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Contribution : Par Naoufel Brahimi El Mili


Le grand mouvement inédit : «Occupy les Invalides» a pris fin après 81 jours. Démarre en trombe un mouvement siamois : «Occupy El Mouradia». Les belligérants et partisans s’opposent avec détermination. Tous les coups sont permis. Même l’article 88 de la Constitution est appelé à la rescousse. Tout comme le rappel de la légitimité d’un président élu au suffrage universel.


Aussi, commencent alors les spéculations sur l’état de santé du Président basées sur des diagnostics de médecins, souvent autoproclamés, à partir d’images puisées de YouTube, site devenu l’une des rares sources d’information sur l’état de l’illustre patient. Encore pire, s’esquisse même un débat sur le coût de l’hospitalisation et du traitement du Président en France ! Comme si la santé voire même la vie d’un être humain devait avoir un prix. Reprendre, par facilité peut-être, un créneau populiste illustré notamment par une des émissions phares d’une grande chaîne de télévision française : «Combien ça coûte ?» pour démontrer l’échec d’une politique, est aussi inutile que démagogique. Bien sûr El Watan daté du 19 juillet était dans son rôle en publiant une opinion sous le titre : «Combien a coûté la maladie du Président ?» Mais le vrai sujet est la durée et donc le coût de la maladie de la démocratie de tous les pays arabes, même ceux assujettis aux effluves de jasmin de ce «printemps arabe».

Maladie de jeunesse ou bien Alzheimer chez d’approximatifs démocrates ? Dans notre pays, faisons semblant de croire que la démocratie n’est pas un mort-né et qui sortira un jour de sa couveuse, voire de sa glaciation. Et espérons qu’elle survivra aux classiques maladies infantiles, sans oublier les épidémies et autres contagions souvent dévastatrices devant de jeunes corps si peu immunisés. La question qui mérite réflexion porte donc sur la santé de la démocratie et de ses répercussions sur le fonctionnement des institutions de la république. Officiellement, les instances de l’Etat, le gouvernement ont fonctionné normalement pendant toute la durée du séjour médical du premier magistrat. Annonce qui sans être surréaliste éclaire involontairement l’étendue réelle (ou plutôt supposée) des pouvoirs présidentiels.

Le paradoxe, le voici, la Constitution amendée en 2008 annulant la limitation des mandats présidentiels, accorde de grands pouvoirs au chef de l’Etat. Seulement, dès que réélu en 2009, le Président se retrouve dégarni de sa garde rapprochée. Un remaniement ministériel met à l’écart sa faction la plus intime. Un troisième mandat obtenu avec le score le plus élevé depuis que le pays connaît le multipartisme. Cependant, assez isolé, le président ne dispose plus de ses piliers dans les secteurs les plus sensibles : énergie et intérieur, entre autres. C’est donc la perte, fût-elle partielle, de certaines «commandes» et relais qui explique le relatif bon fonctionnement de l’Etat alors que le Président effectuait un long séjour sanitaire à Paris. Le pouvoir ne pouvait alors être vacant car il a toujours été partagé mais sans aucune règle formelle.

La déconnexion de la vie de la république des aléas de santé que peut subir n’importe quel être humain, est dans l’absolue une bonne chose. Alors, allons jusqu’au bout de cette logique en introduisant un véritable équilibre des pouvoirs à travers une véritable révision constitutionnelle. Mais revenons à la convalescence qui ne manquera pas de conduire à un souhaitable rétablissement, maintenant que s’achève le séjour médical parisien. Justement, l’après «occupy les Invalides», qui coïncidera avec la fin de l’âge de glace, peut-être, réduit irrévocablement à néant la reconduction devenue quasi-mécanique des mandats présidentiels à répétition. Notre propos est celui de l’après- Bouteflika politique et non biologique. Nombreux, sommes-nous à lui souhaiter un prompt rétablissement et une longue vie. Encore plus nombreux, serions-nous à lui souhaiter une paisible retraite bien méritée. Place, enfin, aux projets de société qui mettent au centre de leur dynamique la correction des faillites des politiques éducatives, de la santé et autres grandes composantes des enjeux sociétaux tels que la place de la femme qui sera un jour libérée des statuts et autres particularismes moyenâgeux. Aussi moyenâgeuse était la communication des autorités d’Alger. Presque cinquante jours loin d’Alger et les médias algériens ne cessent de commenter et d’alimenter des rumeurs sur la présence de leur président dans la capitale française. Alors, un 12 juin, la télévision algérienne diffuse l’image d’un président, prenant son café entouré de son Premier ministre et de son chef d’état-major. Le commentaire de la chaîne de télévision officielle précise que Bouteflika se tient informé de la situation de son pays. Le Président ne fait rien mais il le fait avec talent ! De retour à Alger, l’équipe présidentielle organise l’improvisation.
N. B. E.-M.





Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2013/07/21/article.php?sid=151711&cid=41
Tag(s) : #Vie politique

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