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9 JANVIER 2017 PAR CHLOÉ DEMOULIN

Dans un enregistrement sonore aux mains de la justice, le premier minsitre israélien et un magnat de la presse négocieraient une couverture favorable en échange d’avantages financiers.

 

Jérusalem, de notre correspondante.-  C’est une preuve substantielle à laquelle Benjamin Netanyahou « ne s’attendait pas », selon un proche du premier ministre cité par Haaretz. Le quotidien a dévoilé ce dimanche 8 janvier que le chef du gouvernement israélien a été enregistré en train de négocier le soutien d’un homme d’affaires « en échange d’énormes avantages financiers ».

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Dans la foulée, la chaîne Arutz 2 a révélé le nom de l’homme d’affaires concerné : il s’agit du magnat de la presse Arnon Mozes, à la tête du site populaire d’information Ynet et du quotidien Yedioth Aharonoth, connu pour ses divergences d’opinions avec le pouvoir en place. Les deux hommes se seraient rencontrés l’année dernière, à une date qui reste inconnue. Sur l’enregistrement, Arnon Mozes discuterait de la possibilité d’obtenir des avantages financiers de la part de Benjamin Netanyahou, éventuellement l’arrêt de l’édition du week-end de son principal concurrent, le journal Israel Hayom. Le gratuit Israel Hayom, créé en 2007 et devenu depuis le journal le plus diffusé en Israël, appartient à Sheldon Adelson, un milliardaire américain proche du premier ministre et grand financier des républicains aux États-Unis. En retour, on entendrait Benjamin Netanyahou réclamer au patron de Yedioth Aharonoth de lui accorder une couverture médiatique favorable dans la perspective de sa réélection. Il aurait notamment insisté sur le traitement réservé à son fils Yaïr.

« Même si ce pacte n’était que partiellement réalisé ou en était encore à ses balbutiements, la simple existence et la documentation de ces négociations incroyables exigent une enquête criminelle immédiate », estime Haaretz. « On peut dire que l’affaire est fondée sur des preuves solides qui seront difficiles à contester », ajoute le quotidien. Haaretz rappelle que des preuves du même type, une « série d’enregistrements », avaient joué un rôle décisif dans l’inculpation pour entrave à la justice, en 2016, de l’ancien premier ministre Ehoud Olmert, dans le cadre des affaires de corruption qui l’avaient forcé à quitter ses fonctions huit ans auparavant.

S’il avait été conclu, ce pacte aurait signifié la mise au pas d’un journal d’opposition, dont Benjamin Netanyahou n’a cessé de dénoncer « la campagne systématique de diffamation » à son encontre, notamment lors des dernières élections. Une atteinte à la liberté de la presse que les Israéliens, peu émus jusqu’ici par de précédentes révélations sur le train de vie dispendieux du premier ministre, pourraient être, cette fois, moins disposés à pardonner.

L’enregistrement, réalisé par un des assistants du premier ministre, aurait atterri sur le bureau du procureur général Avichai Mandelblit au printemps 2016. Il est au cœur de la seconde affaire de corruption dont Netanyahou est soupçonné, et dont les détails n’avaient pas encore fuité. La semaine dernière, la presse israélienne avait révélé qu’une enquête avait été lancée contre le chef du gouvernement israélien dans deux affaires distinctes de corruption. Dans la première affaire, Benjamin Netanyahou et sa famille sont soupçonnés d’avoir reçu pour des centaines de milliers de shekels (des dizaines de milliers d’euros) de cadeaux, notamment des cigares, de la part d’hommes d’affaires. Le premier ministre a été entendu par la police au sujet de ces affaires à deux reprises, lundi 2 et jeudi 5 janvier, pendant plusieurs heures, à son domicile.

Le premier ministre israélien dans son bureau de Jérusalem, le 25 décembre 2016. © Reuters

Ces deux affaires s’ajoutent à plusieurs autres, du même acabit, dont Benjamin Netanyahou a déjà été soupçonné ces derniers mois. En novembre 2016, le procureur général avait déjà lancé une enquête sur le rôle tenu par le premier ministre dans l’achat par l’État hébreu de trois sous-marins allemands. Cette investigation faisait suite à un reportage de la chaîne Arutz 10, qui avait révélé que l’avocat de Benjamin Netanyahou, David Shimon, faisait partie du conseil d’administration du constructeur allemand ThyssenKrupp. En juillet, le premier ministre israélien avait également reconnu avoir reçu de l’argent du français Arnaud Mimran, condamné dans l’affaire de l’escroquerie à la taxe carbone. En mai, un rapport du contrôleur de l’État avait par ailleurs soupçonné des conflits d’intérêts au sujet de plusieurs voyages en avion effectués à l’étranger par la famille Netanyahou et « financés par des organisations externes, y compris des personnes privées », ainsi qu’une « double facturation de billets d’avion ». Des vérifications avaient alors été menées par la police, mais l’affaire avait été classée sans suite.

Selon Arutz 2, le procureur Avichai Mandelblit devrait conclure cette nouvelle enquête pour corruption dans les prochaines semaines, mais hésiterait sur la façon de procéder, conscient que l’inculpation pour « abus de confiance » du premier ministre causerait l’effondrement du gouvernement.

S’exprimant dimanche matin à un rassemblement de son parti, le Likoud, le premier ministre n’a laissé paraître aucune inquiétude. Fidèle à son mantra, il a réagi à ces nouvelles révélations en déclarant que « rien ne serait trouvé, car il n’y a rien ». Il a dénoncé la « pression inexacte, incessante » que les médias font peser, selon lui, sur les institutions judiciaires pour le mettre à mal. Benjamin Netanyahou a également réitéré une mise en garde à l’attention de ses adversaires politiques. « Je conseille à mes amis dans l’opposition de ne pas se réjouir, parce qu’il n’y a pas de motif de réjouissance », a-t-il dit, précisant qu’un gouvernement se remplaçait « par les urnes » et non par une procédure judicaire.

Interviewé par la radio militaire, David Bitan, député du Likoud et chef de la coalition à la Knesset, a affirmé que Benjamin Netanyahou ne démissionnerait pas, même s’il était inculpé. « Si vous pensez qu’une inculpation à propos de cigares suffira à renverser le premier ministre… Assez avec les spéculations », a-t-il balayé.

Avant même que l’existence de ce nouvel enregistrement ne soit connue, plusieurs voix s’étaient élevées, samedi, dans l’opposition, pour dénoncer l’implication de Benjamin Netanyahou dans de telles affaires. La députée de l’Union sioniste Tzipi Livni a estimé qu’il avait « perdu son autorité morale de premier ministre » et qu’il devait « décider s’il veut être un oligarque ou un premier ministre ». L’ancien ministre de la défense, Moshe Ya’alon, qui avait démissionné du gouvernement il y a six mois, sans toutefois quitter le Likoud, s’est également montré très critique. « J’ai déjà dit dans une interview, juste après avoir quitté [la Défense], que la plus grande menace pour Israël, plus grande que la bombe nucléaire iranienne imminente, est la corruption », a-t-il rappelé. « Je rencontre beaucoup de gens qui ont perdu leur confiance en notre leadership. [...] Il est grand temps qu’Israël ait un premier ministre au-dessus de tout soupçon », a-t-il ajouté.

Samedi, une rumeur avait également circulé sur la volonté du ministre des finances, Moshe Kahlon, de se porter candidat auprès du président israélien, Reuven Rivlin, pour former un nouveau gouvernement, dans l’éventualité où Benjamin Netanyahou serait contraint de démissionner. Selon Arutz 2, le parti de Moshe Kahlon, Koulanou, et l’Union sioniste, le mouvement formé par la centriste Tzipi Livni et le chef du parti travailliste, Isaac Herzog, pourraient alors prendre la direction d’un gouvernement temporaire en attendant de nouvelles élections. Des informations démenties par Moshe Kahlon sur son compte Twitter.

Tag(s) : #Politique internationale, #Maghreb et Moyen Orient

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