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APRÈS UN LONG SUSPENSE, LE PARTI ISLAMISTE A DÉCIDÉ DE PRÉSENTER SON CANDIDAT Élection présidentielle en Tunisie : le pari risqué d’Ennahdha

Abdelfattah Mourou, 71 ans, candidat du parti Ennahdha. © D.R.
 
 
 

Pour l’ancien ministre des Affaires étrangères, Rafik Abdessalem, dirigeant du parti Ennahdha et non moins gendre de Rached Ghannouchi,  le choix d’un candidat interne est une erreur. “Le choix d’un candidat au sein d’Ennahdha est une erreur et ne répond pas aux exigences de la phase actuelle”, a-t-il estimé. 

Le mouvement Ennahdha de Ghanouchi, d’obédience islamiste conservateur, a fini par se décider et présenter un candidat à la présidentielle anticipée du 15 septembre. Après des tractations au sein même du parti qui ont duré 2 jours, le parti a finalement jeté son dévolu sur la  personne d’Abdelfattah Mourou, 71 ans, qui aura pour mission de défendre les couleurs de sa formation dans la future élection qui s’annonce d’ores et déjà houleuse. “Les membres du Conseil de la Choura du mouvement Ennahdha ont voté pour  Abdelfattah Mourou, candidat du parti à l'élection présidentielle  anticipée” a indiqué le porte-parole du mouvement, Imed Khemiri, en précisant, dans la soirée de  mardi, à la clôture des travaux de la Choura,  que les membres du conseil ont  voté à une majorité confortable pour Mourou, vice-président du parti et actuellement président du Parlement par  intérim. Commentant le choix du parti, Ghannouchi a affirmé de son côté que “le parti réaffirme, à travers la désignation de Mourou, sa confiance en plusieurs valeurs telles que la démocratie, la République et la révolution tunisienne”, ajoutant que “tous les partis doivent, naturellement, se concurrencer”. Le choix de cette formation politique de s’engager avec un candidat dans la prochaine joute électorale n’est pas sans en surprendre  plus d’un. Il faut dire que le Mouvement Ennahdha, jusqu’à la dernière minute semblait peu intéressé par la présidentielle préférant jouer la carte d’un éventuel soutien à un candidat de l’extérieur du parti.  Un choix qui se voulait jusqu’alors stratégique puisque dicté par la nature même du système politique mis en place par la Constitution de 2014, et qui n’accorde à la fonction du président de la République qu’un  titre honorifique.  Pourquoi par conséquent s’engager avec son propre candidat dans une élection présidentielle non sans risque pour le Mouvement islamiste ?  À plus forte raison quand on sait que le parti Ennahdha était assuré d’une majorité au Parlement qui reste le véritable noyau du pouvoir.  Ennahdha visait plutôt la présidence de l’Assemblée et du gouvernement, les points forts du régime politique tunisien, parlementaire, même si le président de la République est élu au suffrage universel. En décidant de présenter un candidat, une première dans l’histoire du parti, le mouvement Ennahda, il le sait, ne jouera pas sur un terrain conquis. Contesté, le parti islamiste risque de perdre des plumes voire même de s’infliger un véritable camouflet électoral. “Ghanouchi était convaincu qu’aucun dirigeant islamiste y compris lui-même, le candidat pour ainsi dire naturel, ne pouvait recueillir les suffrages d’une majorité d’électeurs pour siéger au palais de Carthage et que son parti n’a pas intérêt à cumuler tous les pouvoirs législatifs et exécutif d’autant qu’il est d’avance assuré de dominer la prochaine assemblée des représentants  du peuple” analyse le journaliste politique tunisien Redha Kéfi.  
En présentant un candidat, “Ennahdha risque également de se trouver, lors de la campagne électorale, dans la position inconfortable du punching-ball, celle du parti à abattre que tous les candidats des autres partis attaquent”, ajoute-t-il. En effet, les sujets sur lesquels Ennahdha risque de s’attirer les foudres de ses concurrents sont nombreux. 
De l’organisation secrète d’Ennahdha, du procès des assassins de Chori Belaid et Mohamed Brahimi, aux sérieux soupçons d’encourager les mouvements salafistes ainsi que l’envoi des djihadistes tunisiens vers les zones de conflits, le parti de Ghannouchi ne manque pas de traîner des casseroles. Il ne sera sans doute pas épargné lors de la campagne électorale qui promet déjà plein de surprises.  Avant même l’entame des débats, voilà qu’un interne au parti est sorti de son silence pour fustiger le choix du Conseil de la Choura du mouvement Ennahdha.  L’ancien ministre des Affaires étrangères, Rafik Abdessalem, et non moins gendre de Rached Ghannouchi,  a usé de propos on ne peut plus discordants en commentant la décision du parti. 
Dans un post sur Facebook il a écrit: “Avec tout le respect et la considération que j’éprouve au Cheikh Abdelfattah Mourou, le choix d’un candidat au sein d’Ennahdha est une erreur et ne répond pas aux exigences de la phase actuelle”, ajoutant que “l’union autour d’une erreur est une union de façade.”
 

Karim Benamar

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