Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le « malaise »
islamiste


ÀTUNIS,AUCAIRE,ÀTRIPOLI,maisaussiàParis,Bruxelles
ou Washington, on ne parle que d’eux: les islamistes,
grands vainqueurs annoncés des premières élections
démocratiques, en cours ou à venir.

 

Pour beaucoup, le
péril vert est au bout du chemin des révoltes arabes. Les clichés,
les amalgames et les procès d’intention se succèdent, dans un
contexte propice à l’embrasement, où chaque écart de langage ou
decomportementpeutaboutir à d’inquiétants dérapages.Derniers
avatars de cette crispation inédite en Tunisie, l’« affaire Persepolis »
(lire p. 26) et les rodomontades de Rached Ghannouchi, président
du parti Ennahdha, qui menace de « faire tomber dix gouvernements
s’il le faut » en cas de manipulation des résultats du scrutin
du 23 octobre…
Onpeut s’interrogerindéfinimentsur la sincéritédesmouvements
islamistes qui disent avoir choisi la voiedelamodération,douterde
leur adaptation au progrès ou à lamodernité, nourrir une certaine
inquiétude et vouloir les affronter sur le terrain politique. On peut
aussi remettre en question le bien-fondé de leurs promesses de
campagne et jeter un regard critique sur leur programme.Comme
on le ferait avec n’importe quelle formation politique.Mais tout ce
qui consiste, selon les théories développées par les « éradicateurs »
de toutbord, à leur barrer la route par la force – quitte parfois à freiner
volontairement lamarchevers ladémocratieauprétexte qu’elle
pourrait leur profiter – serait une faute politique. Les ostraciser ne
faitqueles renforcer et revient,aufond,àconsidérerqueles citoyens
des pays arabes sont incapables de faire les bons choix et de lutter
contre une dictature, qu’elle soit politique ou religieuse.
La laïcité, seul remède valable?Chimère…En tout cas à court
terme. La Tunisie, pays a priori le plus proche desmodèles turc ou
indonésien vantéspour leur capacité à concilier islametdémocratie,
n’est pas un pays laïc ou en passe de le devenir, n’en déplaise à
certains. La vérité, c’est que la Tunisie est plurielle : conservatrice
mais aussimoderniste, religieusemais aussi laïque. Elle a le regard
tournévers l’Europecommevers leMoyen-Orient. IlyadeuxTunisie,
pour simplifier au risque de caricaturer, mais personne pour faire
la jonction entre ses deux visages. Écarter l’une ou l’autre de ces
composantes serait suicidaire.
Que faire, alors ? Accepter la victoire des islamistes, si elle est
régulière, lutter, défendre ses idées, s’organiser,nouer des alliances,
travailler, dialoguer avec eux…Maisaussi, c’estunetâchecomplexe
et de longue haleine, se pencher sérieusement sur le fond du problème.
LalecturelittéraleduCoranestunargumentcommodepour
tous ceux qui veulent préserver l’obscurantisme et les archaïsmes.
L’ijtihad, l’effort d’interprétation moderne des textes religieux, tel
que l’ont conduit des réformistes comme Méhémet Ali ou Jamal
al-Din al-AfghaniaucoursdelaNahda(« renaissance »),enÉgypte,
au XIXe siècle, n’en est que plus impératif. Faute de quoi le monde
arabe se heurtera toujoursauxmêmesmurs. Tolérants,démocrates
et justes, consacrant l’égalité des sexes et la liberté religieuse, les
islamistes feraient-ils alors toujours aussi peur? ●

Tag(s) : #Maghreb et Moyen Orient

Partager cet article

Repost 0