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Une pragmatique observation de la société politique algérienne révèle, à côté d’une tendance évidente au changement, l’existence de dysfonctionnements et de comportements nuisibles à l’émergence de la démocratie et donc du changement en notre pays. La démocratie que beaucoup considèrent comme le fondement essentiel du changement.

D’autres, en leur temps, les ont affectés du vocable de maladies infantiles.

De quelles maladies infantiles sommes nous donc affectés et comment s’en prémunir ou s’en guérir, aurait été une question incontournable si, en même temps, existait la volonté de dialoguer et d’échanger, de se réunir et d’examiner ce qui ne va pas dans la maison des démocrates ? 

Loin de nous la gageure de vouloir traiter ces questions de manière solitaire, la démocratie étant avant tout l’échange égal et solidaire, même s’il est contradictoire, mais tout simplement le vœu de nourrir la réflexion d’observations, certainement faites par d’autres.

 

Nous avons regroupé celles ci en cinq grandes catégories. Nous examinerons successivement :

 

Le zaimisme

Le volontarisme

Le populisme

Le démocratisme

Le systémisme

 

  Le zaimisme

Cette propension au pouvoir personnel, puise ses racines non seulement dans l’histoire du mouvement national algérien, mais aussi et de manière plus générale, celle des hommes, dont les exemples peuvent être cités à foison.

Le zaim incarne l’image centrale du pouvoir, dans un pays, un parti, un syndicat, etc, autour duquel s’organise ou sont appelées à s’organiser toutes les autres forces représentatives ou constitutives d’un pouvoir quelconque.

C’est l’image de l’homme politique telle que circonscrite par Max Weber dans le « Savant et le Politique », sous la triple perspective du charisme, de la légitimité et de ce qu’il appelle « le coup d’œil qui est la qualité psychologique déterminante de l’homme politique»1.

La « griserie personnelle » du pouvoir conduit à prendre trop à la légère la responsabilité des conséquences de ses actes, et à fourvoyer l’espace détenu par le zaim, à travers perversions et dérives du pouvoir personnel. Célébrations dithyrambiques, iconographie délirante et envahissante, pensée unique et langue de bois, sont les manifestations les plus apparentes de ce culte qui stérilise la pensée libre et l’initiative militante ou citoyenne. Toute une liturgie se met en place. Rites et décorum  remplacent spontanéité et créativité. L’entité tend à se momifier et, même si elle se perpétue, elle est appelée à disparaître, à plus ou moins long terme, avec la disparation de celui qui a fait naître le culte.

On peut dire que c’est cette maladie de la personnalité des dirigeants qui est en train de miner l’indispensable construction d’un pôle démocratique, malgré de multiples et infructueuses tentatives. Comme elle ne cessera de s’opposer à la construction d’un mouvement altermondialiste national régi  par les principes de la charte de Porto Alegre, et purgé de toute velléité zaimiste :

« Le Forum Social Mondial est un espace pluriel et diversifié, non confessionnel, non gouvernemental et non partisan, qui articule de façon décentralisée, en réseau, des entités et des mouvements engagés dans des actions concrètes, du niveau local au niveau international, pour la construction d'un autre monde. Il ne se constitue pas cependant comme une instance de pouvoir disputée par les participants de ses rencontres, ni ne prétend se constituer en alternative unique d'articulation et action des entités et mouvements qui y participent. » principe 8.

Dernière observation et non des moindres, le zaimisme est l’antichambre de la dictature qui ne veut pas se reconnaître et refuse de se regarder dans l’intransigeant miroir des réalités démocratiques, toçut simplement des réalités de son peuple.

2 – Le volontarisme

C’est l’une des manifestations  majeures de la personnalité du zaim. Elle exprime sa volonté de transformation rapide du réel, sans qu’il soit tenu compte des conditions concrètes à réunir pour que la transformation intervienne. Et sans que le niveau de conscience des masses soit au rendez vous. D’où l’échec de grands mouvements historiques, tel que, entre autres exemples, la révolution culturelle dans la Chine de Mao. Alors que la théorie invite à tenir compte des données de l’histoire, de celles du savoir, de l’état réel de la société et notamment du niveau de développement de la conscience sociale, des forces humaines et des moyens d’action effectivement mobilisables. Il est remarquable de ce point de vue, que les changements volontaristes, non portés par la volonté et le niveau de conscience du plus grand nombre, ont peu de chances de s’inscrire dans la durée.

Ces marches à pas forcés, à consciences fracturées, satisfaisant certes les pulsions du zaim, n’en produisent pas moins des changements tout aussi superficiels qu’illusoires et conduisent à de cuisantes désillusions.

3 – Le populisme

« Un seul héros le peuple », pouvait-on lire sur les murs d’Alger au lendemain de l’indépendance. Ce mot d’ordre traduisait certes la volonté profonde du peuple de se réapproprier le pouvoir dont il avait été spolié tout au long de la nuit coloniale, mais aussi celle des nouveaux hommes au pouvoir qui, se voulant en phase avec l’image d’un peuple en lutte ayant sacrifié un million et demi des siens pour recouvrer sa liberté, voulaient se draper de sa grandeur pour vampiriser cette souveraineté reconquise.

Le concept est bâti sur deux principes complémentaires : suprématie de la volonté populaire et la relation directe entre le peuple et ses leaders, par delà les institutions. Il se fonde, nous disent Leca et Vatin dans  « L’Algérie politique, institutions et régime », « sur un croyance quasi religieuse dans la vertu du petit peuple… ; une méfiance incoercible envers ceux qui détiennent le monopole de la culture (cette « sacro sainte technicité » dont le président Ben Bella déclarait se « méfier comme de la peste » ; le mépris du politicien et du fonctionnaire. »

Nous verrons comment en octobre 1988 et en avril 2001 d’authentiques mouvements populaires ont été cloués au mur, littéralement manipulés et détournés pour enfanter de nouvelles constitutions qui ont ligoté le peuple pour un temps.

4 – Le démocratisme

Revendiquer la démocratie, vouloir construire une alternative démocratique et citoyenne, est une option et un choix justes, conforme à la charte des droits humains : à l’aspiration naturelle et légitime de l’être humain à la liberté.

Ce qui l’est moins, c’est de gauchir à l’excès la revendication démocratique, au point d’en faire l’étouffoir de la véritable démocratie. Puis, en forçant les traits, en multipliant les « formalismes » démocratiques, de parvenir au goulag et à la glaciation de tout esprit d’initiative et de responsabilité. Les « démocratistes » deviennent ainsi sans en prendre conscience, ou, ce qui est encore plus criminel - en pleine clairvoyance - les fossoyeurs de la démocratie. C’est ce que font chez nous, les redresseurs, qui s’imposent ou veulent s’imposer comme la conscience d’un groupe, d’un syndicat, d’une association ou d’un parti, en faisant de leur vision des choses et de leurs représentations, ou, plus exactement, de celles de leurs maîtres et commanditaires, la ligne sur laquelle, tous, doivent s’aligner. C’est ainsi que naît une nouvelle forme de terreur : la terreur « démocratiste ».

Alors que la démocratie suppose une construction « dialogique », au sens de Paulo Freire dans « La pédagogie des opprimés », un dialogue ouvert entre le peuple et ses leaders. Le démocratisme est « adialogique » ou « antidialogique », puisque fondé sur la dominance réelle ou supposée, de celui ou ceux qui s’estiment plus conscients que les autres, en s’autoproclamant seuls possesseurs du sens du processus démocratique. Or, en démocratie, il n’y a ni dieu ni maître, et encore moins de gourou, à l’inverse de ce qui se passe dans les sectes ; et cela ne s’appelle pas l’anarchie.


5 – Le Systémisme


Tout homme ayant assumé une haute responsabilité au sein de l’administration algérienne, ou, pour être plus précis, ayant été nommé par décret, est dit, taxé et étiqueté homme du système.

Et, dans l’esprit de ceux qui utilisent ce vocable, cela sonne plus comme une infamante accusation que comme une simple qualification. Comme une irrévocable condamnation prononcée par des censeurs autoproclamés, en vertu de pouvoirs, valeurs ou principes dont ils seraient les seuls dépositaires. Sans se poser la question de savoir si leur engagement n’était pas de l’ordre du patriotique plus que du « systémique ».

Comme si l’on proclamait que ces hommes et ces femmes là, n’avaient plus le droit de faire de la politique, c'est-à-dire de défendre leurs idées et leurs convictions et de se battre pour elles, en tant que simples citoyens.


« Etre dans le système ne signifie pas être du système ». avait il y a un temps dit le secrétaire général du CCDR.

La conjonction est d’importante, parce qu’elle peut signifier, plus coordination que subordination. Et si c’était là, aussi, une ruse du système, une autre forme de redressement assumée « par l’intelligentsia » réputée pure et dure, pour excommunier et disqualifier les irrédentistes qui gênent le pouvoir en place et lui résistent.

Pour démontrer le caractère aberrant de ces positions, aussi injustes que castratrices, qu’il suffise d’évoquer que beaucoup d’ancien(e)s responsables, sont aujourd’hui considérés, à juste titre, par l’opinion publique comme les figures de proue de la résistance au système. Mais, comme toute la société démocratique et républicaine suspicieuse à souhait, est atteinte de systémite aigue, « ma yeqâad fil oued ghir ehdjarou ».

Un survol de la maison des démocrates qui révèle à chaque fois que le peuple des citoyennes et des citoyens est absent des jeux du pouvoir, parce que les jeux du pouvoir le concerne bien peu. Que le peuple n’est qu’alibi, parce que certains le considèrent comme achetable et corvéable à merci.


Les solutions pour le changement ne peuvent survenir qu’à la suite d’un large débat citoyen où toutes les questions devront être abordées sans contrainte ni tabous d’aucune sorte, l’essentiel est que le peuple veuille s’en saisir, en parler et leur trouver l’issue qu’il jugera la meilleure.

Les tribunaux gacaca au Rwanda ont été à la hauteur de l’œuvre de réconciliation qui consistait à réconcilier le peuple avec lui même ce que nous n’avons pu ou voulu faire en Algérie.

La construction démocratique et citoyenne est de cette nature et de cet ordre.

Ce qui ne saurait tarder, car on ne peut continuer à gouverner, au 21° siècle, comme si le monde était immuable, alors qu’il bouge et change sans cesse ; et que, depuis plus de vingt ans est née et s’est forgée progressivement, une conscience planétaire pour que naisse une gouvernance démocratique et citoyenne, juste et responsable.

 

 

1 Le Savant et le Politique – Max Weber. Ed Plon . page 177

Jean Leca et jean Claude Vatin, l’Algérie politique, institutions et régime –presses de la fondation nationale des sciences politiques, page324.

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