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Brésil: Dilma Rousseff destituée, la révolution conservatrice est en marche

1 SEPTEMBRE 2016 | PAR LAMIA OUALALOU

Les sénateurs brésiliens ont définitivement voté, mercredi, la destitution de la présidente Dilma Rousseff, écartée du pouvoir depuis mai. « Aujourd'hui, je crains la mort de la démocratie », a-t-elle déclaré lors d'un discours dur et combatif. Sa sortie de scène marque l'épuisement du système mis en place par le Parti des travailleurs depuis quinze ans. Les élites conservatrices reprennent la main, le nouveau président promettant un programme ultralibéral.

de notre correspondante.- Michel Temer vient de s'envoler pour la Chine. Il va pouvoir assister aux travaux du G20 – qui réunit les 19 pays les plus riches du monde et l'Union européenne – avec le titre de président du Brésil. Ce mercredi 31 août 2016, Dilma Rousseff, la première femme élue chef d'État du géant latino-américain, a été définitivement démise de ses fonctions par le Sénat, réuni depuis six jours pour ce jugement final. Près de neuf mois après l'ouverture d'un processus de destitution qui a plongé le Brésil dans la pire crise politique de son histoire, 61 des 81 élus de la chambre haute ont mis fin au second mandat de Dilma Rousseff. C'est bien plus que les deux tiers de votes requis.

Des hourras ont fusé dans les quartiers chics, en particulier à São Paulo, la capitale économique. Mais dans le reste du pays, c'est la mélancolie qui prime, même si la majorité des Brésiliens étaient en faveur du départ de Dilma Rousseff, à laquelle ils reprochent l'effondrement de l'économie et l'envolée du chômage. À Brasilia, en face du Congrès, on ne comptait d'ailleurs qu'une centaine de militants, réunis autour de baraques à saucisses et munis de rares banderoles pour protester contre le « coup d’État ».

Le Brésil est plongé dans l'apathie. Depuis le 12 mai, date à laquelle Dilma Rousseff a été écartée provisoirement de ses fonctions, cédant la place à Michel Temer, son vice-président depuis le 1er janvier 2011, les partisans des deux camps ont déserté la rue. La messe était dite, et les rares épisodes susceptibles de mettre en doute le jugement de la population – celui des sénateurs avait déjà été négocié – sont passés inaperçus de la majorité des Brésiliens, grâce aux efforts d'une presse travaillant activement à la destitution de la présidente. Une prise de parti telle que les sièges des journaux et télévisions ont été les premiers protégés par la police militaire lors des manifestations en faveur de la chef d’État.

Lundi 29 août, cette complicité a été illustrée jusqu'à la caricature. Alors que la présidente décidait d'assurer sa propre défense face aux sénateurs, avec un discours suivi de quatorze heures d'interrogatoire, les chaînes de télévision hertziennes rivalisaient de créativité pour en faire un non-événement. La palme allant à la chaîne de télévision Globo, le seul canal atteignant près de 100 % du territoire brésilien, et qui, quand Dilma Rousseff prenait la parole, a transmis un cours de cuisine enseignant aux téléspectateurs à faire un œuf au plat. Un peu plus tard, le présentateur vedette du journal télévisé annonçait son divorce, pour occuper son public.

C'est pourtant un discours historique qu'a prononcé Dilma Rousseff lors de ses dernières heures à la tête du pays. « Sans doute le meilleur de toute sa carrière politique », estime Mauricio Santoro, professeur de sciences politiques à l'université d’État de Rio de Janeiro. « J'en arrive à me demander si elle n'aurait pas pu changer le cours des choses en adoptant cette posture plus tôt dans la crise politique», poursuit-il. Dilma Rousseff savait que, sauf miracle, elle avait déjà perdu. Son allocution, prononcée durant quarante minutes dans un silence absolu, fait rare au Congrès, n'avait pas pour objectif de convaincre ses 81 juges, mais de rendre justice à sa propre biographie.

Elle n'avait que 20 ans, rappela-t-elle, quand la dictature la jeta en prison. La jeune guérillera a payé son engagement contre le régime militaire de trois ans de prison, marqués par les viols et la torture. « C'est le deuxième jugement auquel je suis soumise, avec, les deux fois, la démocratie à mes côtés sur le banc des accusés », a martelé Dilma Rousseff avant de préciser : « J'avais peur de mourir, aujourd'hui, je crains la mort de la démocratie. » Une photographie, exhumée des archives militaires fin 2011, la montre en 1971 face au tribunal militaire. Celle qu'on ne connaît alors que sous le nom de guerre de “Vanda” et “Estela” est belle, épuisée, mais affiche un regard déterminé. En arrière-plan, les militaires qui la jugent dissimulent leurs visages derrière leur main. Le cliché, associé aux photographies de la Présidente devant le Sénat, fait fureur dans les pages de ses sympathisants, sur les réseaux sociaux.

Lundi, Dilma Rousseff a insisté sur le fait qu'elle n'était pas coupable. Le recours à des crédits d'établissements publics pour maquiller provisoirement l'ampleur du déficit public, dont elle est accusée, n'est pas, à ses dires, un« crime de responsabilité», seule raison selon la Constitution de démettre un chef d’État. Tous ses prédécesseurs y ont eu recours, « les règles ne peuvent pas changer en cours de jeu», a-t-elle insisté. De fait, les arguments juridiques à son encontre sont très fragiles, au point que Janaina Paschoal, l'un des deux avocats à l'origine de la plainte, a argumenté que la destitution de Dilma était « l'œuvre de Dieu», un argume

« Je suis jugée pour des crimes que je n'ai pas commis »

En clair, le processus de destitution a plus d'arguments politiques que juridiques. « Il n'est pas légitime, comme le prétendent mes accusateurs, d'écarter le chef d'État “pour l'ensemble de son action” ; punir le président pour son travail est la prérogative du peuple, et seulement du peuple, lors des élections », a tancé Dilma Rousseff. Le politologue Mauricio Santoro estime que l'argument fait mouche. « Nous n'avons pas de vote de confiance au Brésil, ce n'est pas un régime parlementaire. Écourter un mandat pour des raisons politiques est extrêmement dangereux, et ouvre un précédent à tous les niveaux de pouvoir : des gouverneurs et des maires», analyse-t-il.

Dilma Rousseff a rappelé qu'elle n'a jamais été accusée d'avoir volé un centime, ni elle, ni aucun des membres de sa famille. Ce n'est pas le cas, note-t-elle, d'Eduardo Cunha, qui occupait le perchoir au Parlement jusqu'à il y a quelques semaines. Celui qui est à l'origine du processus de destitution de la présidente fait l'objet de multiples procès pour corruption, et possède des comptes millionnaires à l'étranger. Il parvient depuis des mois à préserver son mandat entre chantage au gouvernement de Michel Temer et appel à la loyauté des dizaines de députés dont il a financé la campagne.

« Curieusement, je serai jugée pour des crimes que je n'ai pas commis, avant le jugement de l'ex-président du Parlement, accusé d'avoir pratiqué de très graves actions illégales (…). Une ironie de l'Histoire ? Pas le moins du monde, nous sommes à la veille d'un véritable coup d’État », a déclaré Dilma Rousseff aux sénateurs.

Un discours dur et combatif, à l'image de la présidente, et, comme elle, laissant peu de place à l'autocritique. En affirmant ne jamais avoir été complice de « ce qu'il y a de pire dans la politique brésilienne», Dilma Rousseff oublie que son gouvernement, suivant en cela l'exemple de Lula, s'est longtemps allié à ces acteurs jugés aujourd'hui infréquentables. Même peu apprécié, Eduardo Cunha était un partenaire de la présidente. Romero Juca, autre figure proche de Michel Temer, fut le porte-parole du gouvernement au Sénat sous Dilma et Lula. Quant au président de la chambre haute, Renan Calheiros, il était un incontournable des réunions stratégiques au palais présidentiel du Planalto, jusqu'à quitter le navire il y a peu. Tous sont accusés de corruption à plusieurs reprises.

« Au contraire de ce que le PT et Dilma pensaient, le coup d'État n'est pas venu de l'opposition qui a perdu l'élection en 2014, mais de l'intérieur même du gouvernement, démontrant la stupidité des alliances faites », assène Gilberto Maringoni, professeur de relations internationales à l’Université fédérale ABC, à São Paulo. Il reconnaît que le système politique, et notamment l'impossibilité pour un parti d'être majoritaire, incite à la construction de coalitions politiquement absurdes, mais estime que Lula et Dilma se sont rapidement accommodés des règles du jeu. « Il n'y a eu aucun effort pour construire un autre pôle politique avec les mouvements sociaux et les partis progressistes », ajoute-t-il.

Le choix d'un Lula très habile a bien fonctionné pendant huit ans (deux mandats présidentiels), mais ses conséquences se sont avérées dramatiques sous Dilma, incapable d'articuler politiquement ses décisions. Lorsque, début 2012, elle s'attaque aux taux d'intérêt, pour les faire baisser des niveaux les plus élevés du monde à un degré plus acceptable, elle fait un geste révolutionnaire. Poursuivre cette politique, ce serait en finir avec des décennies de plein pouvoir des banquiers et contraindre les plus riches qui placent leurs économies en bons du Trésor – rapportant autour de 7 % par an, inflation décomptée ! – à abandonner la culture de la rente pour investir dans une politique productive. Ce serait aussi libérer de gigantesque marges de manœuvre financières pour l'État, dont le budget est grevé par une charge de la dette publique sans aucun lien avec le véritable risque de défaut.

À droite comme à gauche, les spécialistes ont saisi l'impact de la mesure, mais elle n'a jamais été expliquée à la population, ni aux mouvements sociaux. « Dilma a fait de la baisse des taux une simple mesure technique, et sans personne pour la défendre, elle a fait marche arrière au bout de quelques mois », se désole Gilberto Maringoni. Trop tard pour les détenteurs du capital, qui ne lui ont jamais pardonné l'audace.

Lundi, la présidente n'a pas non plus reconnu que l'absence de remise en cause du système politique a poussé le Parti des travailleurs (PT), qu'elle a rejoint en 2000, à adopter les mêmes pratiques douteuses de financement des campagnes. Le scandale de corruption au sein de la compagnie d'hydrocarbures nationale Petrobras, révélé par l'enquête désormais connue mondialement sous le nom de “Lava Jato” (Kärcher), a démontré l'ampleur de la corruption. Si Dilma Rousseff n'est pas jugée à ce titre, c'est une des raisons de sa perte de popularité au sein de la population.

Gilberto Maringoni juge toutefois « héroïque » le dernier discours de Dilma Rousseff en tant que présidente : « Au-delà de la farce juridique, c'est la dénonciation du comportement de la classe dominante qui restera dans l'Histoire », dit-il. Un héritage au poids régional, comme l'a affirmé Dilma Rousseff. « Dans le passé de l'Amérique latine et du Brésil, à chaque fois que les intérêts des secteurs de l'élite politique et économique ont été remis en question par les urnes, des conspirations ont vu le jour, donnant lieu à des coups d’État », dit-elle, avant d'énumérer les ruptures violentes de l'ordre démocratique.

nt« technique » qui a embarrassé les opposants de la présidente.

Une profonde rupture dans l'histoire démocratique

Les armes ont cédé la place à des mises en scène parlementaires, avec la complicité d'une partie du système judiciaire. Ce mercredi 29 août, le président de la Cour suprême Ricardo Lewandowski, qui dirigeait le jugement, a insisté sur le caractère impeccable du« processus légal » en inaugurant la cérémonie de votes. Après avoir rappelé que Dilma Rousseff avait pu « amplement présenter sa défense », il a félicité le jury : « Nul ne peut, aussi bien que les sénateurs, interpréter la Constitution. »

Ultime note surréaliste : Ricardo Lewandowski a profité des pauses entre deux sessions de débat pour aller d'un sénateur à l'autre, en vue de leur demander de voter en faveur de l'augmentation des salaires des juges suprêmes. « Il faut croire que le coup d’État à la paraguayenne a fait école », s'amuse Adriano Codato, politologue à l'université du Parana, en référence à la destitution par le Parlement du président Fernando Lugo en 2012, là encore une farce.

Prévisible, la sortie de scène de Dilma Rousseff marque en réalité une profonde rupture dans l'histoire démocratique brésilienne. « Ce qui est en jeu, c'est la reprise en main par les élites politiques et économiques du système, non seulement pour passer l'éponge sur les treize années de présidence du Parti des travailleurs, et peut-être même se débarrasser pour toujours de cette formation politique, mais plus profondément remettre en question les acquis de la Constitution de 1988 », estime André Singer, professeur de sciences politiques à l'université de São Paulo.

Il en veut pour preuve le projet de loi poussé par le gouvernement Temer, et que le chef d’État compte faire voter dès son retour de Chine : une interdiction de croissance de la dépense publique pendant vingt ans et la fin de l'obligation de dédier un pourcentage défini aux budgets de la santé et de l'éducation. « Ce serait le premier changement structurel de la question de la dépense publique depuis la Constitution de 1988 », s'enorgueillit d'ailleurs le ministre des finances Henrique Meirelles, mentor du projet de loi. Une rupture aux conséquences sociales incalculables.

Michel Temer mettra-t-il véritablement en œuvre ce programme radicalement conservateur, qu'il a promis au patronat en échange de son appui ? Il a manifesté de nouveau son mépris pour le Brésil de la diversité qui a émergé au cours de la dernière décennie, en arrivant à la cérémonie d'investiture du Sénat entouré exclusivement entourés d'hommes blancs, vieux, et riches. Aucune femme, aucun Noir, aucun Indien.« Je ne crois pas qu'il parvienne à mettre en place toutes les mesures libérales sur lesquelles il s'est engagé, sa base au Congrès refusera, car elles seraient désastreuses d'un point de vue électoral », estime Adriano Codato.

Le politologue table toutefois sur une profonde marche arrière en termes de droits sociaux et du travail. Le gouvernement a déjà commencé, avec des mesures symboliques, comme la suspension du programme d'alphabétisation des plus de quinze ans, alors que 8,5 % de la population adulte est incapable de déchiffrer le moindre mot, un des pires taux d'Amérique latine. En s'adressant pour la première fois à la nation en tant que président mercredi 31 août, Michel Temer a annoncé vouloir assouplir les droits des travailleurs. Il veut aussi, dès la semaine prochaine, « privatiser tout ce qui peut l'être », y compris des crèches, des hôpitaux et des prisons. Son gouvernement a aussi fait savoir sa volonté de remettre en question le Système unique de santé (SUS), le seul au monde à offrir un accès universel aux soins dans un pays de plus de 100 millions d’habitants : une couverture précaire, mais accessible à tous.

Autre exemple, il veut remettre en question les universités fédérales, pourtant les plus performantes du pays. Les coupes dans le budget de l'enseignement supérieur ont déjà pris des proportions inquiétantes. « À ce rythme, les universités publiques ne vont plus avoir d'Internet, elles ne peuvent plus payer les factures, et le montant des bourses de recherche est au plus bas depuis vingt ans », constate Mauricio Santoro. Conséquence, seuls les étudiants issus des classes aisés auront accès aux maîtrises et doctorats, leurs familles finançant leurs études. Une marche arrière qui n'émeut guère au sein de l'élite politique : « le discours de haine du pauvre s'est généralisé dans la classe moyenne élevée, avec l'aide de la presse », résume Gilberto Maringoni, avant de conclure : « Avec Michel Temer, nous avons un gouvernement de riches et pour les riches. »

Ce 31 août, c'est tout de rouge vêtue que Dilma Rousseff, déjà présidente destituée, a fait une dernière déclaration dans le palais de l'Alvorada, la résidence présidentielle. « Ce n'est pas un adieu, mais un “à bientôt”. Ils pensent avoir vaincu, mais ils se trompent. Le gouvernement putschiste devra faire face à l'opposition la plus énergique et déterminée », a-t-elle promis.

Malgré les applaudissements, le propos laisse rêveur. Pour l'heure les Brésiliens, brisés par le chômage (11,3 %) et la hausse des prix et alors que la récession s'installe dans le pays – un sixième trimestre de chute du produit intérieur brut vient d'être confirmé ce 31 août –, ne voient guère de différence dans leur quotidien entre Dilma Rousseff et Michel Temer, tous deux jugés très négativement. « Le problème, c'est que rapidement, tous ceux qui protestaient contre elle en demandant plus de dépenses pour l'éducation, la santé et la sécurité vont d'apercevoir qu'ils ont été floués », dit Mauricio Santoro. Des scénarios d'explosion sociale sont donc à envisager. Mais il n'est pas sûr que le camp progressiste soit capable d'en profiter pour reconstruire une alternative politique.

Lula, candidat en 2018 ?

Le Parti des travailleurs semble à genoux. Il a été incapable de trouver une réponse pour ses électeurs au catastrophique deuxième mandat de Dilma Rousseff, qui a opté pour une politique contraire à ses promesses de campagne. Il n'a pas su non plus expliquer les errances de la corruption. Et encore moins organiser la lutte au cours des neuf mois du processus de destitution. À quelques semaines des élections municipales d'octobre, les dirigeants du PT illustrent leur incapacité à penser leurs erreurs. Ils persistent dans des alliances incompréhensibles avec des caciques conservateurs, comme à São Paulo, ou maintiennent un candidat propre sans aucune chance contre une importante figure de la gauche locale, comme à Rio de Janeiro. Des stratégies de surcroît inefficaces. Le PT devrait connaître un recul historique de sa représentation locale.

Et Lula ? Celui qui reste l'homme politique le plus populaire du Brésil – mais aussi le plus haï – a tenté jusqu'au dernier moment de convaincre les sénateurs de ne pas lâcher le gouvernement de sa dauphine. Des négociations faites à l'ancienne, plus dans les coulisses qu'en haranguant les foules, et durant lesquelles il n'a guère camouflé son abattement.

« Contrairement à Dilma qui a perdu face à la dictature quand elle était jeune, pour Lula, c'est la première véritable défaite », explique un de ses proches. « Bien sûr, il a perdu des élections, mais dans un contexte où lui et le PT continuaient à croître et à gagner en prestige au sein de la population ; aujourd'hui, l'effondrement de son projet est un coup très dur », poursuit-il. Lula a certes fait le voyage pour assister à la défense de Dilma Rousseff au Sénat, mais c'est aux côtés du chanteur Chico Buarque qu'il s'est installé. La présence de l'artiste symbolisait le rejet par la classe intellectuelle progressiste de la destitution, mais elle n'en démontre pas moins, dans son incongruité, la solitude de l'ex-président. Mercredi, lors du rassemblement autour de Dilma Rousseff dans le palais de l'Alvorada, Lula était encore là, mais toujours à distance de sa dauphine.

Aujourd'hui seul espoir du PT pour une éventuelle victoire en 2018, Lula doit tout faire pour ne pas être rattrapé par la justice. La législation brésilienne interdit en effet à tout homme politique condamné en première instance (avant même le moindre recours) d'être candidat. « Or sans présumer de son innocence ou de sa culpabilité, il est manifeste que la justice et en particulier les juges de l'opération Lava Jato ont fait de Lula une cible privilégiée, ce qui est problématique », reconnaît Mauricio Santoro.

L'ex-président a été réveillé par la police fédérale chez lui à 6 heures du matin en mars dernier, avant d'être empêché par un juge de faire partie du gouvernement. Il a été successivement inculpé pour tentative d'entrave à la justice, corruption passive et blanchiment d'argent, le tout grâce à des enregistrements obtenus de façon illégale et sans preuve claire. « Pendant ce temps, Eduardo Cunha, sur lequel pèsent des éléments accablants, n'a toujours pas été convoqué par la justice, c'est tout de même deux poids deux mesures », poursuit l'universitaire. Il est aujourd'hui impératif pour le gouvernement d'obtenir une condamnation de l'ex-président, sans quoi sa présence au moins au second tour est garantie.

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De même, les proches de Temer multiplient les stratégies pour neutraliser l'opération Lava Jato qui, après la chute du PT, pourrait s'intéresser aux grands noms de la droite cités abondamment dans l'investigation. Le seul certain d'y échapper est Michel Temer lui-même, soupçonné pourtant d'avoir reçu d'importants montants. Avec la présidence, il vient de gagner l'immunité, et ne peut être poursuivi pour des crimes antérieurs à son mandat, entamé ce 31 août.

Même si Lula parvenait à être candidat, il n'est pas sûr qu'il puisse mettre fin au vent de conservatisme autoritaire soufflant sur le Brésil. « Lula est le candidat de la conciliation, comme tout bon syndicaliste, il ne veut pas casser l'entreprise, mais faire un accord avec le patron pour que tout le monde soit gagnant », explique Gilberto Maringoni. Un pacte que l'ex-métallurgiste a réussi à établir au début des années 2000, dans un contexte de croissance mondiale et notamment de hausse des cours des matières premières, dont le Brésil est un grand exportateur.

Mais le contexte international n'est plus le même et les élites ont peu goûté le nouveau Brésil surgi des années Lula et Dilma. Même si la réduction de l'injustice s'est faite à dose homéopathique, elle a permis à des dizaines de millions de Brésiliens de se hisser au-dessus de la pauvreté, de rêver à l'université et à un bon emploi. Ce 31 août 2016, les élites brésiliennes ont clairement fait savoir qu'elles ne voulaient plus entendre parler d'accord et de conciliation. Reste à savoir si, et comment, ceux qui ont entrevu l'espace de quelques années un avenir plus digne, pourront résister.

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