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20110115


Après la traversée de la Méditerranée, les centres de rétention en Italie et les contrôles policiers entre Vintimille et Nice, voici les interpellations massives à Paris.


À peine le sommet de Rome entre Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi achevé, une soixantaine de personnes, principalement des ressortissants tunisiens arrivés en France ces derniers jours, ont été arrêtées et placées en garde à vue à Paris et en Seine-Saint-Denis pour «infraction à la législation sur le séjour», selon les préfectures impliquées relayées par l'AFP.

 

Les interpellations, qui ont aussi concerné des Égyptiens, des Libyens et des Algériens, ont eu lieu mardi soir et mercredi matin dans plusieurs arrondissements de la capitale (Xe, XVIIIe, XIXe et XXe) ainsi qu'à Pantin.

Dans une rhétorique inhabituelle, les deux préfectures indiquent que cette opération policière a pour «visée d'établir un diagnostic de la situation» des personnes arrêtées. Mais leur réactivité à communiquer cache mal leur confusion: mercredi en fin d'après-midi, elles n'étaient pas capables de donner des informations précises sur le sort des exilés.

Selon diverses sources, quelques-uns ont été libérés avec des arrêtés préfectoraux de reconduite à la frontière (APRF), tandis que les autres étaient encore en garde à vue. 

Présent au moment des faits Porte de la Villette, l'un des lieux de rassemblement, Rodolphe Nettier, de l'association SOS soutien ô sans-papiers, dénonce une «chasse aux Tunisiens». «Ces personnes sont extrêmement en colère, c'est un euphémisme, estime-t-il. Elles ont traversé la Méditerranée, elles sont passées par l'Italie où des gens les ont aidées, et là elles se retrouvent complètement isolées à Paris. Les policiers ont organisé ces razzias, là où il y avait des Tunisiens, pour leur faire peur, pour qu'ils disent aux autres de ne pas venir.»

 

«Ils ont été fouillés et leurs portables ont été confisqués»

Avocate au barreau de Paris, Samia Maktouf, qui représente certains des Tunisiens, confirme que l'opération était «musclée». «Ils ont été interpellés après la distribution du repas, au moment où ils se frayaient un chemin pour chercher un abri de fortune. Pour s'échapper, il y en a un qui est monté sur un arbre et un autre qui a dû franchir un muret, d'après ce qu'ils m'ont raconté. Ils ont été fouillés et leurs portables ont été confisqués pour les empêcher d'appeler», s'indigne-t-elle, estimant à 400 le nombre de personnes se regroupant ces derniers jours Porte de la Villette «aux heures de pointe», c'est-à-dire lors de la distribution de repas chauds le soir.

Selon elle, des Tunisiens passés par Lampedusa étaient présents à Paris et dans les alentours depuis «fin février». Mais l'aide associative a tardé à s'organiser. Face à la précarité des conditions de vie des exilés, la mairie a interpellé les pouvoirs publics la semaine dernière, en vain. «L'accueil des réfugiés est de la responsabilité de l'État», rappelle Pascale Boistard, adjointe au maire de Paris en charge de l'intégration et des étrangers non communautaires. «Nous n'étions pas au courant que la préfecture avait l'intention d'intervenir», précise-t-elle. «Claude Guéant a voulu taper un grand coup, après la rencontre entre Berlusconi et Sarkozy», regrette-t-elle.

 

Dans un communiqué du 26 avril, Bertrand Delanoë a critiqué «l'indifférence de l'État» et s'est engagé à apporter «des réponses adaptées à l'urgence» en demandant à deux associations France terre d'asile et Emmaüs de mettre en place des dispositifs de soutien et d'accompagnement social et sanitaire, ainsi que d'accès à des hébergements hôteliers.

«Ces opérations de police compliquent notre tâche, indique Pierre Henry, le directeur général de France terre d'asile, car elles dispersent les gens, qui se cachent, qui ont peur.» «Ça tend inutilement la situation, insiste-t-il, d'autant que certains sont en règle, notamment ceux qui ont des titres de séjour délivrés par l'Italie.»

Encore méconnues, les conditions d'interpellation posent problème. «Ils n'ont pas été pris en flagrant délit, ils n'étaient pas sur le point de commettre une infraction, ni de troubler l'ordre public. Leur seule faute est d'avoir été localisés là où ils dorment», souligne l'avocate Samia Maktouf. Par ailleurs, non seulement les contrôles d'identité en fonction de la couleur de la peau et de la nationalité sont interdits, mais aussi la situation de chacun est supposée être examinée individuellement, les projets des uns et des autres pouvant être variés: demande d'asile pour certains, notamment les Libyens, projet de régularisation pour d'autres, voire enfin retour au pays.

Tag(s) : #Vie politique

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