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|  Par Jade Lindgaard

 

Et si nous choisissions la température de notre planète ? C'est la géo-ingénierie. Ces technologies soulèvent des questions éthiques inédites, alerte l’économiste et philosophe australien Clive Hamilton, pour qui le changement climatique met un terme à la croyance en la rationalité de l’être humain.

érature de notre planète ? En appuyant sur un bouton, on opterait pour un air ni trop chaud ni trop froid. Et on règlerait son compte au dérèglement climatique. Délire psychotique ? Non, recherche et développement en géo-ingénierie. Depuis une dizaine d’années, des chercheurs, des laboratoires militaires, des nababs (Bill Gates, Richard Branson), des entreprises développent des technologies permettant de modifier le système du climat. Pulvériser du soufre dans l’atmosphère, fertiliser les océans, stocker du gaz carbonique sous terre… Elles ont l’apparence de la science-fiction, mais font l’objet de programmes d’investigation scientifique bien réels.
L'homme face au globe terrestre, extrait de "Gravity", d'Alfonso Cuaron (Warner Bros).

Au fil des années, l’étendue et les impacts du changement climatique sont de plus en plus connus. Mais l’inertie des sociétés et leur incapacité à mettre en œuvre les réformes pour y remédier se confirment. Dans cet écart, naît et se développe le désir de géo-ingénierie. Il soulève des questions éthiques, géopolitiques et philosophiques inédites dans l’histoire humaine, alerte l’économiste et philosophe australien Clive Hamilton. Ce dernier publie un livre d’enquête et d’analyse sur ce qu’il appelle les « apprentis sorciers du climat ». Et il participe au colloque « Penser l’anthropocène », qui se tient à Paris les 14 et 15 novembre. Entretien.

En quoi la géo-ingénierie se distingue-t-elle des précédentes tentatives humaines d’intervention sur le climat ?

Clive Hamilton : La géo-ingénierie diffère des autres entreprises de modification de la météo, car elle veut influencer le système climatique et le système Terre dans son ensemble. Des auteurs de science-fiction avaient rêvé de personnages prenant le contrôle du climat dans son ensemble. Mais jusqu’ici, personne n’en avait développé les technologies.

Aujourd’hui, dans le contexte spécifique du changement climatique causé par les émissions de gaz à effet de serre, des scientifiques tentent de développer des technologies qui ne changeraient pas seulement le système climatique, mais le système Terre en lui-même. Car nous avons appris depuis 20 ans que le climat est intimement lié aux autres aspects du système Terre.

Quand ont démarré ces recherches ?

Des scientifiques ont commencé à travailler dans l’ombre pendant les années 1990. En 2006, Paul Crutzen, qui a gagné le prix Nobel de physique pour son travail sur la couche d’ozone, écrit un article qui marque les esprits, défendant la recherche en géo-ingénierie. Il y exprime l’anxiété grandissante des climatologues face à l’incapacité du monde à faire ce qu’il faudrait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Crutzen rencontre alors l’opposition vivace de ses pairs qui estiment qu’il ne devait pas briser ce tabou.

La chronologie est révélatrice : 2006, c’est juste avant le 4e rapport du Giec qui reçoit pour la première fois l’attention du grand public. C’est aussi l’année de la sortie du film d’Al Gore, Une vérité qui dérange, et c’est trois ans avant la conférence de l’ONU sur le climat à Copenhague, érigé en « sommet de la dernière chance » par les ONG environnementalistes.

C’est très important. Entre 2006 et décembre 2009, le moment de la conférence de Copenhague sur le climat, c’est le pic de la conscience publique du changement climatique. Les climatologues ont toujours quatre ou cinq ans d'avance, dans leur compréhension scientifique, sur ce qu’ils publient parce que le processus de finalisation des rapports du Giec est long (revue par les pairs, accord des États…). Donc, des chercheurs comme Crutzen sont en avance sur le grand public. Au milieu des années 2000, la communauté scientifique comprend que le climat  n’évolue pas de façon linéaire, prévisible et progressive comme on l’avait cru, mais selon des mouvements abrupts, avec des points de bascule et des effets de rétroaction. Cette inquiétude nourrit le texte de Crutzen, qui appelle à un « plan B », la géo-ingénierie, parce que le « plan A »,  la réduction des gaz à effet de serre, même en étant optimiste, ne suffirait pas à répondre à l’urgence climatique.

Rajandra Pachauri, président du Giec, lors de la présentation du 5e rapport du groupe en septembre 2013 (Reuters/Bertil Enevag).Rajandra Pachauri, président du Giec, lors de la présentation du 5e rapport du groupe en septembre 2013 (Reuters/Bertil Enevag).
Pour son cinquième rapport, celui qui est publié par étapes jusqu’au printemps 2014, le Giec a commandé une évaluation de la géo-ingénierie.

La décision des principaux responsables scientifiques du Giec de commander une évaluation de la géo-ingénierie pour son 5e rapport montre vraiment que le monde a beaucoup changé en cinq ans. Cela reflète l’anxiété grandissante parmi les scientifiques du climat et leur pessimisme face à l’incapacité des responsables politiques à réagir aux alertes qu’ils ont lancées sur le climat. Le fiasco de Copenhague en 2009 les a beaucoup marqués.

Depuis 2006, le nombre d’articles de recherche consacrés à la géo-ingénierie n’a cessé de croître. On a aussi vu une pléthore de rapports par les think tanks et les organisations institutionnelles, comme la Nasa et la Royal society britannique, réclamant des programmes massifs de recherche. Même si en France le public et les scientifiques sont peu au courant de ces développements, aux États-Unis et en Grande Bretagne, la communauté scientifique s’est beaucoup impliquée dans ce débat. Et je crois que les digues du monde politique sont elles aussi sur le point de céder.

« À la fois impensable et probable »

Vous traitez les promoteurs de la géo-ingénierie d’« apprentis sorciers » du climat ou encore de « géocrates », et dénoncez les dangers de ces recherches. Mais pourquoi lancer l’alerte aujourd’hui sur des technologies qui n’existent qu’à l’état de théorie et ne sont encore mises en œuvre nulle part ?  

C’est un peu comme dire : nous sommes en train de réfléchir à la construction d’une bombe atomique, il y a de la recherche théorique, des tests, ne nous inquiétons pas tant que la bombe n’est pas terminée. Oui, il faut s’inquiéter maintenant, car une fois que ces technologies de géo-ingénierie auront été crées, testées et seront prêtes à être déployées par un ou plus de gouvernements, alors le monde aura été changé. Un peu partout, les organisations écologistes ont montré jusqu’ici de la réticence à alerter le public parce quelles pensent que la géo-ingénierie, ce n’est pas très sérieux. C’est une profonde erreur. Elles craignent aussi que le fait de parler de géo-ingénierie ne nous distraie de la nécessité de réduire les rejets de gaz à effet de serre. C’est une préoccupation légitime, mais le génie est sorti de la bouteille, maintenant. Beaucoup de scientifiques, d’industries, d’entrepreneurs y travaillent aujourd’hui, des groupes politiques, notamment à droite, commencent à la soutenir.

Ce n’est pas de la science-fiction. Il existe de substantiels programmes de recherche dans chacune de ces technologies dans le monde entier, y compris en Chine, en Russie, aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Allemagne. La plupart d’entre elles ne sont pas très sophistiquées. Elles sont assez simples, et assez bon marché. Si bien qu’une puissance moyenne, ou même un milliardaire affligé d’un complexe messianique, pourrait décider de les mettre en œuvre. Surtout qu’aucune loi internationale ne les interdit.  

Quand vous prenez d’un côté ce que  nous savons du dérèglement climatique et, de l’autre, les réductions de gaz à effet de serre envisagées par les États, il y a un écart grandissant. Le niveau d’émissions augmente. Qu’est-ce qui va se passer alors que l’impact du dérèglement climatique va se manifester de plus en plus ? Les leaders des grands pays vont être de plus en plus sous pression pour faire quelque chose. Parce que dans vingt ans, ce sera trop tard pour éviter une hausse des températures supérieure à 2°C. Cette technologie bon marché et en apparence aux effets rapides risque de sembler très séduisante. Il est donc très probable que la géo-ingénierie, en particulier la pulvérisation de soufre dans l’atmosphère, soit déployée d’ici 30 ans. Autrement dit, il est très probable qu’une ou plusieurs nations entoure la terre d’une couche d’aérosols lui permettant de réguler la température de la planète.

Un promoteur de la géo-ingénierie que vous citez parle de « régler le thermostat de la Terre ». Qu’est-ce que cela veut dire ?

L’espèce humaine a toujours voulu montrer sa maîtrise de la nature. La géo-ingénierie est l’apothéose de ce rêve, la forme ultime de contrôle. Certains défendent l’idée d’un filtre autour de la Terre pour atténuer la quantité de rayonnement solaire parvenant sur le globe. Concrètement, cela modifierait la température en fonction du nombre d’aérosols injectés dans la haute atmosphère, l’équivalent d’un thermostat.

À qui appartiendra la main qui tourne le bouton du thermostat ? C’est la question fondamentale. Ce type de technologies est de nature à changer le monde, scientifiquement et politiquement. Si vous prenez le contrôle du système climatique de la Terre, par les aérosols de soufre par exemple, et descendez le thermostat de un ou deux degrés, vous changez aussi le reste du système climatique : les précipitations, la formation des nuages, les évènements climatiques extrêmes, la couche d’ozone, tout change. Si vous modifiez aussi fortement le système climatique, vous modifiez aussi le reste du système Terre : l’hydrosphère, le cycle de l’eau, la cryosphère, qui contient la glace, la biosphère et aussi la géosphère, les couches rocheuses de la Terre. Car le dérèglement climatique a un effet sur la sismicité et sur les irruptions volcaniques – en modifiant la pression sur la croûte terrestre.

Si une nation, ou un groupe de nations, prend le contrôle du système climatique de la Terre, la géopolitique est bouleversée. Car un pays contrôlerait le temps qu’il fait dans un autre pays. C’est à la fois impensable et probable. Si les États-Unis ou la Chine se retrouvent dans la situation de pouvoir changer le climat de la Terre, la tentation de modifier la température en fonction de ce qui les arrange, sera énorme. Toute aussi grande sera la tentation de les accuser si un désastre climatique affecte le Pakistan ou les Philippines, même si c’est une catastrophe naturelle. Car il sera très dur de distinguer les effets du contrôle du climat, de la variabilité naturelle des effets du dérèglement climatique. C’est un casse-tête moral, géopolitique et politique.

David Keith, spécialiste en géo-ingénierie, lors d'une conférence (DR).David Keith, spécialiste en géo-ingénierie, lors d'une conférence (DR).
Mais n’est-ce pas ce qui se passe déjà aujourd’hui ? Les émissions de gaz à effet de serre des Européens, berceau de la révolution industrielle, des États-Unis et de la Chine modifient le climat du reste du monde. Le dérèglement climatique a une histoire, des causes et des responsables. En quoi est-ce moins scandaleux que la géo-ingénierie ?

Je pense que c’est moralement aussi scandaleux. Mais je crois qu’il y a une différence éthique entre commettre un acte et l’omettre. Si vous renversez volontairement quelqu’un avec une voiture, c’est beaucoup plus grave que de le faire par inattention. Si depuis dix ans, les Etats-Unis avaient vraiment fait des efforts pour réduire leurs émissions, il y aurait beaucoup plus de gens choqués aux Etats-Unis par le niveau des émissions chinoises. Dans un monde de la géo-ingénierie, imaginons que la Chine décide de réguler le climat sous la pression d’émeutes sur son territoire. Il est impossible d’imaginer que les États-Unis resteraient les bras croisés. C’est pour cela que les militaires s’intéressent à la géo-ingénierie.

« Nous sommes plus primitifs que nous le pensions »

Paul Crutzen est aussi l’inventeur de la notion d’anthropocène, l’idée selon laquelle nous entrerions dans une nouvelle ère géologique causée par l’impact de l’activité humaine sur l’écosystème (voir ici). Si l’on considère que c’est l’être humain en tant qu’espèce qui bouleverse le système de la Terre, et que ses effets courent sur des milliers d’années, cela appelle des solutions tout aussi démesurées, à une échelle surhumaine, qui nous dépasse. La géo-ingénierie n’est-elle pas la fille de la pensée de l’anthropocène ? 

Je ne crois pas que parler d’anthropocène nourrisse la géo-ingénierie. D’abord, la dénomination de l’ère géologique dans laquelle nous nous trouvons résulte d’une décision scientifique. Ce nom a été inventé par Crutzen et a été adopté par la communauté scientifique. Je ne crois pas qu’il va changer. Par ailleurs, même Crutzen fait démarrer l’anthropocène au début de la révolution industrielle, en 1784. Il reconnaît donc que c’est « l’homme industriel » qui est responsable de cette nouvelle ère géologique, pas l’espèce humaine en général. Peut-être serait-il plus juste de parler de « technocène ». Mais je ne crois pas qu’un mot à lui seul va modifier les termes du débat. Cela dit, il y a des intellectuels de culture conservatrice qui veulent attribuer l’anthropocène à l’humanité en général, plutôt qu’à l’homme technologique. Je pense qu’ils le feraient quelle qu’en soit la dénomination.

Voyons-nous l’anthropocène comme quelque chose à craindre et au sujet de laquelle se lamenter ? Un certain nombre de scientifiques l’affirment. Mais il y en a d’autres qui parlent d’une « bonne anthropocène » et qui l’accueillent positivement comme le signe que l’humanité est arrivée au stade où elle peut manifester toute son contrôle créatif de la planète. Ceux-là sont très attirés par la géo-ingénierie, l’ingénierie climatique et ce qu’ils appellent « la géo-ingénierie sur le système Terre ». Ils disent : on a ces technologies, on a ces capacités, on transforme l’environnement depuis longtemps, pourquoi pas ne prendre le contrôle de la Terre dans son ensemble ?

Vous expliquez dans votre livre que l’idée d’une maîtrise humaine de la Terre est un récit fondateur de la modernité. Alors, pour vous, quel impact le dérèglement climatique a-t-il sur cette modernité ? Et dans ce contexte, quel effet philosophique la géo-ingénierie peut-elle induire ?

Dans l’esprit de certains, la géo-ingénierie est une tentative de ramener en arrière la pendule géologique et de sauver l’holocène, l’ère très stable qui caractérise la Terre depuis dix mille ans. Plus spécifiquement, c’est une manière de défendre la modernité. Au fondement de la pensée de la modernité, il y a cette vision de l’homme comme sujet et de l’objet comme extérieur à lui. Et la croyance que l’homme crée de la subjectivité spontanée pour exercer son contrôle sur l’objet, sur l’environnement, sur la Terre elle-même. Avec l’anthropocène, nous assistons à la convergence de l’histoire humaine et de l’histoire géologique. Quelque chose qui était jusque là complètement impensable, car l’histoire humaine, depuis l’époque moderne, a été définie comme ce que font les humains dans leurs sociétés pour créer leur futur. La géologie ou, plus largement, l’environnement, ne fournissait que l’arrière-plan ou la scène où se déroule le drame humain.

Et maintenant, il nous faut accepter quelque chose de très inconfortable : la scène, le paysage, ce qui nous entoure devient un acteur de la pièce. La scène est déstabilisée et fait chuter les acteurs, comme un typhon. Le sujet et l’objet, qui avaient toujours été pensés différemment, deviennent des hybrides. Ils se fondent l’un dans l’autre. Cela déstabilise tout. L’anthropocène marque la fin de la modernité d’une façon profondément philosophique et très concrète, comme tous ces gens affectés par le typhon Haiyan en font la cruelle expérience.

Dans ce contexte, pour certains conservateurs qui adoptent une approche dite pragmatiste, l’anthropocène est une manière de réaffirmer la subjectivité humaine. Nous soumettrons les objets récalcitrants à notre volonté, cette Terre qui veut intervenir dans l’histoire humaine. Nous allons lui montrer que nous sommes toujours les maîtres, avec toute notre force technologique. Nous assistons à une tentative de renforcer la modernité contre cet éveil de Gaïa, qui déstabilise nos projets et vole notre futur. Le problème, c’est que la Terre ne veut plus collaborer avec cette division des rôles fondatrice de la modernité.

 

Schéma représentant l'anthropocène (Wikicommons)Schéma représentant l'anthropocène (Wikicommons)

 


C’est très complexe politiquement : l’anthropocène regarde vers l’avant et tire en arrière de l’histoire humaine. Elle n’est ni réactionnaire, ni progressiste…

Absolument. Elle lance un défi aussi profond aux progressistes qu’aux conservateurs. Les progressistes sont des utopistes. Ils ont toujours cru que l’utopie pouvait être bâtie par l’exercice de leur pouvoir créatif et de leur engagement pour la justice et l’égalité. Mais la Terre, cet objet récalcitrant, ne va plus jouer le jeu. Les progressistes doivent réfléchir à cela. Si vous êtes confrontés à l’anthropocène, si vous acceptez ce que la Terre dit sur le type de futur qui s’apprête à advenir, en fait, vous ne pouvez plus être progressiste. Vous ne pouvez plus être que réactionnaire : c’est-à-dire protéger les gains matériels et sociaux, en terme d’égalité et de justice, qui ont été obtenus dans le passé. Car le futur qui se prépare, avec le dérèglement climatique, menace tous ces gains. Les progressistes vont devenir conservateurs.

C’est très inconfortable de voir ce nouvel acteur débarquer sur la scène, plus puissant que nous. Cela fracture nos idéologies politiques modernes. On voit bien que la gauche et la droite ont souvent fait alliance contre les écologistes. Les Verts sont leur plus grande menace. Ils représentent une autre manière de comprendre ce que les humains sont, et leurs relations au monde naturel. La vérité, c’est que la science du système Terre donne raison aux écologistes.

Comment expliquer alors que les mouvements politiques écologistes soient aussi faibles alors que la conscience du dérèglement climatique grandit ? 

D’une certaine façon, cette situation paradoxale est très liée à cette menace mortelle sur la modernité, et la pensée des Lumières. Dans la pensée des Lumières, nous nous pensons comme des êtres indépendants doués de la capacité de raison. Les êtres humains seraient rationnels, séparés de l’influence du divin, répudiant toute superstition et utilisant leurs capacités de rationalité pour réunir les preuves leur permettant de guider leurs actions dans leur meilleur intérêt.

Que sommes-nous en train de faire ? Nous avons les meilleurs scientifiques du monde, qui publient des rapports de plus en plus alarmants, depuis vingt ans, sur le fait que nous devons modifier nos comportements pour sauver notre futur et celui des générations à venir. Est-ce que nous répondons à ces alertes ? Est-ce que nous agissons comme des êtres éclairés ? Non. Il faut abandonner cette fausse conception que nous véhiculons depuis 300 ans, que  nous sommes des animaux rationnels, des êtres éclairés. Nous sommes beaucoup plus irrationnels, superstitieux et primitifs que ne l’avions imaginé.

Est-il possible de faire de la politique avec l’anthropocène ?

Je pense que la réponse est non. C’est trop difficile, trop menaçant, trop monumental. Comment imaginez-vous parler à l’homme de la rue, ou l’homme au bonnet rouge dans les rues bretonnes, de l’anthropocène et de ce que cela signifie ? Si nous pensons à l’arrivée de la modernité et à la révolution scientifique des XVIIe et XVIIIe siècle, cela a pris au moins 100 ans pour que cette pensée transforme les sociétés. Il faudra au moins cent ans pour que l’anthropocène ait un impact dans les sociétés, pour que nous nous comprenions comme les gens de l’anthropocène plutôt que les gens de la modernité.

Si c’est la fin de la modernité, de quoi est-ce le début ?

L’anthropocène, d’une façon ou d’une autre, est l’ère humaine qui remplace la modernité. En 2013, il est impossible de voir à travers le brouillard et de comprendre quel type de personnes nous serons dans 50 ans. Je suis convaincu que nous serons très différents. Il faudra de grands penseurs, comme Kant, Descartes, Marx et Weber, pour analyser le type de personnes que nous devenons. Peut-être que ces penseurs sont en train d’écrire leurs thèses aujourd’hui.

 

Tag(s) : #Environnement

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