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21 OCTOBRE 2016 | PAR MARINE TURCHI

En juillet 2014, la présidente du FN a reçu un représentant émirien qui aurait proposé d’« aider » le FN. En mai 2015, son voyage en Égypte aurait été « financé par les Émirats arabes unis », affirme l’un de ses proches. Alors que le FN recherche des financements à l’étranger pour 2017, la question du rapprochement avec Abou Dhabi revient.

 

 

« Il faut être sérieux un peu…, tempère Jean-Michel Dubois, le trésorier de la campagne présidentielle de Marine Le Pen, lorsqu’on lui demande si un prêt en provenance du Moyen-Orient est envisageable. Il y a peut-être des pays qui nous proposent, mais c’est nous qui décidons. La décision ne m’appartient pas, mais on veut un pays qui soit sur nos valeurs. »

Le Front national avait exploré en 2014 la possibilité d’un financement d’une banque d’Abou Dhabi, mais les négociations avaient échoué au dernier moment. L’eurodéputé Jean-Luc Schaffhauser avait expliqué à Mediapart avoir négocié pour le FN un prêt « à un taux de 2,8 % » avec cette banque, « mais cela ne s’était pas fait le jour de la signature, en février 2014 ». Le parti frontiste avait finalement décroché un prêt russe de 9 millions d’euros en septembre 2014, et financé ses européennes grâce à un autre prêt russe, de deux millions d’euros, obtenu en avril 2014 par le micro-parti de Jean-Marie Le Pen (lire nos révélations).

Depuis, Marine Le Pen a multiplié les déclarations publiques en faveur des Émirats arabes unis. Le 30 septembre 2014, invitée de l'antenne arabophone de France 24, la présidente du FN explique que « la France doit rompre ses relations avec le Qatar et l’Arabie saoudite, qui ont aidé, assisté et financé les fondamentalistes islamistes à travers le monde ». « Il faut s’appuyer sur les pays musulmans qui luttent contre le fondamentalisme », dit-elle en citant les Émirats arabes unis et l’Égypte, et appelant de ses vœux « une grande coalition ».

 

 

« Développons les relations avec les pays qui luttent contre l’islamisme : Russie, Émirats arabes unis, Égypte, entre autres », lance-t-elle encore lors de son discours du 1er-Mai, en 2015. Elle le répétera les jours suivants, au Grand Rendez-vous d'Europe 1, le 3 mai, ou dans l’émission politique de BFMTV, le 14 juin.

Le Front national, l’Égypte, les Émirats arabes unis (alliés du régime égyptien) partagent un ennemi commun : la mouvance islamiste, et notamment les Frères musulmans, que la présidente du FN considère comme « la matrice de tout l'extrémisme musulman sunnite », « le tronc d'un arbre compliqué dont les branches débouchent sur des mouvements terroristes ». Marine Le Pen prône une alliance « contre les fondamentalistes islamistes » avec la Russie de Vladimir Poutine, qu’elle soutient ardemment. Mais ces déclarations correspondent aussi à un rapprochement avec les Émirats, qui s’est fait en deux étapes.

D’abord une rencontre secrète à Montretout – la propriété familiale des Le Pen à Saint-Cloud –, révélée en février 2016 par Intelligence Online, une lettre d'information consacrée au monde du renseignement. Jusqu'à présent, peu de choses ont filtré de ce rendez-vous. D’après nos informations, cette rencontre entre un agent de liaison des services des Émirats arabes et Marine Le Pen a eu lieu le 20 juillet 2014, dans les dépendances de Montretout, juste avant le départ en vacances de la présidente du FN. Ce jour-là, vers 17 heures, une voiture diplomatique des Émirats arabes unis se gare devant le portail de l’annexe du manoir, où Marine Le Pen habitait (et qu’elle quittera trois mois plus tard). La chaleur est écrasante, l’entretien a donc lieu sur la terrasse. Il dure une heure. La discussion porte sur le Qatar et les Frères musulmans.

« Le point de départ, c’est cette rencontre à Montretout, raconte à Mediapart un proche de Marine Le Pen. C’était une première prise de contact. Le représentant émirien a expliqué qu’ils voulaient aider le Front national, contre le Qatar et les Frères musulmans. Que si elle arrivait au pouvoir, elle évince le Qatar, et travaille avec eux, qui se présentent comme les “gentils musulmans” qui luttent contre le fondamentalisme islamiste. Il lui a dit : “Nous vous aiderons pour votre présidentielle”, sans préciser. Le but ultime était le financement de la campagne présidentielle de Marine Le Pen. À ce moment, elle ne s’y attendait pas. Elle était assez stressée dans ce rendez-vous, mal à l’aise car c’est un monde qu’elle ignore et elle se méfiait. Elle s’est plutôt concentrée sur l’idée de taper sur le Qatar ennemi des Émirats arabes unis. »

 

Marine Le Pen, Aymeric Chauprade (à gauche), Pascal Renouard de Vallière (à droite), rencontrent le Grand Imam Mohammed El Tayeb, au Caire, le 28 mai 2015. © aymericchauprade.comMarine Le Pen, Aymeric Chauprade (à gauche), Pascal Renouard de Vallière (à droite), rencontrent le Grand Imam Mohammed El Tayeb, au Caire, le 28 mai 2015. © aymericchauprade.com

 

 

Pascal Renouard de Vallière. © relations-internationales.orgPascal Renouard de Vallière. © relations-internationales.org
En mai 2015, deuxième acte : Marine Le Pen réalise son premier déplacement au Moyen-Orient. Le 28 mai, elle s'envole en Égypte pour une visite de quatre jours. Au Caire, elle rencontre plusieurs acteurs politiques et religieux : le premier ministre Ibrahim Mahlab, le grand imam sunnite de la mosquée Al-Azhar, Mohammed al-Tayeb, le patriarche copte Théodore II. Elle assiste même à une messe copte.

 

Lors de ce voyage, trois personnes l'accompagnent : son directeur de cabinet, Nicolas Lesage ; l’eurodéputé Aymeric Chauprade, qui fut son conseiller international avant de claquer la porte du parti en novembre 2015 ; et Pascal Renouard de Vallière, un « consultant » qui bénéficie de connexions au Moyen-Orient, notamment en Égypte. La visite a été organisée par Chauprade, épaulé par Renouard de Vallière.

Tag(s) : #Maghreb et Moyen Orient

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