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En Libye, sept ans de violence depuis la «lourde erreur» de la guerre

 PAR 

Il y a sept ans, une révolte populaire explosait contre le régime de Kadhafi, conduisant à une intervention militaire occidentale qualifiée de « lourde erreur » par Emmanuel Macron. Depuis, le pays est livré aux milices. L’ONU s’efforce en vain de trouver une issue politique à la crise.

Quelques milliers de Libyens ont participé, le 17 février, à Tripoli et dans une poignée d’autres villes de Libye, aux festivités qui marquaient le 7e anniversaire de la « révolution » de 2011. Feux d’artifices, défilés de scouts et de fanfares, concerts et diffusion de chansons par haut-parleurs : les célébrations, dans les villes où elles ont pu être organisées, sont restées modestes. Et pour cause.

La dictature est morte, mais la démocratie, la paix, la sécurité demeurent des rêves. Car la « révolution » populaire, à l’origine pacifique, s’est transformée en quelques jours, sous l’influence des anciens cadres islamistes libérés de peu, en insurrection armée, avant de déboucher sur une intervention militaire internationale de huit mois, l’assassinat de Mouammar Kadhafi – dans des conditions demeurées obscures – et la chute du régime.

Cet engrenage de violences a rapidement pris la forme d’une guerre civile, ou plutôt de plusieurs guerres civiles imbriquées, qui ont plongé le pays dans le chaos où il se trouve encore aujourd’hui. Un mois avant les célébrations du 17 février, une bataille rangée entre deux milices autour de l’aéroport de Tripoli a fait une vingtaine de morts et provoqué l’arrêt total du trafic aérien pendant cinq jours. Et moins d’une semaine après les feux d’artifices, un attentat à la voiture piégée, revendiqué par l’organisation État islamique, tuait trois soldats qui tenaient un barrage près de la localité de Waddan, à 500 km au sud-est de Tripoli.

 

Un soldat de l'Armée nationale libyenne inspecte les dégâts après un attentat, le 9 février 2018, dans une mosquée de Benghazi. © ReutersUn soldat de l'Armée nationale libyenne inspecte les dégâts après un attentat, le 9 février 2018, dans une mosquée de Benghazi. © Reuters

 

Sur les réseaux sociaux – pour les privilégiés qui y ont accès –, des échanges vigoureux ont opposé ceux qui estimaient qu’il fallait célébrer le début de l’écroulement du régime, après 42 ans de dictature, et ceux qui constataient qu’il n’y avait rien à célébrer dans ce pays en crise où les services sociaux de base n’ont toujours pas été reconstruits tandis que la violence, l’insécurité et l’instabilité s’éternisent. Dans l’indifférence des États – dont la France – qui ont plongé le pays dans le chaos en le livrant, leur guerre achevée, à la loi des milices islamistes, salafistes ou djihadistes, issues – ou non – des combats de 2011 contre l’armée de Kadhafi.

« Peut-être qu’un régime est fini, mais la vérité est que nous n’avons pas réussi à nous débarrasser d’une culture qui a dominé les esprits et les pratiques de beaucoup de gens qui sont aujourd’hui à l’avant-scène et qui considèrent la patrie comme un butin », a admis, réaliste, l’ancien architecte et homme d’affaires Fayez al-Sarraj, qui dirige depuis mars 2016 le Gouvernement d’union nationale (GNA).

Seul pôle de pouvoir officiellement reconnu par la communauté internationale, le GNA est issu d’un accord conclu fin 2015, à Skhirat, au Maroc, sous le parrainage des Nations unies, entre les deux principaux courants politico-militaires qui contrôlaient alors l’est et l’ouest du pays. Mais le « premier ministre » Fayez al-Sarraj, qui tient sa seule légitimité de cet accord bâclé, imposé de l’extérieur, et qui s’appuie, militairement, sur trois importantes milices locales ou régionales dont les intérêts sont fluctuants, n’a jamais réussi, malgré l’appui fourni par le Qatar et la Turquie, à contrôler réellement l’ouest du pays, y compris la capitale, Tripoli, où il est installé.

En revanche, son rival, le « maréchal » autoproclamé Khalifa Haftar, chef de l’Armée nationale libyenne (ANL) installée à Al-Baïda, entre Benghazi et Tobrouk, où siège le parlement, contrôle de fait la majeure partie de l’est du pays, depuis le croissant pétrolier du golfe de Syrte jusqu’à la frontière égyptienne, à l’exception de la ville côtière de Derna, à l’ouest de Tobrouk, toujours aux mains d’une milice djihadiste favorable à Al-Qaïda. Son influence s’étend aussi vers le sud, sur la région de Koufra et autour de Sebha.

Sa dernière victoire militaire date de l’été dernier, lorsque, après trois ans de combats meurtriers, ses troupes ont repris le contrôle de la majeure partie de Benghazi, tenue depuis 2014 par une coalition djihadiste, le Conseil de la Choura des révolutionnaires de Benghazi. Ce qui n’empêche pas la « capitale de l’est », berceau de la révolution de 2011, de demeurer, aujourd’hui encore, le théâtre de violents accrochages. Fin janvier, un attentat à la voiture piégée a fait au moins 35 morts près d’une mosquée de la ville.

Ancien général de Kadhafi, retenu prisonnier à N’Djamena à la suite d’une défaite humiliante au nord du Tchad, en 1987, puis récupéré par Washington, Haftar, qui est rentré en Libye en 2014 après 30 ans d’exil aux États-Unis, n’a jamais caché sa volonté de diriger le pays. Il n’a pas caché non plus que l’un de ses modèles en politique était le général-président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Activement soutenu par l’Égypte et les Émirats arabes unis, en bons termes avec l’Arabie saoudite et la Russie, il dispose d’une armée encadrée par d’anciens officiers de l’armée de Kadhafi et composée de kadhafistes recyclés, de miliciens locaux, de combattants issus des tribus ralliées, mais aussi de salafistes non-djihadistes. Grâce à ses bonnes relations avec Le Caire, il dispose même d’une petite aviation équipée de quelques hélicoptères de combat et de vieux Mig égyptiens.

Un pays inondé d’armes et submergé de milices

Considéré par Paris comme un garant crédible de la stabilité du pays et un allié précieux dans la lutte antiterroriste, il a aussi reçu une aide militaire discrète, notamment sous la forme de conseillers fournis par la DGSE, alors que Paris avait reconnu, comme la majorité de la communauté internationale, le gouvernement de son rival al-Sarraj comme seul représentant officiel de la Libye.

Pour le malheur de la Libye, cet affrontement politique entre la fragile légitimité internationale de Fayez al-Sarraj et le contrôle de fait que Khalifa Haftar exerce sur la majeure partie de l’est est loin d’être la seule source de déstabilisation du pays. En fait, outre ces deux pôles de pouvoir rivaux, le pouvoir en Libye est dispersé entre une multitude de formations armées rivales, le plus souvent rattachées à des groupes ou des factions locales, qui se livrent une lutte acharnée pour la domination du pays. Dans ce pays deux fois et demie plus vaste que la France, peuplé de 6 millions d’habitants, on évalue aujourd’hui à 20 millions le nombre d’armes en circulation.

À cela s’ajoute la persistance dans le chaos actuel, comme hier sous le colonisateur italien, la monarchie du roi Idriss puis la Jamahiriya de Kadhafi, de l’organisation tribale du pays. Kadhafi lui-même, au moment où son pouvoir devenait personnel jusqu’à la caricature, avait accepté comme une réalité incontournable la superposition aux structures de l’État des vieux réseaux hérités des structures tribales, régionales et locales.

Selon l’ancien diplomate Patrick Haimzadeh, en poste à Tripoli entre 2001 et 2004, aujourd’hui chercheur spécialiste de la Libye, la sécurité du régime de Kadhafi était assurée « par des gardes prétoriennes dont les cadres étaient recrutés en fonction de leurs appartenances tribales dans les régions traditionnellement fidèles au régime ». Aujourd’hui, analyse-t-il dans un article publié en juillet 2017 par Orient XXI, « les lignes de fractures sont diverses et multiples : régionales, locales, tribales, anciens kadhafistes ou considérés comme tels contre anciens opposants ou révolutionnaires de la dernière heure. Les ingérences étrangères au profit de telle ou telle faction compliquent encore la situation ».

« Après la révolution de 2011, estime de son côté Mohamed Ben Lamma, ancien doyen de la faculté de sciences politiques à l’université Zaytouna, aujourd’hui collaborateur de la Fondation pour la recherche stratégique, la tribu a joué un rôle déterminant pour organiser les réseaux de solidarité et assurer la protection des personnes quand les structures de gouvernance de l’ancien régime se sont effondrées. Elle a repris et réinventé leur rôle dans la sphère publique, y compris dans les domaines de la justice, de la sécurité, dans la gestion et la résolution des conflits. »

Faute d’avoir tenu compte de ces spécificités de la société libyenne, les stratèges qui ont préparé l’intervention occidentale de mars 2011 ont été incapables d’anticiper la fragmentation du soulèvement contre le régime en une multitude de guerres civiles locales, ancrées dans de vieilles rivalités, des querelles régionales ou de modernes conflits d’intérêts pour le contrôle de telle ou telle ressource. Il est vrai qu’ils étaient très occupés, particulièrement à Paris, à présenter comme une intervention de protection, voire de sauvetage de la population civile libyenne, une opération qui avait pour objectif réel la chute du régime et l’élimination de Kadhafi.

« Dans la Libye post-Kadhafi, constate Mohamed Ben Lamma, les milices se sont regroupées en plusieurs formations pour constituer un pôle militaire hors du parapluie institutionnel. Les groupes armés budgétés par l’État ont aussi éclaté en de multiples brigades servant les intérêts de leurs tribus ou de leurs villes d’origine. Des milliards ont ainsi été versés aux milices, leur donnant effectivement un pouvoir, c’est-à-dire la capacité de fidéliser leurs membres et d’en attirer des milliers d’autres moyennant finances, pouvoir et statut. De ce fait, le pays s’est trouvé inondé d’armes et submergé de milices. »

Le résultat est qu’aujourd’hui, en s’en tenant aux principales alliances de combattants, on compte pas moins d’une vingtaine de forces armées, plus ou moins composites et homogènes, pour la plupart issues de la guerre contre la dictature, et liées à des clans, des régions ou des villes rivales, qui partagent leur activité entre prédations diverses et changements d’alliances et d’allégeances au gré de leurs intérêts.

Basés à l’est de Tripoli, les salafistes de la Force de Radaa – non-djihadistes – font la police dans la capitale, traquant les trafiquants de drogue ou d’alcool, mais aussi les combattants de l’organisation État islamique passés à la clandestinité depuis qu’ils ont été chassés de leur bastion de Syrte par une milice alliée au pouvoir de l’ouest. Un autre groupe armé, la Khatiba Abou Slim, contrôle le quartier d’Abou Slim, dans le sud de la capitale. Ces deux milices, alliées à une troisième, la Première Force, présente dans l’ouest et le centre de la capitale, ont, ces derniers mois, chassé de Tripoli plusieurs groupes armés liés à un politicien hostile à la fois à Fayez al-Sarraj et à Khalifa Haftar. Groupes armés qui semblent avoir trouvé refuge à Misrata.

Troisième ville du pays, à mi-chemin de Tripoli et de Syrte, Misrata comptait en 2011 236 brigades de combattants, soit près de 20 000 hommes, « suréquipés et surarmés », selon un observateur averti. Ces brigades, qui avaient récupéré plus de 50 % des armes de l’ancien régime, ont joué un rôle majeur dans la lutte contre Kadhafi. Fortes de leur potentiel militaire et de leur légitimité révolutionnaire, elles sont devenues, aux mains des politiciens locaux, des outils essentiels dans la conquête et le partage du pouvoir. Une ligne de fracture s’est peu à peu dessinée en leur sein entre les « radicaux », notamment les factions islamistes, adversaires de l’accord de gouvernement patronné par l’ONU, et les « modérés », qui estiment que c’est la seule solution à la crise actuelle.

C’est dans ce climat de division et d’affrontement politique que le maire de la ville, Mohammed Eshtewi, favorable à Fayez al-Sarraj et au GNA, a été enlevé et assassiné le 17 décembre 2017. Des brigades de Misrata sont actuellement présentes à Tripoli, en soutien au gouvernement « officiel ». D’autres sont restées à Syrte et dans la région, après en avoir chassé l’organisation État islamique à la fin de l’année dernière. D’autres encore sont présentes dans la région de Benghazi où elles ont donné naissance aux Brigades de défense de Benghazi en s’alliant avec les islamistes chassés l'été dernier de la ville par Haftar.

Pour Macron, l’intervention militaire de 2011 a été une « lourde erreur »

 

Des partisans du général Khalifa Haftar l'appellent à prendre la relève du pouvoir, le 17 décembre 2017, à l'expiration de l'accord de Skhirat, parrainé par l'ONU. © ReutersDes partisans du général Khalifa Haftar l'appellent à prendre la relève du pouvoir, le 17 décembre 2017, à l'expiration de l'accord de Skhirat, parrainé par l'ONU. © Reuters

 

C’est aussi une coalition comprenant des brigades de Misrata, des islamistes et d’autres milices régionales qui a chassé, en août 2014, les miliciens de Zenten de l’aéroport de Tripoli, qu’ils occupaient depuis la chute du régime de Kadhafi. Vaincus et s’estimant trahis par les Misratis qui s’étaient alliés aux « barbus », les combattants de Zenten, à 180 km au sud-ouest de Tripoli, se sont alors repliés dans leur fief où une bonne partie d’entre eux ont fait allégeance au « maréchal » Haftar, dont ils partagent l’aversion à l’égard des islamistes. Ils constituent désormais, de fait, le principal point d’appui militaire de « l’homme fort de l’est » à l’ouest du pays.

Point d’appui d’autant plus précieux que la majeure partie de l’ouest, même si elle est loin d’être stable et sécurisée, est aux mains des alliés de Fayez al-Sarraj, comme les miliciens amazighs de Jadu et Nalut, qui tiennent les principaux points de passage de la frontière tunisienne. Ou comme les miliciens salafistes qui se sont emparés en octobre 2017 du port de Sabratha, à l’ouest de Tripoli, fief des trafiquants d’êtres humains et principal port d’embarquement des migrants africains pour l’Italie, distante de 300 km.

Milice ou embryon d’armée régulière d’un régime militaire en construction, l’Armée nationale libyenne de Khalifa Haftar est présente et active dans tout l’est et le sud-est du pays jusqu’aux confins arides de la frontière tchadienne, où rôdent les souvenirs humiliants de la défaite essuyée par le général Haftar, il y a plus de trente ans, à Wadi Doum. Enfin maître du « croissant pétrolier » du golfe de Syrte, qui représente 60 % des ressources en hydrocarbures du pays, Haftar, qui ne manque pas de ressources, a renforcé le noyau initial de ses soldats, issus des tribus de l’est, en recrutant des mercenaires étrangers, notamment tchadiens et soudanais, mais aussi, démarche surprenante chez cet ennemi des islamistes, en récupérant des combattants salafistes qu’il estime pouvoir contrôler.

Il disposerait aujourd’hui de près de 10 000 combattants. Ce qui lui permet d’étendre sa présence militaire vers le centre et le sud. Non sans quelques difficultés. Aux mains de forces tribales et de groupes ethniques en lutte pour le contrôle de la contrebande transsaharienne et des champs pétroliers, le Fezzan semble aussi être devenu le terrain de repli de certains des combattants de Daech chassés de la zone côtière, comme l’a confirmé l’attentat du 21 février près de Waddan. Et la situation de Derna, entre Benghazi et Tobrouk, où une milice proche d’Al-Qaïda s’est emparée de la ville après en avoir chassé les combattants de Daech, montre que les djihadistes, quelle que soit leur obédience, demeurent une menace pour le pays. Enfin, les affrontements réguliers, qui opposent, dans la zone frontalière avec le Niger, le Tchad et le Soudan, la minorité toubou, alliée à Khalifa Haftar, aux tribus arabes favorables au GNA, indiquent que la stabilisation de la Libye n’est pas pour demain.

Même si, pris un par un, ces multiples affrontements de milices obéissent à des logiques claires de conflits de personnes, d’ambitions ou d’intérêts, leur accumulation produit une situation globale de chaos illisible qui fait de la Libye l’un des pays les plus instables et inhospitaliers de la planète. Et qui fait apparaître la crise libyenne comme quasi insoluble. D’autant que l’accord de Skhirat, parrainé par l’ONU, qui est censé avoir scellé, en 2015, la réconciliation entre les pôles de pouvoir de l’est et de l’ouest, n’a jamais été réellement appliqué, le parlement de l’est, proche d’Haftar, refusant depuis deux ans d’accorder sa confiance au gouvernement de Tripoli. Valable pour un an et renouvelable une seule fois, cet accord est arrivé à échéance le 17 décembre 2017. Ce que n’a pas manqué de constater le « maréchal » Haftar. « Avec l’accord, a-t-il fait observer, le mandat du gouvernement d’union nationale de Fayez al-Sarraj a également expiré. La seule institution légitime est désormais l’Armée nationale libyenne. » En d’autres termes, le temps des négociations diplomatiques est révolu, place au rapport de forces.

Ce n’est pas du tout le point de vue des Nations unies. Pour le Conseil de sécurité, l’accord de Skhirat « demeure le seul cadre viable pour mettre fin à la crise politique en Libye ». C’est porteur de cette certitude et convaincu que « les Libyens en ont assez des transitions et de la violence » que le nouvel envoyé spécial de l’ONU pour la Libye, l’universitaire libanais Ghassan Salamé, ancien ministre de la culture et ancien directeur de l’École des affaires internationales de Sciences-Po, a pris ses fonctions en août 2017.

Pour sortir de l’impasse, il a annoncé en septembre dernier un plan d’action qui prévoit notamment « d’amender » sur plusieurs points le texte de Skhirat, avant de réunir une « conférence nationale » de réconciliation à laquelle seraient invités, outre les responsables des deux pouvoirs de l’ouest et de l’est, « des groupes ostracisés » ou « marginalisés » qui avaient été jusque-là réticents à participer au processus politique. Après quoi serait entamée la réforme de la Constitution, qui serait soumise à référendum, ouvrant la voie à des élections législatives et présidentielle, première étape vers une « vraie alternance ».

 

Avant même de connaître le plan d’action de Ghassan Salamé, Emmanuel Macron avait pris l’initiative de réunir, en juillet à La Celle-Saint-Cloud, les deux principaux acteurs de la scène libyenne pour tenter de définir avec eux une feuille de route permettant de sortir de la crise. Car aux yeux du président français, le dossier libyen est une priorité stratégique. Parce que le chaos libyen contribue à la déstabilisation de la région sahélienne en proie à la menace djihadiste. Parce qu’il aggrave la crise migratoire entre l’Afrique et l’Europe. Peut-être aussi parce que le président français, qui tient l’intervention militaire de 2011 en Libye pour « une lourde erreur », comme il l’a affirmé au début du mois lors de son voyage en Tunisie, entend contribuer à résoudre une crise qui doit beaucoup à l’aventurisme intéressé de l’un de ses prédécesseurs à l’Élysée, Nicolas Sarkozy.

 

Au cours de leur rencontre à La Celle-Saint-Cloud, Khalifa Haftar et Fayez al-Sarraj, qui s’étaient déjà entretenus en mai à Abou Dhabi, sans résultat, sont tombés d’accord sur un plan de sortie de crise en 10 points, qui prévoit notamment l’instauration d’un cessez-le-feu pour tout ce qui ne relève pas de la lutte contre le terrorisme, la réinsertion des combattants dans une nouvelle armée unifiée et des élections au printemps 2018. Mais ils ne sont pas allés jusqu’à signer le document, se contentant de se serrer la main devant leur hôte.

Sept mois après la laborieuse rédaction de ce document commun, alors que la Libye entre dans une huitième année de violences, d’arbitraire et d’incertitudes, les perspectives de sortie politique et pacifique de la crise sont minces. Peut-être, comme le pense Issandr El-Amrani, directeur pour l’Afrique du Nord d’International Crisis Group, Haftar ne dispose-t-il pas « de la force ou du soutien suffisant » pour s’emparer du pouvoir dans l’ensemble du pays. Mais l’ambition, chez le « maréchal » d’Al-Baïda, est si tenace de devenir soit le chef d’un régime militaire, soit le prochain président, que le risque d’une aventure ne peut être écarté.

« Toutes les conditions ne sont pas réunies aujourd’hui pour la tenue d’élections, a admis au début du mois Ghassan Salamé, au cours d’une conférence de presse à Tripoli. Nous n’en avons réalisé pour le moment qu’une seule : le début de l’inscription des électeurs. Le plus important sera d’obtenir de toutes les parties l’acceptation des résultats avant même leur tenue. » « Il n’y a aujourd’hui que deux issues à la crise, estime un universitaire de Tripoli. Soit tout le monde accepte le plan de Ghassan Salamé. Soit un règlement militaire se dessine entre les forces de Haftar et les milices de Misrata, qui soutiennent le pouvoir de l’ouest. »

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