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le 30.12.11 | 01h00 Réagissez

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Hier a débuté le conseil consultatif du Mouvement de la société pour la paix, au cours duquel le parti décidera s’il quittera ou non l’Alliance présidentielle en vue de la préparation des prochaines législatives, dans un contexte régional favorable aux islamistes. Le politologue Rachid Grim décrypte cette actualité.

-Les islamistes prendront-ils le pouvoir lors des prochaines législatives ?

L’islamisme est déjà au pouvoir chez nous. Il fait partie du gouvernement. Par contre, sera-t-il en tant que majorité lors des prochaines élections législatives ? Oui, mais à condition qu’elles soient libres. Je dis bien, «si» le scrutin est totalement libre, il y a de très fortes chances que cela se passe comme en Tunisie, au Maroc et en Egypte.

-Il existe donc un électorat islamiste…

Tout à fait ! La population telle qu’elle est manipulée aujourd’hui, il n’y a pas de doute, des élections libres mèneront automatiquement à l’élection d’une grande majorité islamiste, car partout, dans les écoles, les quartiers… I’islamisme s’est installé.

-Belkhadem a prédit une victoire à 40% des islamistes lors des prochaines législatives. Peut-on parler d’éventuels quotas que les principales formations politiques se seraient partagés ?

C’est là tout le problème des élections prochaines. Si elles sont libres, les résultats sont connus d’avance. Un parti comme le FLN a perdu d’avance. Mais je ne crois pas en la transparence des prochaines élections. Les récentes mesures et réformes censées consolider la démocratie placent le pouvoir dans une position d’attente pour laisser passer la vague. Il ne veut pas de changement. La situation est même pire qu’avant.

-Le pouvoir envisage-t-il tout de même de donner une plus grande part aux islamistes, compte tenu de leur popularité et de l’actualité régionale ? Serait-ce une manœuvre intelligente de sa part ?

C’est peut-être le fameux quota de l’année prochaine. Cela me semble assez logique.

-Le MSP étudie la possibilité de quitter l’Alliance présidentielle. Cela rentre-t-il dans le cadre des manœuvres en cours en vue de la préparation desdites législatives ?

Je ne crois pas qu’il quittera l’Alliance présidentielle maintenant. Disons qu’il a tout intérêt à la quitter, mais pas avant les législatives. Les élections étant organisées par ce pouvoir, le MSP est conscient qu’elles ne seront pas libres. Les islamistes n’auront donc pas la majorité, mais ils vont asseoir leur pouvoir par l’intermédiaire du MSP, et aussi des autres partis islamistes avec lesquels ils tenteront de former un bloc lors des législatives et se contenteront de cette position avant d’envisager de former une majorité. Aujourd’hui, le pouvoir en place accepte la présence des islamistes, il veille cependant à ce que ce ne soit pas des partis qui le remettent en cause, mais des partis qui sont dans le pouvoir.

-Mais le fait qu’ils fassent partie du pouvoir ne les décrédibilise-t-il pas ?

Le fait qu’ils soient au pouvoir joue en leur faveur pour les élections, mais en leur défaveur vis-à-vis de leur électorat. Ils sont cependant assez intelligents. Regardez ce qui se passe en ce moment. Le MSP a deux positions différentes. La première, qui le place dans l’opposition puisqu’il n’a approuvé aucun des principaux textes des réformes politiques de Bouteflika, sert à satisfaire son électorat. La deuxième est sa position réelle. C’est celle qui le place dans le pouvoir, car bien que ses députés se soient démarqués des autres députés de l’Alliance présidentielle, les quatre ministres MSP sont toujours dans le gouvernement et ne bougent pas. La nature même de ce parti est l’entrisme. Il se prépare doucement pour pouvoir être demain la force et  l’échéance 2012 me semble trop tôt.

-On ne peut s’empêcher de revenir sur la crise de 1992 et ce qui s’en est suivi. A quel point cela modifiera-t-il la donne ?

Il est vrai et logique que la population craigne de revivre une décennie noire. N’empêche, l’idéologie islamiste a pris. Je remets cela sur le compte de l’école qui a besoin de réforme. Tant qu’on ne remet pas l’éducation sur les rails du rationalisme, on sera toujours dans cette idéologie islamiste. On peut faire le test et interroger les jeunes d’aujourd’hui, on notera qu’ils sont islamistes  sans le savoir !

-Dans un contexte international où l’on n’est plus dans une logique de «péril islamiste» et de «conflit entre islamisme et démocratie», l’Algérie devra-t-elle rendre des comptes quant à l’arrêt du processus électoral en 1992 ?

Abassi Madani et Ali Benhadj déclarent envisager d’attaquer les responsables algériens devant un tribunal et contestent la réforme sur les partis politiques. Ils tentent de mettre l’Algérie sous la menace de la CPI, mais je ne pense pas qu’il y ait un grand danger pour l’instant. Tout le monde, y compris les gauchistes français et tous ceux qui s’y étaient opposés, comprend aujourd’hui que l’arrêt du processus électoral était une bonne chose à faire. Et puis, les Occidentaux ont compris, ils ont cette capacité à retomber sur leurs pieds.

-Comment expliquer ce changement de position à 180  degrés ?

Est-ce bien le cas ? Il ne faut pas oublier que les islamistes sont les purs produits des Occidentaux. Ces derniers s’en sont désolidarisés quand les islamistes se sont retournés contre eux, comme le cas Ben Laden. Mais des pouvoirs islamiques ou islamistes existent depuis longtemps. Il y a le Pakistan, l’Arabie Saoudite et tous les pays du Golfe et qui ne sont en aucun cas anti-Occidentaux. Bien au contraire, ils sont pro-Occidentaux. Dans le fond, les islamistes et les Occidentaux s’entendent bien, notamment sur le libéralisme économique et, pour beaucoup, sur la géostratégie. Le seul ennemi islamiste actuel de l’Occident – je ne cite pas Al Qaîda qui est vouée à disparaître - est l’Iran. Mais ce dernier est aux abois puisqu’il est encerclé par l’OTAN et l’Arabie Saoudite.

-On vante le modèle AKP turc en ce moment. Serait-ce parce qu’il ne menace pas les intérêts occidentaux ?

Absolument. Le modèle turc se met en phase avec l’Occident. Avant l’AKP, un autre parti islamiste avait pris le pouvoir par les urnes, mais il avait pour but d’instaurer la charia. Il s’est fait liquider par l’armée. L’AKP a été plus intelligent. Son objectif premier, qui était d’intégrer l’Union européenne, exigeait de lui d’être plus démocrate, plus libéral… Des conditions qu’il  a mis en œuvre. C’est un pays qui est dans la logique du libéralisme économique. Pour une fois, on a vu un islamisme qui se dissout très bien dans ce qu’on appelle la démocratie européenne et occidentale.

-Serait-on en train de les mettre en place ces islamistes libéraux?

Absolument ! Le cas le plus évident est celui de la Tunisie puisque Ennahda dit clairement avoir pour modèle l’AKP turc et envisage donc d’avoir le même système politique et économique. Je ne sais pas si les fondamentalistes égyptiens sont dans cette logique, mais une fois au pouvoir, ils seront, à mon sens, dans l’obligation de jouer le jeu.

-Une polémique grandit en Tunisie. On accuse Ennahda d’avoir été soutenu médiatiquement et financièrement par le Qatar. Elle s’est accentuée suite à la nomination du gendre de Ghannouchi à la tête des AE. Ce dernier aurait la nationalité qatarie puisqu’il a représenté le Qatar lors d’une réunion de l’OTAN. Il a également été directeur du centre des recherches et des études de la chaîne Al Jazeera. Vous croyez au soutien actuel des pays du Golfe aux islamistes dans les pays arabes ?

Je ne vois pas en quoi cela pourrait nous étonner. Les parties concernées n’iront pas jusqu’à l’admettre, mais il s’agit d’un secret de Polichinelle. Nous savons tous que l’argent de ces pays-là va en partie aux partis islamistes dans le but d’instaurer des régimes qui vont finir par être à leurs bottes.  

-Un retour du FIS, ou d’un parti islamiste regroupant d’anciennes têtes du FIS, est-il envisageable dans ce contexte ?

Ils peuvent tenter de créer un autre parti, mais je crois que le train est passé pour ces gens-là, du moins pour les dirigeants comme Abassi et Benhadj. Mais ces deux-là ne sont pas les plus dangereux, ils sont connus. D’autres sont encore plus dangereux et peuvent, sans avoir à créer leur propre parti   islamiste en infiltrer ceux déjà en place.

-Le risque d’une radicalisation et d’une salafisation des partis islamistes existe donc…

Ce danger existe. Toutefois, je ne crois pas qu’ils aient assez de puissance de se salafiser. Je considère les islamistes du type Frères musulmans plus dangereux que les salafistes, car ces derniers avancent à visage découvert. Ils sont trop radicaux pour être populaires et avoir des chances d’accéder au pouvoir contrairement aux autres (islamistes dits modérés, ndlr). Prenons l’exemple d’Erdogan. Il tente d’accaparer tous les pouvoirs et d’éliminer l’armée, ce qu’il est en train de réussir. Une fois qu’il se sera débarrassé du «gardien de la démocratie», que deviendra la Turquie ?

Bio express :

Rachid Grim, 64 ans. Diplômé de sciences politiques et relations internationales à l’université d’Alger. Il a occupé plusieurs postes comme cadre dans des différentes entreprises .

Mahdia Belkadi
Tag(s) : #Vie politique

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