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L'ancien président a survécu là où tant de ses compagnons sont morts, devenant ainsi le symbole d'une lutte collective, souligne l'hebdomadaire de gauche américain. Il s'est ensuite attaché à passer le flambeau aux jeunes générations.
Une femme tient un portrait de Mandela avant la cérémonie en son honneur le 10 décembre 2013, à Johannesburg - AFP/Roberto Schmidt Une femme tient un portrait de Mandela avant la cérémonie en son honneur le 10 décembre 2013, à Johannesburg - AFP/Roberto Schmidt

Pour bien comprendre ce que signifie la disparition de Nelson Mandela, à 95 ans, imaginez un instant que sa vie ait pris un cours différent. Que se serait-il passé s’il avait péri enfant, comme tant de jeunes de sa génération, au fin fond des campagnes du Transkei ? Pensez à ce qui serait arrivé — ou à ce qui ne serait pas arrivé — s’il avait trouvé la mort dans les mines de Johannesbourg où il est arrivé après s’être enfui de son village.

Bien sûr, il a survécu non seulement aux privations engendrées par l’apartheid — ce système brutal, extrême, de ségrégation raciale — mais également à la longue lutte pour la libération de son peuple.

Faut-il passer sous silence le fait que Mandela n’a pas reçu une balle dans le dos, contrairement aux manifestants à Sharpeville en 1960 ? Ni été abattu comme ces jeunes descendus dans les rues de Soweto, lors du soulèvement du 16 juin 1976 ? Bien qu’il ait cru dans la lutte armée et soit devenu l’un des meneurs de l'insurrection, il a échappé au sort de tant de ses camarades tués dans la brousse, réduits en pièces par l’explosion de colis piégés envoyés par les autorités, empoisonnés par les services de renseignement ou pendus pour trahison ou sabotage — fin qui semblait promise à Mandela et à d’autres hauts dirigeants du Congrès national africain (ANC) à l'issue d'un long procès en 1964.

Rolihlahla Dalibhunga Mandela n’a pas écopé de la peine de mort il y a un demi-siècle. Il n’a pas dû prendre le chemin de l’exil comme tant d’autres. Il n’a pas perdu sa santé mentale et n'a pas été psychologiquement brisé par des décennies d’emprisonnement. Il a survécu à la tuberculose et au cancer de la prostate. Il a vu mourir presque tous ses plus proches amis de la même génération.

Il est donc parfaitement naturel et juste qu’à sa sortie de prison en 1990, Mandela se soit senti si profondément obligé envers ceux qui étaient tombés. Il serait dommage, à l'heure où nous célébrons son itinéraire hors du commun, de ne pas mentionner les millions d’individus qui n’eurent pas la chance de devenir, comme lui, des exceptions à de vielles règles.

Des fautes apparues au grand jour

Mandela a vécu assez longtemps pour être témoin des premières relectures historiques de sa vie et de son action politique. De ce fait, il a dû assumer avec honnêteté les multiples déceptions auxquelles ont fait place les immenses espoirs de transformation radicale des débuts. Car en avril 1994, lorsque la démocratie est arrivée en Afrique du Sud, le grand capitalisme international et le sida se sont également engouffrés par la porte. Il s'en est suivi des taux de chômage élevés et des inégalités croissantes, combinés à des pertes massives de vies humaines à cause de la pandémie. Le désastre sanitaire a contribué à anéantir le noble rêve d’établir une société non-raciale, anti-sexiste, non-homophobe et plus égalitaire.

Au fil du temps, les fautes de Mandela sont apparues au grand jour. Lorsqu’il était au pouvoir, il n’a pas réussi à juguler la propagation du sida. Il a protégé des personnes proches du pouvoir accusées de corruption et n’a pas fait la distinction entre faveurs personnelles, affaires du parti et décisions gouvernementales. Par loyauté envers le parti au pouvoir, il s’est soumis à sa politique de "direction collective" et, après avoir quitté la présidence du pays en 1999, il a soutenu deux successeurs qui ne le méritaient pas, ternissant du même coup sa propre image. Ces dix dernières années, les querelles avec d’anciens compagnons de lutte ont également porté à la connaissance du public des détails embarrassants sur des arrangements financiers douteux. Des membres de sa famille ont même engagé des actions en justice pour des questions d’argent.

Là encore, pourtant, il y a une sorte d’hommage implicite à Mandela : ces faits ont fini par apparaître au grand jour. Cela aussi fait partie de l’héritage laissé par le grand homme, parce que, malgré la profonde affection populaire pour Madiba, comme on l’appelle, lui et son parti n'ont jamais toléré l'espèce de culte de la personnalité où se sont abîmés tant d’autres combats pour la libération en Afrique et ailleurs.

"Tout le monde finit par mourir"

Les ennuis personnels de Mandela, tout comme les erreurs de son parti, ont été révélés au public par une presse libre. Dix-neuf ans après l’introduction de la démocratie en Afrique du Sud, le pays jouit d'une culture civique dynamique, d'une justice indépendante (bien que soumise à des pressions) et de médias impressionnants malgré l'adversité auxquels ils font face.

Tag(s) : #Afrique

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