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Voici le ramadhan ! Avec son tralala habituel, qui ne change jamais. Principal événement : les prix augmentent. Et tout tourne autour. Les gémissements des pères de famille, la morale publique, les prêches religieux et les anathèmes contre les «méchants spéculateurs», ces suceurs de sang, sans foi et sans cœur. Ces hypocrites assis au premier rang des fidèles. Chaque année, ni la scène ni le texte ne diffèrent. C’est que rien n’y fait.

 

Chaque année l’Etat fait des promesses d’importations de viande et de tout produit qui sera, à coup sûr, trop cher pour les petites bourses. Chaque année on espère que ce mois, sacré entre tous selon les principes établis, favorisera la fraternité humaine. Chaque année on fait croire que ce mois frappé du sceau de la générosité évitera aux plus pauvres de se ruiner pour assurer la table dictatoriale, sans laquelle le ramadhan ne serait que l’ombre de lui-même. Cette table vers laquelle se tendent toutes les pensées, dès le réveil et durant toute la journée, passerelle temporelle entre la répression de la faim et l’explosion des sens, au moment de leur libération, le soir venu. Au-dessus de tout, règne le marché, lieu où s’agglutine la masse de citoyens mus par une attirance irrépressible. 

                  Là, les attendent les vendeurs assurés de leurs bonnes affaires. Là, les états d’âme n’ont pas cours. Le poulet hier à 180 DA le kilo, grimpe à 300 DA. Seule explication, entre toutes, c’est rama-dhan et cela passe comme si tout le monde trouvait son compte. Mais tout le monde se plaint. Les clients des détaillants, les détaillants des grossistes, les grossistes des importateurs ou des fournisseurs et tout le monde de l’Etat. Avec raison, peut-être, pour ce dernier maillon. Parce qu’il retient son souffle et qu’il multiplie les déclarations apaisantes, c’est qu’il se sent coupable de la chose. Il yen a d’autres qui devraient se sentir beaucoup plus coupables.

 

Ce sont ces «experts»  en économie qui se cachent au lieu de venir expliquer que c’est le système qu’ils chantent tout le temps qui est le géniteur de tous les maux. On ne leur demande pas grand-chose, juste de ne pas laisser les imams se démener et croire que leurs injonctions vont réguler la situation. Ce serait le meilleur moment, pourtant, de décrire ce merveilleux mécanisme qu’est le «marché», au sens du deus ex machina qui nous est proposé. Ils ne doivent pas, bien sûr, s’en tenir à cette «loi» de l’offre et de la demande et aux effets de yoyo qu’elle provoque sur les prix selon que la demande et la profusion ou la rareté des produits augmentent ou diminuent. Nos «experts» devraient dire que leur économie n’a rien à voir avec la satisfaction des besoins humains, mais qu’elle repose sur l’optimisation du profit du capital. C’est simple et cela ne coûte rien, pas même qu’on leur demande de corriger la chose. Ils auront même le mérite de la franchise de ne pas laisser les gens s’entre-déchirer sur un phénomène qui échappe à leur volonté. Mais ils se taisent. Car ils sont payés pour que les défauts de leur «marché» ne soient pas visibles, du moins pas pour le quidam qui vote et qui doit croire aux «bienfaits de la libre-entreprise». Celle qui ne produit que tant que ça se vend bien et qui s’arrête dans le cas contraire.

B. G.


Tag(s) : #Vie economique

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