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La forte mobilisation qui a suivi les funérailles de Mohamed Brahmi, samedi 27 juillet, s’est poursuivie tard dans la nuit. 65 députés de l’opposition ont annoncé le boycott des travaux de l’Assemblée nationale constituante (ANC). Le pays est au bord du blocage.


« La répression est pire que sous Ben Ali », s’est exclamé hier Saïd Aïdi, ancien ministre de l’Emploi et membre du Parti républicain. Les manifestations qui ont suivi les funérailles de Mohamed Brahmi, samedi 27 juillet, ont en effet été durement réprimées par la police.

Au lendemain de l’enterrement du deuxième leader de l’opposition assassiné en six mois  la tension était toujours palpable en Tunisie.

 

Dans l’après-midi du 27 juillet, alors que des manifestants protestaient sur la place du Bardo devant l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) pour réclamer sa dissolution, ils ont été violemment chargés par les policiers. Plus tard, dans la nuit, les forces de sécurité ont également tenté d’empêcher un sit-in, pourtant autorisé, conduit par des partis et des députés réclamant un gouvernement de salut national. Ces derniers ont été particulièrement ciblés et deux élus ont été hospitalisés après avoir été passé à tabac, ainsi que des militants.

 

Depuis l’assassinat de Mohamed Brahmi, le pays se trouve à nouveau divisé en deux autour de la ligne de fracture que représente Ennahdha et les islamistes au pouvoir.

Une scission entretenue par le ministère de l’Intérieur qui laisse également des militants d’Ennahdha apporter leur soutien au gouvernement, attisant ainsi les tensions.

Au soir du 27 juillet, Lotfi Ben Jeddou, détenteur du portefeuille délicat de l’Intérieur, a perdu de sa popularité. Le procureur nommé en mars dernier par son prédécesseur devenu Premier ministre, Ali Laarayedh, avait d’abord autorisé, le 26 juillet, des manifestations pacifiques laissant entendre que la police n’interviendrait pas. Mais la pluie de lacrymogènes et les arrestations importantes de manifestants sont venues démentir ses propos. Les opposants considèrent aujourd’hui qu’au mieux, il n’a pas le contrôle de la situation, et qu’au pire, il a donné les ordres pour une répression aussi violente qu’inattendue.

Blocage de l’Assemblée


Les manifestants ne lâchent pas prise pour autant. Hier soir, ils ont été près de 30 000 à réinvestir la place du Bardo après la rupture du jeûne et attendent des renforts venus des régions. Des manifestations similaires ont également été constatées dans plusieurs villes de province, dont Gafsa, Sidi Bouzid, Sousse ou Le Kef.

Politiquement, la situation approche du blocage. 65 députés ont annoncé leur boycott de l’ANC. Or il en faut 71 pour geler son activité. Sollicité par les députés Samir Taieb et Khémais Ksila, le ministre de l’intérieur se serait engagé à ne plus faire intervenir les forces sécuritaires. Mais l’appel des partis d’opposition est de plus en plus fort.

« Après l'assassinat de Mohamed Brahmi, le gouvernement incompétent doit démissionner et laisser la place à un gouvernement de salut national », a déclaré à l'AFP Samir Taïeb, une figure de la gauche. Le sit-in se poursuit faiblement ce dimanche, mais l’affluence sur la place du Bardo pourrait reprendre la rupture du jeûne.
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Par Frida Dahmani, à Tunis

Tag(s) : #Maghreb et Moyen Orient

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