L’opposition au 5e mandat pour Bouteflika et le rejet du système est un fort leitmotiv qui fédère non seulement, toutes les couches sociales et toutes les catégories socioprofessionnelles mais aussi les élites.
Après le cri de colère du peuple, les élites commencent à donner de la voix. Des universitaires, des avocats, des journalistes, des artistes et les étudiants se joignent à la mobilisation contre le 5e mandat pour Bouteflika. En effet, dans une déclaration rendue publique hier, des universitaires et des intellectuels appellent les élites à rejoindre les revendications populaires. “Dans ce contexte exceptionnel, nous appelons tous les universitaires et intellectuels libres et dignes d’exprimer leur solidarité et leur totale adhésion au processus de changement que la société algérienne demande. Avant de proposer un vrai projet social et politique, l’universitaire ou l’intellectuel doit nourrir une relation existentielle avec ses concitoyens ; avant d’être doté d’une conscience politique, il doit être conscient de son appartenance pleine et entière à sa communauté. L’intellectuel ne peut pas être à la marge. Il doit entendre le message de la société à laquelle il appartient”, est-il mentionné dans un document signé par une vingtaine d’universitaires et intellectuels. “Notre engagement comme universitaires et intellectuels consiste à accompagner la société en marche. Nous sommes appelés, aujourd’hui plus que jamais, à donner du sens à cette phase sociopolitique qui doit nous conduire à la société de coexistence, d’acceptation de la contradiction et de reconnaissance de l’autre”, poursuivent-ils. Les avocats, regroupés dans l’Ordre des avocats du centre du pays, ont annoncé une manifestation publique jeudi prochain. C’est ainsi que les avocats appellent à manifester à Tizi Ouzou. “Face à cette situation de déni de droit, de négation des libertés et de violations des textes de la République, nous sommes plus que jamais interpellés, et de ce fait, nous ne pouvons nous désengager de notre mandat de défenseurs des libertés et des droits de la personne humaine”, a indiqué un communiqué des robes noires.
De leur côté, les artistes ne veulent pas rester en marge du mouvement. “(…) Pour adopter une position unique et sincère, qui est celle du peuple, nous annonçons, nous intellectuels, écrivains et artistes algériens, notre soutien total au vent du changement qui souffle sur notre cher pays, et qui ne peut se concrétiser sans qu’Abdelaziz Bouteflika (ou ceux qui parlent en son nom) renonce à se représenter à un 5e mandat de la honte. C’est uniquement par cela que le peuple retrouvera une partie de sa dignité bafouée, et retrouvera sa place entière en tant que seul et unique gouvernant”, souligne un manifeste signé par des artistes et des intellectuels. Ces appels s’ajoutent à ceux des journalistes qui ont appelé à une manifestation nationale pour jeudi prochain dans la capitale. Les professionnels des médias veulent également protester contre la censure qui a été imposée à certains d’entre eux, notamment dans les médias publics. De toutes ces catégories socio-professionnelles, les étudiants seront les premiers à faire une démonstration de force. Un appel est lancé à manifester aujourd’hui dans toutes les universités du pays. Dans des communiqués relayés sur les réseaux sociaux, les étudiants comptent exprimer leur refus d’un 5e mandat et veulent également se démarquer des organisations satellitaires du pouvoir qui ont appelé à soutenir Abdelaziz Bouteflika. Dans certaines universités, les étudiants veulent sortir dans la rue, alors que dans d’autres, les appels sont destinés à tenir des rassemblements à l’intérieur des campus. En parallèle, le pays s’apprête à vivre un nouveau vendredi de mobilisation. De nouveaux appels à manifester dans tout le pays sont diffusés sur les réseaux sociaux. Les appels portent un seul mot d’ordre : “Non au 5e mandat.” D’autres activistes préconisent, sur les réseaux sociaux, une grève générale dans tout le pays le 3 mars prochain. Ce sera au lendemain du 82e anniversaire d’Abdelaziz Bouteflika qui déposera, en principe, son dossier de candidature le jour même au Conseil constitutionnel.
Ali Boukhlef