresser aussi bien aux électeurs des Frères musulmans qu’aux partisans de la révolution est un échec, et Amr Moussa, l’autre « feloul », candidat de la bourgeoisie, qui s’est fait doubler par son aile droite, Ahmed Chafik. Une partie des militants révolutionnaires avaient voté pour Aboul Foutouh, pensant lui offrir un soutien pragmatique pour sortir du duel entre les anciens du régime et les Frères musulmans, et triompher au second tour. C’est finalement Hamdine Sabahi qui a convaincu, et c’est une leçon pour l’avenir politique d’une Egypte en mouvement.

Ce samedi, les Egyptiens n’ont toujours pas de constitution, ne savent donc pas quel sera le rôle de leur parlement et du président, sont toujours dominés et réprimés par une armée qui accroît son emprise sur le secteur économique (lire ici notre entretien). Mais ils sont en train de se donner une chance de s'extirper du choix dans lequel Moubarak les avait enfermés pendant trente ans : le régime ou l’islam politique.

Par Nour - Publié dans : Maghreb et Moyen Orient
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Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 19:46

 

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le 26.05.12 | 10h00 Réagissez

zoom | © Infographie El Watan

Le candidat des Frères musulmans, Mohammed Morsi et une des figures du régime Moubarak, l’ex-Premier ministre, Ahmad Chafiq, s’affronteront au deuxième tour.

Le second tour de la présidentielle en Egypte devrait opposer le candidat des Frères musulmans, Mohammed Morsi, à une des figures du régime Moubarak, l’ex-Premier ministre Ahmad Chafiq, selon l’AFP citant des chiffres annoncés hier par la confrérie islamiste. Et basés sur le dépouillement de 90% des bulletins de vote.
De son côté, la Commission électorale doit annoncer demain les résultats officiels de ce scrutin qui s’est tenu mercredi et jeudi derniers. «Il y aura un second tour entre Mohammed Morsi et Ahmad Chafiq selon les chiffres dont nous disposons», ont affirmé les Frères musulmans sur leur site internet officiel, se basant «sur le dépouillement de 90% des bulletins de vote». Après le dépouillement dans la moitié des bureaux de vote, ils ont indiqué un peu plus tôt que Mohammed Morsi menait avec 30,8% des voix, suivi de Ahmad Chafiq avec 22,3%.

Ils sont suivis par Hamdine Sabbahi (20%), Abdel Moneim Aboul Foutouh avec respectivement 20 et 17%. L’ancien chef de la Ligue arabe Amr Moussa a obtenu 11%.  Le second tour de cette première élection présidentielle depuis la chute de Hosni Moubarak en février 2011 est prévu les 16 et 17 juin. De son côté, un porte-parole de l’équipe de campagne de Ahmad Chafiq, Karim Salem, s’est dit «confiant» que le candidat serait au second tour. Considéré comme «le candidat de rechange» des Frères musulmans après l’élimination par la commission électorale de leur premier choix, Khairat Al Chater, Mohammed Morsi a bénéficié de la base militante de la confrérie des Frères musulmans, déjà arrivés largement en tête aux législatives qui se sont achevées en janvier. 

Ahmad Chafiq a pour sa part axé sa campagne sur la sécurité et la stabilité, afin de rallier les Egyptiens exaspérés par les incertitudes politiques et la dégradation de la situation économique depuis la révolte populaire qui a renversé Hosni Moubarak. L’ancien Premier ministre est contesté par les partisans de la «révolution», pour qui son éventuelle victoire signifierait la mort de leurs idéaux. Il est aussi considéré comme le candidat de l’ancien régime et de l’armée, au pouvoir depuis la chute du raïs.   Quant à Mohammed Morsi, ses adversaires voient en lui un soumis à la confrérie et à sa vision islamique très conservatrice de la société aux dépens des intérêts du pays. Après des décennies de scrutins joués d’avance, c’est la première fois que les Egyptiens choisissent librement leur chef d’Etat. 

Jeudi soir, trois heures avant la fermeture des bureaux de vote, le président de la Commission électorale Farouk Soltane a estimé le taux de participation à 50%. Les Etats-Unis ont félicité l’Egypte pour ce vote qu’ils ont qualifié d’«historique», en se disant prêts à collaborer avec tout gouvernement «démocratiquement élu». L’élection doit mettre fin à une période de transition émaillée de manifestations et de violences. Le Conseil militaire au pouvoir, accusé par les militants pro-démocratie de continuer la politique de répression de l’ancien régime, a promis de transmettre le pouvoir avant la fin juin.  Les pouvoirs du futur président restent flous. La Constitution en vigueur sous l’ère Moubarak est suspendue et la rédaction de la future loi fondamentale est renvoyée sine die.

Rédaction internationale
Par Nour - Publié dans : Maghreb et Moyen Orient
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Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 19:36

 

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le 26.05.12 | 

 Baba Mustapha Sayed.

zoom | © Souhil. B.
Baba Mustapha Sayed.

Baba Mustapha Sayed est docteur en sciences politiques, enseignant à l’université Alger III et à l’Ecole nationale supérieure du journalisme, président du Centre Saguiat El Hamra et Rio Del Oro des études stratégiques et politiques. Il a exercé pendant une vingtaine d’années dans le cadre de la diplomatie sahraouie, notamment à Paris et Genève ainsi qu’en Italie et dans les pays scandinaves. Il était aussi représentant itinérant du Front Polisario. Dans cet entretien, il fait une analyse des enjeux autour du processus de décolonisation du Sahara occidental.

-Comment se fait-il que la communauté internationale continue à tolérer le maintien du dernier cas de colonisation en Afrique ?

La réponse est très simple. Des puissances occidentales et non des moindres sont derrière le blocage systématique du processus engagé par les Nations unies depuis 1990. Il faut rappeler que ce processus, engagé sur la base de la résolution 690 du Conseil de sécurité, a été largement facilité par l’acceptation, sans grandes difficultés, des deux parties en conflit, le royaume du Maroc et le Front Polisario, de s’en remettre au verdict des urnes pour parachever définitivement la décolonisation du Sahara occidental.

A cet effet, ce deux mêmes parties en conflit n’ont pas éprouvé de grandes difficultés à se mettre d’accord, et ce, pour la première fois, non seulement sur la nature de la question à poser dans le cadre du référendum d’autodétermination aux votants sahraouis – l’indépendance ou l’intégration au Maroc – mais aussi sur l’échéancier précis qui définit le début et la fin de chaque étape : la campagne électorale, le vote et la proclamation des résultats. Sans oublier les mesures pratiques prévues et acceptées par les deux parties en cas de triomphe de l’une ou l’autre des deux options majeures présentées aux votants sahraouis, à savoir l’indépendance ou l’intégration au royaume du Maroc.

Malheureusement, quelques semaines seulement après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu et les préparatifs pour la campagne référendaire, le Maroc, encouragé par le soutien que lui apporte la France, a commencé à défier ouvertement la communauté internationale et à multiplier les obstacles et les embûches devant la Mission des Nations unies pour un référendum au Sahara occidental (Minurso) qui est depuis lors chargée, sous la pression conjuguée de la France et du Maroc, non pas d’organiser le référendum d’autodétermination, comme le stipule le mandat qui lui a été confié par le Conseil de sécurité, mais de superviser le cessez-le-feu. Autrement dit, donner une légitimité onusienne à l’occupation coloniale marocaine…
Faute donc d’un intérêt réel et manifeste de la part des membres influents du Conseil de sécurité à défendre, avec énergie et détermination, le droit et la légalité internationale au Sahara occidental, le processus de décolonisation continue malheureusement d’y être entravé ouvertement par une force d’occupation, le royaume du Maroc, qui n’éprouve aucune difficulté à narguer, avec impunité, ce que vous appelez la communauté internationale.

-Dans sa dernière résolution, la 2044 du 24 avril, le Conseil de sécurité de l’ONU a considéré «le statu quo inacceptable» et réaffirmé son soutien à Christopher Ross «quant à l’action qu’il mène pour faciliter les négociations entre les parties». Ross est-il capable, selon vous, d’imposer ses décisions ?

Je dirais que C. Ross a montré jusqu’ici – grâce à ses compétences incontestables de fin et chevronné diplomate habitué aux difficiles processus de négociations et servi par sa profonde connaissance du dossier sahraoui et de sa portée stratégique – sa capacité à s’imposer comme la personne idoine pour mener à terme ce processus de décolonisation. Maintenant, est-ce qu’il a les moyens qui lui permettent de continuer d’exercer sa mission après le refus, injuste et injustifié, du Maroc de lui retirer sa confiance ? Sincèrement, c’est là une question à laquelle je ne puis répondre. Mais je peux vous dire que si, par malheur, Christopher Ross était obligé, sous la pression du Maroc et de ses amis, d’abandonner sa mission, ce serait là un grand gâchis pour les peuples de la région, soucieux plus que jamais de retrouver les chemins de la coopération et de l’union, et la perte d’une opportunité inespérée pour la communauté internationale de s’acquitter de sa dette envers le peuple sahraoui, qui a placé tous ses espoirs en elle.

-Justement, que pensez-vous de la réaction marocaine par rapport au travail de Ross ?

Je trouve qu’elle est injuste et injustifiée. Christopher Ross n’a ménagé ni son temps ni son énergie pour essayer de trouver, en accord avec les deux parties, les moyens de relancer le processus référendaire qui demeure la seule et unique solution acceptable pour résoudre le problème du Sahara occidental. Il ne faut pas oublier qu’avant le cessez-le-feu, le Maroc essayait par tous les moyens d’imposer, en vain, aux Sahraouis une solution militaire, tout comme’il a bénéficié, dans le cadre de son entreprise de colonisation, du soutien militaire actif non seulement de la France, d’Israël et des Etats-Unis, mais aussi de la générosité des monarchies arabes. Il a lamentablement échoué dans sa volonté d’imprimer au conflit une issue militaire. Alors, que cherche-t-il aujourd’hui en voulant faire capoter la mission de Ross ? Que le peuple sahraoui renonce à ses droits ? Ou qu’il emprunte d’autres voies pour les défendre ? S’il est totalement hors de question pour nous de renoncer à nos droits, il n’est pas exclu que nous allons, dans le futur, faire jouer le temps, à notre manière, pour les défendre.

-Incontestablement, Nicolas Sarkozy fut le président français le plus acharné pour le soutien du colonialisme au Sahara occidental. Pensez-vous que le nouveau chef de l’Elysée pourrait changer la position de la France vis-à-vis du conflit ?

Le mandat de Nicolas Sarkozy ne fut pas funeste seulement pour les Sahraouis, mais aussi pour l’ensemble des peuples la région qui n’ont pas apprécié que la France ait continué, par ses ingérences, à attiser les feux de la guerre et de l’instabilité. C’est un constat qui participe de l’évidence pour ceux qui ont suivi l’action néfaste et dangereuse de la France en Libye, mais aussi au Mali et au Niger.
Nous formulons le vœu qu’avec l’arrivée de François Hollande au pouvoir, la France opte pour une politique plus équilibrée dans la région et ne prendra plus le parti d’une composante du Maghreb contre toutes les autres. Ce qui lui permettra assurément de jouer un rôle positif et accepté de toutes les parties dans la recherche de solutions aux graves problèmes posés au Maghreb, auquel elle est traditionnellement liée par des liens multiformes, aussi bien culturels et historiques que politiques et économiques.

Si la France, sous l’autorité de François Hollande, se décide, comme nous l’espérons, à privilégier cette politique de neutralité positive, elle trouvera en le peuple sahraoui et le Front Polisario des interlocuteurs sérieux et crédibles prêts à apporter leur modeste contribution à l’effort consenti pour mettre en application les résolutions du Conseil de sécurité destinées à hâter la décolonisation du Sahara occidental. Il est temps pour la France de tirer les enseignements qui s’imposent de plus de quatre décennies d’un parti pris avec le Maroc, dont le seul résultat est d’avoir fragilisé les Etats maghrébins en les condamnant à s’opposer les uns aux autres et éloigné les perspectives d’une paix juste et durable au Sahara occidental. Il y a donc tout lieu d’espérer que l’actuelle équipe française aux commandes aura davantage de largeur d’esprit, de profondeur d’analyse pour comprendre qu’il est temps pour la France de tout faire pour rapprocher les deux parties en conflit au Sahara occidental et d’aider les peuples du Maghreb, parce qu’il y va de son intérêt pour retrouver les voies de la concertation et de la coopération.  

-Comment analysez-vous le soutien, par des sénateurs et ONG américains, à l’autodétermination malgré la position de l’Administration américaine ?

Je crois qu’il y a une prise de conscience de plus en plus réelle, de plus en plus profonde de la part des décideurs américains de l’injustice faite au peuple sahraoui. Il faut reconnaître également que nous avons aux Etats-Unis un représentant sahraoui expérimenté et très actif qui a su, malgré les difficultés, trouver le juste discours pour contrer la propagande marocaine.

-Comment qualifiez-vous donc la position de l’Administration américaine ?

Le problème du Sahara occidental ne représente pas un enjeu majeur pour les Etats-Unis. Ce qui explique, d’une part, le manque d’empressement à aider à le résoudre mais, d’autre part, l’absence d’une réelle et franche hostilité de la part de l’actuelle Administration à l’égard du Front Polisario et du peuple sahraoui.

-L’ONU, à maintes reprises, a exprimé son impuissance à résoudre ce conflit. Qu’en pensez-vous ?

L’impuissance dont vous faites mention est de la responsabilité d’un seul membre du Conseil de sécurité, la France. Ce pays, membre permanent du Conseil de sécurité a décidé, allez savoir pour quelles absurdes raisons, de prendre fait et cause pour l’occupant marocain au mépris du droit et de la légalité internationale. Cette opposition farouche et systématique de la part de la France de laisser les Nations unies assumer leur rôle et s’acquitter de leur mission d’organiser un référendum devant permettre, en toute liberté et transparence, au peuple du Sahara occidental de choisir son avenir, a entravé le processus de décolonisation et plongé la région dans un cycle de violence, dont on voit chaque jour les dangereuses conséquences et les graves manifestations. Donc, ce n’est pas le fait des Nations unies, il est l’expression d’un choix politique de la France.

-Concrètement, cette impasse dans laquelle est embourbée la question sahraouie n’augmente-t-elle pas le risque d’un retour aux armes du Front Polisario ?  

Les Sahraouis sont connus pour leur légendaire patience qui leur permet de disposer de ressources insoupçonnées de résistance, de patience, n’en doutons pas, à même de dérouter les plus coriaces ennemis. Par ailleurs, il faut savoir que les armes ne sont pas, pour le moment, notre premier choix pour faire face à la colonisation de notre pays par le Maroc.
Ce qui se passe et se passera dans le futur, dans les zones occupées de notre pays et même au sud du Maroc, peut être d’ores et déjà considéré comme une indication sur les moyens que nous privilégierons, parmi d’autres, pour montrer les ressources illimitées dont dispose le peuple sahraoui pour contrer la politique coloniale du Maroc. A l’avenir, le peuple sahraoui n’aura de cesse de montrer à ceux qui parient sur le temps pour arriver à bout de nos forces qu’ils se trompent lourdement dans leurs calculs. Si à travers le déploiement de la Minurso, le peuple sahraoui a marqué incontestablement d’importants points, là où il ne pouvait pas le faire auparavant, il sera aussi en mesure de montrer à ses ennemis qu’il est capable de s’adapter à toutes les situations pour continuer à défendre ses légitimes droits à l’indépendance et à la liberté.

Car il ne faut pas l’oublier, la présence des Casques bleus au Sahara occidental est considérée, décidément, par l’ensemble de la communauté internationale, comme le témoignage éclatant et continu que le Sahara occidental, contrairement à ce que laisse supposer la propagande marocaine, n’est pas et n’a jamais été marocain. Cette présence a été également une indéniable victoire devant le peuple marocain qui a longtemps été victime d’un discours ultranationaliste destiné à lui inculquer, depuis des décennies, que le Sahara lui appartient et que le peuple sahraoui n’existe que dans l’imaginaire de ses ennemis. En somme, contrairement à ce que pensent certains, le temps ne profite pas au Maroc, car si le peuple sahraoui a tout le temps devant lui pour affiner ses moyens et ses méthodes de résistance et renforcer ses institutions, le roi du Maroc, avec la montée des périls, est désormais assis sur des baïonnettes.

Rabah Beldjenna
 

 

 
Par Nour - Publié dans : Maghreb et Moyen Orient
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Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 08:55
| Par Pierre Puchot

De notre envoyé spécial au Caire


Professeur d’économie politique à l’université américaine du Caire, la chercheuse Zeinab Abul-Magd a brisé un tabou en Egypte en tentant de décrire depuis six mois les ramifications de l’empire économique des généraux et le rôle du Conseil supérieur des forces armées (CSFA), au pouvoir depuis février 2011. Les militaires contrôlent, selon elle, « la majorité de l'économie égyptienne ». « Personne n’écrit là-dessus, déplore la chercheuse. Le fait d’être affiliée à une université américaine et de me baser sur des déclarations officielles ou des publications me permet pour l’heure de ne pas être inquiétée par les tribunaux militaires. Mais je ne sais pas combien de temps cela peut durer… » Entretien.


Caricature du CFSA, Le Caire, mai 2012Caricature du CFSA, Le Caire, mai 2012© Pierre Puchot

Zeinab Abul-Magd, dans un article publié récemment, vous affirmez que les généraux égyptiens possèdent « au moins 35 entreprises » en Egypte. Comment êtes-vous parvenue à ce chiffre, et que signifie-t-il ?

 

C’est simplement la face émergée de l’iceberg, ce que vous pouvez trouver en consultant les données publiques et en les recoupant. Mais il y en a certainement bien plus. Trois entités regroupent les participations des militaires dans l’économie nationale, et leur examen nous permet d’arriver à ce chiffre de 35 :

1- Le ministère de la production militaire, lequel, comme son nom l’indique, devrait se concentrer sur la production militaire, mais génère en fait quantité de produits destinés aux civils, comme du savon, des pâtes, etc.

2- L’organisation arabe pour l’industrialisation, regroupement de douze complexes industriels créés il y a trente ans pour la production militaire. Aujourd’hui, 70 % de la production de ces usines sont destinés aux civils.  

3- Le « service national pour l’organisation de projets » (Nespo en anglais), qui dépend du ministère de la défense, et regroupe une quinzaine d’entreprises, usines et fermes agricoles. Chacune de ces quinze entreprises possède des filiales et a des ramifications dans toute l’économie égyptienne. La totalité de la production de Nespo est destinée au marché civil, et va de la production de produits alimentaires aux services de nettoyage, stations à essence, BTP, cimenteries, dépôts de vente et production de matériel optique, agriculture… Au bout du compte, au-delà de ce premier chiffre de 35 entreprises, il est impossible de connaître avec précision le nombre de sociétés contrôlées par les généraux égyptiens, mais cela peut sans doute se monter à plusieurs centaines.

Outre les sociétés qu’ils possèdent directement, les militaires continuent de gérer des entreprises du secteur public. C’est pratiquement le cas de toutes les entreprises nationalisées ou créées sous Nasser, puis regroupées en holding par l’ancien président Moubarak, telles que les entreprises de productions chimiques, de produits alimentaires ou de gestion de l’eau. Des généraux en retraite gèrent la majorité de ces holdings, qui devaient être privatisées à terme. Après la révolution, le CSFA a suspendu ces privatisations. C'est d'ailleurs le chef du CSFA, le général Tantaoui, qui a la possibilité de nommer ou révoquer les gérants de ces entreprises publiques, et non le gouvernement.

Les militaires gèrent également le canal de Suez et toutes les entreprises nationales de fret maritime. Et ils gèrent ces compagnies nationales « à l’ancienne », comme ils ont appris à le faire du temps de Nasser, de leur jeunesse et de leurs voyages en Union soviétique...

 

A combien évaluez-vous les bénéfices annuels que les généraux égyptiens collectent, via leurs entreprises ? 

C’est impossible à dire avec précision : en compilant les déclarations, bilans comptables et articles des journaux, les seuls bénéfices des entreprises que les généraux possèdent se montent au minimum à 750 millions de dollars par an. Mais lorsque l’on discute avec les travailleurs de ces entreprises, ceux-ci estiment que le bénéfice annuel est en fait de l'ordre de 5 milliards de dollars.

Le problème est l’absence de contrôle : dans leur gestion des affaires, les généraux ne rendent de compte à personne, ni au parlement, ni devant la Cour des comptes. Ils peuvent donc donner les chiffres qu’ils veulent, personne ne va aller vérifier.

C’est le paradoxe de l’économie égyptienne : quel que soit le président élu, il poursuivra sans doute les privatisations engagées sous Moubarak, mais il laissera les secteurs gérés par les généraux dans une complète impunité et absence de contrôle. Comment concevoir une économie où la majorité des flux et des secteurs échappe à toute transparence, et à toute notion de compétitivité ? C’est pourtant ce qui va continuer de se passer ici.

Qu’a fait le CSFA depuis son accession au pouvoir pour préserver les affaires des généraux ?

Tous ses efforts ont consisté à ce que les entreprises que l'armée contrôle demeurent à l'abri des regards, et qu’aucune commission ne puisse venir se pencher sur leur gestion. Si le ministère de la production militaire fabrique des biens à destination du marché civil, nous, citoyens, qui payons des impôts et finançons ce ministère, avons quand même le droit de savoir quels bénéfices sont tirés de ces productions !

De son côté, le CSFA a décidé que les chiffres d’affaires de ces différentes entreprises, communiqués par les services comptables, apparaîtraient regroupés sous un seul montant global, qui ne peut être audité par personne sauf par la commission parlementaire de défense nationale. C’est une disposition que le CSFA veut faire entrer dans la constitution. Et devinez quoi ? Dans le Parlement qui vient d’être élu, le député à la tête de cette commission n’est autre qu’un général à la retraite, élu sur une liste des Frères musulmans. Vous avez là un joli condensé de la politique et de l’économie égyptiennes.

Par Nour - Publié dans : Maghreb et Moyen Orient
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