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par Mourad Benachenhou

 

« Quelque innombrables que soient les fléaux qui causent d'ordinaire la décadence des royaumes, des principautés et des républiques, les quatre suivants sont néanmoins, à mon sens les plus redoutables : la discorde, la mortalité, la stérilité de la terre et la dépréciation de la monnaie.Les trois premiers de ces fléaux sont si évidents que personne ne les ignore, mais le quatrième, concernant la monnaie, n'est admis que par peu de gens, par les esprits les plus ouverts, car il ne ruine pas les États d'une façon violente et d'un seul coup, mais peu à peu et d'une manière presque insensible. » (Nicolas Copernic, Discours sur la frappe des monnaies - De monetae cudendae ratio, 1526, cité dans « Jean-Yves Le Branchu : Ecrits Notables sur la Monnaie, Editions Lacan, Paris 1903.)

L'inflation est un phénomène qui, en Algérie, s'est installé dans la durée et fait partie du paysage économique et social, sans que cette dépréciation de la valeur du dinar, ait suscité de réactions officielles à la hauteur de son intensité et de la gravité de ses conséquences passées, présentes et à venir, tant sur l'économie que sur la société algériennes.

UN TAUX D'INFLATION QUATRE FOIS SUPERIEUR AUX NORMES INTERNATIONALES

Pour souligner l'ampleur du phénomène, il suffit de mentionner que le taux d'inflation dans notre pays est en moyenne 4 fois supérieur à celui des pays avec lesquelles nous entretenons des relations économiques représentant au moins 95 pour cent de nos échanges extérieurs.

Le taux d'inflation vertueux, c'est à-dire celui qui garantit une croissance économique solide accompagnée d'un taux de chômage réduit est fixé à 2 pour cent par les grande banques centrales ainsi que par la Banque Centrale Européenne ; et c'est ce taux qui sert de guide à la politique monétaire des pays concernés comme de l'Eurozone. Pour que les comparaisons entre les taux d'inflation ne soient pas faussées par des méthodologies différentes, les pays en cause ont adopté des méthodes similaires, même si elles continuent, comme c'est le cas pour la France et l'Espagne, à calculer des taux d'inflation sur la base de méthodologies nationales propres, quoique celles-ci ne donnent pas des résultats tellement différents de la méthodologie communautaire.

Appliquées à l'Algérie, quel taux d'inflation donneraient ces méthodologies ? Nul ne le sait. Mais ce qui est certain, c'est que cette voie aboutirait à des conclusions encore plus pessimistes que celles que l'on peut tirer en utilisant les chiffres officiels de l'inflation en Algérie, déjà sujets à forte inquiétude, sauf, évidemment pour les pouvoirs publics !

Le taux d'inflation algérien, calculé sur la base du panier de la ménagère, a atteint une moyenne de 9,7 pour cent au cours des 9 premiers mois de cette année. Encore ce taux ne prend-t-il en compte que les dépenses de consommation des ménages.

Le taux d'inflation globale, qui comprend également l'évolution des prix des biens et services utilisés dans la production, qui sert de déflateur au Produit Intérieur, est sans doute nettement plus élevé cette année, au vu de son évolution au cours des deux années passées, où il a été au-dessus de 10 pour cent, atteignant 16 pour cent en 2011.

Ce dernier taux devrait d'autant plus inquiéter les autorités publiques qu'il explique non seulement les réticences des industriels étrangers à délocaliser en Algérie, malgré la proximité géographique entre l'Algérie et l'Europe, mais également la désindustrialisation du pays et l'incapacité de l'économie d'échapper au carcan des hydrocarbures, et de se diversifier.

UNE INEXPLICABLE INDIFFERENCE A L'INFLATION

Vu que, comme à leur habitude, les autorités publiques ont fait preuve d'une grande discrétion quant au ressort véritable de leur décision délibérée de laisser l'inflation atteindre un taux officiel qui est loin de refléter la réalité de l'évolution des prix dans le pays, on ne peut qu'émettre des conjectures qui sont loin probablement de la véritable explication , sans doute plus terre à terre que celles avancées ici sous forme d'interrogations : Cette indifférence à l'égard d'un problème sérieux est-elle la conséquence de calculs politiques, où les dividendes politiques extraits du soutien des groupes sociaux qui tirent avantage du phénomène contrebalanceraient la situation de revendication permanente qu'il entretient dans les groupes qui en subissent les méfaits ? Provient-elle d'une certaine difficulté à saisir les conséquences néfastes de ce phénomène sur la stabilité politique du pays aussi bien que sur ses perspectives de développement ? Ou reflète-t-elle l'assurance, chez les décideurs, que, dans tous les cas de figure, la marge de manœuvre financière externe dont dispose le pays leurs donne les moyens de répondre à- et de maitriser- tout dérapage de la situation politique et sociale du pays que cette inflation risquerait de déclencher ?Est-elle simplement une forme de répression qui canalise la colère et les revendications sociales des gens vers la solution des conséquences de ce phénomène sur leur vie quotidienne, et dévie leur attention du problème de fonds qui est le mode de gestion des affaires du pays, mode de plus en plus monopolistique, si ce n'est monocratique, malgré les promesses de réformes politiques ? Mais que veut dire le terme « réformes politiques ? Car même la dérive monocratique est une réforme politique !

LES COUCHES LES PLUS TOUCHEES N'ONT NI POIDS, NI VOIX

On peut suggérer que l'impact négatif de l'inflation est ressenti de manière particulièrement dramatique par les couches les plus défavorisées de la population ; celles-ci sont déjà habituées à vivre dans la précarité et qui, donc, ne prennent pas immédiatement conscience du fait que l'inflation a aggravé leur situation sociale et a réduit le pouvoir d'achat de leur maigre revenu. Cette classe étant plus ou moins passive, on peut alors porter l'effort sur la satisfaction des revendications des classes moyennes, toutes catégories comprises, et sur le renforcement du pouvoir économique, et donc, politique de cette classe de compradores qui constitue le noyau clef du système politique et est celle qui tire les dividendes les plus élevés de l'inflation. Les couches les plus pauvres les moins aptes à comprendre les mécanismes de ce phénomène qui agit, pourtant, comme un rouleau-compresseur. Et elles englobent une vaste majorité de la population du pays. Ces couches n'ont aucune voix et pèsent peu dans la balance du pouvoir, dont elles attendent peu, si ce n'est quelques prébendes marginales. Leur poids démographique en fait les stabilisateurs du système politique. Tant qu'ils ne bougent pas, on n'a pas au sommet du pouvoir, de préoccupations politiques majeures. Mais jouer de leur passivité risque d'être un faux calcul, car elles sont sujettes à des éruptions de colère dont les effets peuvent être aussi dramatiques qu'inattendus.

LE PRINTEMPS ARABE, FRUIT AMER DE L'INFLATION ?

Sans vouloir simplifier exagérément la complexité des causes de la révolte populaire de ces deux dernières années, on peut cependant se demander si le mouvement populaire qui a touché un certain nombre de pays arabes depuis fin 2010 et a abouti à l'effondrement de maint régime politique, pourtant qualifié d'une solidité à toutes épreuves, n'a pas trouvé son déclencheur dans le désespoir causé par la détérioration du niveau de vie d'une population qui ne voyait aucune perspective d'amélioration de ses conditions empirant avec la détérioration du pouvoir d'achat de la monnaie nationale. Car tous ces régimes avaient en commun une certaine indifférence à l'impact de leurs choix économiques sur le pouvoir d'achat de leur monnaie nationale et avaient accepté de laisser dériver sa valeur sans prendre à temps les mesures nécessaires pour arrêter cette dérive, assurés qu'ils étaient que la force armée dont ils disposaient leur permettait de parer à toute éventuelle révolte. On connait maintenant la suite, la main étrangère n'ayant eu qu'à exploiter une situation que ces dirigeants absolus avaient créée de leur propre chef.

IL N'EXISTE PAS DE BAROMETRE SOCIAL ANNONÇANT UNE TEMPETE POLITIQUE

Tant que le système politique en place est sensible aux dérapages inflationnistes et prend les mesures nécessaires pour réduire la déliquescence de la monnaie nationale, les plus marginalisés des membres de la société, et ceux qui n'ont rien à perde et tout à gagner dans le désordre social, gardent patience et espoir. Dès lors qu'ils prennent conscience que le pouvoir en place n'est même plus capable d'assurer la stabilité de la monnaie dont il contrôle la valeur, tous les développements les plus dangereux deviennent, non de simples conjectures, mais des réalités. Le problème est qu'il n'y a aucun indice spécifique permettant aux gouvernants de prévoir les dates où le petit peuple, excédé, sortira dans la rue en un tsunami capable d'emporter dans ses flots les régimes les mieux assis et les plus solides militairement.

Comme l'a expliqué un rapport de l'Eurosystem :

« Ce sont dans l'ensemble les groupes les plus démunis de la société qui ont le plus à pâtir de l'inflation ou de la déflation, car leurs possibilités de protection contre ces phénomènes sont limitées. La stabilité des prix contribue ainsi à préserver la cohésion sociale et la stabilité. Certains épisodes du 20ème siècle l'ont prouvé, des taux d'inflation élevés engendrent souvent une instabilité sociale et politique. Les perdants de l'inflation se sentent en effet floués lorsque l'inflation (inattendue) fonctionne comme une taxe sur une grande part de leurs économies.» (Dans:«Pourquoi la stabilité des prix est importante pour vous » Publication de Eurosystem, 2009, p.34).

LA VALEUR DE LA MONNAIE COMME INDICE DE LA QUALITE DE LA GOUVERNANCE ET DE LA LEGITIMITE POLITIQUE

Car la valeur de la monnaie nationale reflète la qualité de la gestion des affaires publiques par ceux qui exercent le pouvoir suprême. Un régime politique fort est un régime dont la monnaie est stable. Dès lors qu'il est incapable de maintenir la valeur de la monnaie qu'il émet,-et pour la défense de son monopole sur elle il déploie toute sa puissance, allant jusqu'à faire de l'émission de fausse monnaie, un crime passible de la prison à vie,- il est sur la voie de la perte de sa crédibilité politique. Il contribue à sa propre perte en acceptant que se prolonge dans le temps la lente descente aux enfers de la monnaie dont il impose le cours forcé, et dont il réprime toute tentative de concurrence, que ce soit par la fausse monnaie, ou la monnaie étrangère.

En Algérie, cette perte de crédibilité se constate à travers les multiples dérives criminelles qu'entraine la dépréciation de la monnaie nationale, en commençant par la violation systématique du code du travail, à la corruption tellement généralisée que l'Etat renonce simplement à la combattre, en passant, évidemment, en passant par la chute de la qualité des biens et services vendus, sans compter la fraude sur les poids et mesures devenues des pratiques courantes. Tout un chacun peut constater que le paquet de sucre, supposé contenir un kilo de ce produit, ne pèsent en fait que 850 grammes. Le bidon de 5 litres d'huile n'en contient en fait que 4 litres. Ce sont là pourtant des produits soumis au monopole tant de l'importation, du raffinage, de la mise en paquet, que de la distribution de gros, d'un seul opérateur économique privé. Le kilo d'amandes ne contient que 750 grammes et tout un chacun sait que le poids de la baguette de pain, pourtant faite avec de la farine subventionnée, est systématiquement réduit. On peut sans nul doute étendre cette liste à tous les produits de grande consommation, dont beaucoup sont vendus alors qu'ils présentent un danger pour la santé des gens ou qu'ils ont atteint un stade de pourrissement avancé. Même le calibrage des fruits et légumes, pourtant prescrit dans la réglementation des marchés de gros comme de détail a disparu et on vous vend des produits de qualité différentes aux prix destinés à ceux de qualité supérieure. Le désordre dans la distribution dans tous ses aspects, des circuits à la qualité et à la présentation des produits s'explique par l'inflation et ne la cause pas. Celui qui a le quasi-monopole du marché du sucre et de l'huile d'olive -produits dont les prix ont chuté sur les marchés internationaux sans que cette baisse soit répercutée au profit du consommateur algérien,- ne peut arguer du mauvais fonctionnement d'un marché qu'il contrôle totalement ! Il fait, cependant, ce qu'un homme d'affaire avisé fait : il se dissimule derrière cette inflation pour accroitre des encaisses et ses richesses. Même le refus de vendre au vrai détail, c'est-à-dire au litre et même ou demi-litre, ou au demi kilo, comme cela se fait dans les pays les plus riches, est une simple volonté d'exploiter au maximum l'inflation en cours dans le pays. Même l'incapacité des banques publiques de forcer leurs débiteurs au remboursement des prêts octroyés, constitue un phénomène à mettre au passif de la perte de légitimité de l'Etat, que l'emprunteur soit une entité privée ou publique. Le taux des impayés bancaires en Algérie, évalué à 14,5 pour cent suivant les derniers chiffres dont dispose le FMI dépasse de loin celui des pays les plus avancés-en général en période de crise égal à 5 pour cent des encours et en période normale ne dépassant pas 1,5 pour cent en moyenne- et même celui des pays en crise comme l'Espagne(9,42 pour cent, chiffre d'Octobre 2012) et le Grèce(11,5 pour cent fin 2011)

LE MARCHE PARALLELE DES CHANGES, ALIMENTE PAR L'INFLATION

De même, le marché parallèle de la devise, dont personne ne connait l'ampleur exacte, et qui échappe à tout contrôle, est entretenu par l'inflation. On ne peut pas approcher l'analyse de ce marché par l'anecdote. Il s'agit d'un problème à prendre au sérieux, non en accentuant la répression contre ceux qui s'y adonnent, car cela n'aboutit qu'à encombrer les tribunaux et remplir les prisons de gens qui se sont lancés dans cette activité « illégale » pour répondre aux besoins-créés par le rationnement de la devise et entretenu par la perte du pouvoir d'achat de la monnaie nationale-d'une clientèle qui n'est pas composée à cent pour cent de criminels. En laissant de côté le blanchiment d'argent au profit de groupes criminels, et qui est destiné à recycler soit l'argent des rançons et autres activité de racket organisées par les terroristes, soit le fruit d'activités criminelles comme la prostitution ou le trafic des drogues,-blanchiment qui n'est pas propre à l'Algérie et pour lequel il existe des lois et des règlements tant nationaux qu'internationaux, le problème revient à se demander pourquoi certains cherchent à se procurer, même au prix de leur propre liberté et de leur réputation, les devises que ne leur offre pas la banque centrale. On retrouve là les trois motifs de demande de monnaie que Keynes a élucidés dans son « Traité sur la Monnaie » (1930): le motif de transaction, le motif de spéculation et le motif de précaution. Pour mieux clarifier cette analyse, les gens vont à la recherche de la devise.

- Soit pour acheter des biens ou/et services étrangers soit pour leur propre consommation, soit pour les besoins de leurs activités économiques normales et non spéculatives, comme un séjour à l'étranger, le pèlerinage aux Lieux saints, l'achat d'une pièce détachée ou d'un produit intermédiaire, etc. etc.

-Soit pour se procurer des biens et services en provenance de l'étranger, payables en devises qu'ils peuvent revendre avec bénéfices sur le marché algérien, en tenant compte de la rareté de ces biens et services en Algérie, ou qu'ils peuvent exploiter dans ces pays d'origine, en en tirant plus de profit que s'ils plaçaient leurs dinars dans des affaires en Algérie : achat d'usines, de terrains, d'appartements de rendement, etc. etc.

-Soit pour préserver la valeur des sommes qu'ils reçoivent en dinars, et ainsi se protéger contre l'inflation qui ronge le dinar même si on ne l'utilise pas. Il vaut mieux avoir en poche 1000 euros que 150.000 dinars, car la valeur de l'euro baisse au plus de 2 pour cent par an, et celle du dinar de 9 pour cent ! Dans les trois cas, l'inflation entre pour beaucoup dans les prises de décision des personnes qui utilisent les services du marché parallèle des devises, clairement dans le second et le troisième cas, mais également dans le premier cas, car les lenteurs de transfert de fonds pour les transactions en devises font courir le risque à l'entrepreneur le plus honnête d'avoir à réviser en hausse les montants en dinars qu'il a mis de côté, du fait que l'inflation a limé leur valeur entre le moment où il a décidé d'effectuer l'achat et le moment où finalement il reçoit l'autorisation de transfert par la voie officielle.

INFLATION ET STABILITE DE LA SOCIETE

Mais la détérioration de la valeur de la monnaie a des conséquences qui dépassent la sphère économique proprement dite. Comme l'a écrit l'astronome polonais Copernic, il y a près de six siècles de cela: « La monnaie est en quelque sorte, la commune mesure des évaluations. Il importe cependant que ce qui doit constituer une mesure conserve toujours une grandeur sûre et immuable, sinon l'ordre public serait fréquemment troublé » (Dans : Discours sur la frappe des monnaies - De monetae cudendae ratio, 1526, op. cit.)

La monnaie est au centre de la hiérarchie sociale comme des échanges de biens et services entre tous les membres de la société et à tout moment. Il est plus difficile d'échapper au pouvoir qu'exerce la monnaie dans la moindre de nos activités la plus banale qu'à la dictature des mœurs et aux règles sacrées de la religion. Dès lors que la monnaie n'est plus capable de jouer son rôle de stabilisateur des relations économiques et sociales, et donc de la hiérarchie sociale qui permet à chacun de se sentir à sa place et de recevoir son dû de sa société, en contrepartie de son rôle qui lui est dévolu et de son acceptation des règles de jeu social, toute la hiérarchie des valeurs s'effondre et des voix d'élèvent pour déclarer illégitimes la puissance et la richesse des mieux nantis de la société. Cette chute de la légitimité des pouvoirs sociaux, et donc politiques et économiques assis s'alimente de la brusque accentuation des disparités sociales au profit de ceux qui ont les moyens de tirer le maximum de bénéfices économiques et sociaux de la perte de valeur de la monnaie nationale , et de s'enrichir « sans cause, » et sans même que leur richesse soit justifiée par leur contribution à la prospérité nationale. Dans ce contexte, toutes les tentatives des pouvoirs publics de contenir les contestations sociales, par des politiques d'intervention sur les prix des produits de première nécessité ou sur l'habitat, ne font qu'entretenir et qu'accentuer la perte du pouvoir d'achat de la monnaie nationale et qu'accélérer la dé-légitimation des pouvoirs politiques en place et de la hiérarchie sociale assise.

De même la tentative de résorber cette tendance à délégitimer ceux qui détiennent argent et influence en lançant une opération de lutte contre la fraude fiscale des plus nantis ne peut donner le résultat attendu sur le plan politique. On a beaucoup parlé récemment de la nécessité de renforce le respect de la législation fiscale et de lancer une campagne de lutte contre la fraude fiscale par la prise en compte des signes extérieurs de richesse. Il est à noter que ce n'est pas la première fois que l'on lance, à coups d'annonces, ce genre de campagnes ; mais le résultat est toujours loin des attentes, au vu de la difficulté technique que présentent de telles opérations, devant lesquelles les pays les mieux nantis ont reculé. Cette annonce, dans un contexte ou l'Etat est incapable de stabiliser la valeur de la monnaie nationale, et de combattre les crimes que l'inflation encourage, crimes commis au vu et au su de tout le monde-y compris de ceux qui en pâtissent- ne peut qu'être porteuse d'une plus grande perte de crédibilité des pouvoirs publics, qui ne peuvent même pas contrôler les poids et mesures, pour lesquels pourtant existe un compte spécial du Trésor. Ce n'est pas la législation fiscale dont il faut renforcer l'application, car l'accumulation rapide de richesse par certains n'est pas dû à des failles dans la conception ou la mise en œuvre de cette législation, mais dans le fait que l'inflation a ouvert des canaux d'enrichissement rapide dans lesquels s'engouffre la classe des hommes et femmes d'affaires algériens et algérienne. Il suffit donc d'assécher ces canaux par une lutte méthodique et concertée contre l'inflation, en s'attaquant à sa cause, qui est d'ordre monétaire.

En conclusion

Qu'on ne se fasse aucune illusion ; la violence publique officielle, qui se manifeste étrangement par le refus de prendre en charge le contrôle de l'inflation, ou, pour être plus précis, la perte du pouvoir d'achat du dinar, ne peut pas contenir ou résorber la frustration et le déclassement social de ceux qui sont les plus touchés par les effets de l'inflation.

 La seule réponse plausible et effective à toutes les dérives et au blocage de l'économie algérienne qui ne réussit pas à se diversifier et à échapper au cercle vicieux de la rente pétrolière, se trouve dans l'adoption d'une politique de lutte contre l'inflation, qui touche à ses causes, d'ordre essentiellement monétaire , politique dans laquelle la banque centrale joue un rôle déterminant, même si elle n'a pas l'autonomie lui permettant de se substituer aux autorités politiques qui seules peuvent décider si l'inflation leur rapporte politiquement plus que la lutte contre elle. Dans un pays où la masse monétaire s'accroit à un rythme égal à 7 fois le taux de croissance du Produit Intérieur Brut, c'est-à-dire de l'accroissement annuel de la valeur des transactions économiques, l'inflation devient systémique et auto-entretenue. Toutes les mesures prises pour en résorber les effets au niveau social ne font que l'exacerber.

 L'inflation est l'impôt que paye l'Algérien comme sanction de la mauvaise politique économique et monétaire que mène le pays.

On comprend difficilement les ressorts de cette passivité officielle face à un phénomène menaçant la stabilité politique et sociale du pays. Cette passivité est tellement elle est contraire aux intérêts nationaux à court et moyen terme, car elle a abouti à la désindustrialisation du pays, à l'exacerbation des disparités sociales, et à l'accentuation de la dépendance extérieure et à l'emprise stérilisante exagérée qu'exerce la manne pétrolière sur l'économie et la société. Finalement, quelle fierté tout un pays avec une force de travail de 18 millions de personnes peut-il tirer de réserves de changes projetées pour atteindre 202 milliards de dollars fin 2012,mais exclusivement générées par la manne pétrolière, quand l'entreprise Apple seule a 124 milliards de dollars de réserves en main provenant du travail de 74000 employés ?

Tag(s) : #Vie economique

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