Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Espace conçu pour les Démocrates de tous bords.

Réseau des Démocrates

La fabrique des dictatures

 

Pour l’heure, on ignore le dessein qui se cache derrière le coup d’État parlementaire fomenté par les partis de l’alliance présidentielle. Ses auteurs ne l’ont pas divulgué et ses victimes, comme ses témoins, ne semblent pas l’avoir deviné.
Mais on peut cependant observer la superbe unanimité qui caractérise chacun des partis de l’alliance, directions et élus, dans cette manigance d’évidence illégale et anticonstitutionnelle. Ici, l’efficacité avec laquelle le régime a réussi le clonage moral en série de son personnel politique mérite d’être notée. Et, peut-être plus tard, étudiée. Pas une tête ne dépasse dans cette entreprise de destitution forcée d’un responsable d’institution élu dans les formes et qui ne présente aucun signe d’empêchement légalement prévu.
Il y a certainement, et même sûrement, des raisons politiques à la déposition de Bouhadja. Mais les dirigeants et les exécuteurs de leurs manœuvres ne se sentent pas tenus de s’en ouvrir aux Algériens. Ils préfèrent faire comme si ces derniers n’étaient pas concernés. Mais le peuple s’en f… un peu. Il a été éduqué à vivre de la prodigalité de son pouvoir, quand le pétrole le permet : il sait compter, il ne sait pas demander des comptes. Alors quoi de plus naturel qu’il attache bien moins d’importance à l’exclusion physique d’un président d’Assemblée nationale qu’au renvoi d’un directeur technique de football !
Pour le personnel politique en activité, il est tellement facile de faire le dictateur dans cette ambiance de cupide résignation. D’où le nombre étonnant de prétendants. Grâce à la rente abondante, l’État a été transformé en incubateur pour despotes en devenir. Chacun d’eux rêve du jour où il deviendra calife. Et même si ce jour ne viendra jamais, ceux qu’ils passent à servir le califat en place sont déjà bien rémunérés. Le FLN, ancien appareil unique de l’autoritarisme, s’est ainsi retrouvé flanqué de prometteuses start-up, inventant le multipartisme autocratique.
Mais l’avenir du pays n’est pas nécessairement fait de ce despotisme car l’autocratie populiste, celle qui réussit à se faire accepter, pour un temps au moins, requiert quelques conditions : dès son avènement, l’autocrate doit disposer d’un charisme originel et d’une rente mobilisable. Et le processus n’est pas renouvelable.
Dans les pseudodémocraties actuelles, les héritiers politiques des autocrates charismatiques ne les remplacent jamais avec succès (voir l’exemple vénézuélien, entre autres). Le personnel politique d’aujourd’hui ne sera donc pas fonctionnel dans la prochaine étape historique. De plus, celle-ci correspondra à la limite biologique de la légitimité historique : le conservatisme nationaliste aura vécu sans que le pays n’ait accompli sa transition démocratique. L’évolution engagée en 1988 a été combattue et brisée par la contre-offensive conjuguée de l’obscurantisme violent et du baâthisme corrupteur.
La prochaine phase constitue l’opportunité historique pour l’islamisme. Car le régime autoritaire, tel que décrit plus haut, ne peut se renouveler, les ressorts de résistance démocratique sont cassés et la société y est culturellement disposée. On entendra alors, comme en 1992, un grand fracas de retournement de vestes rédempteur.
À trop cultiver l’autoritarisme et la médiocrité, on périt de plus autoritaire et de plus médiocre que soi.

M. H.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article