Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Espace conçu pour les Démocrates de tous bords.

Réseau des Démocrates

Meryem Alaoui, romancière: penser en arabe, écrire en français

 
 PAR  ET 

Meryem Alaoui, Marocaine installée à New York, publie La vérité sort de la bouche du cheval (Gallimard), premier roman vif et inventif, qui déploie une langue palpitante. Rencontre avec une écrivaine affûtée, bigarrée, insolite.

 

© Mediapart

 

Meryem Alaoui est aussi mutine à l’oral qu’à l’écrit. Son premier roman, La vérité sort de la bouche du cheval (Gallimard), est une réussite littéraire qui s’adresse à tout un chacun. Une prostituée de Casablanca, Jmiaa, tient son journal du 11 juin 2010 au 8 mai 2018. Tout y passe : les clients, les copines, le poids du patriarcat, la veulerie masculine, les enfants dans leur monde, la situation sociale qui vous ramène sur Terre, le comique de situation qui toujours s’infiltre, la religion, les feuilletons télévisés, la nourriture, les vêtements, les déboires. Et le rêve qui, parfois, devient réalité.

L’énergie de ce texte, sa composition musicale et sonore, sa langue hardie au pouvoir d’évocation surprenant, relèvent des métissages réussis et des hybridations prodigieuses : allers et retours, courts-circuits, clins d’œil constants de l’arabe au français provoquent le plaisir de lire. Meryem Alaoui a eu les oreilles qui traînent et la plume alerte, d’où cette restitution-invention. Le journal de Jmiaa finit par transformer le monde à force de l’apostropher, dans une parlure impétueuse et féminine qui s’empare de thèmes jadis dévolus à de mâles regards occidentaux : le sexe et l’orientalisme. « Il pense que je mets au monde des billets ? Que chaque mois, au lieu d’avoir mes règles, ce sont des dirhams qui tapissent ma culotte ? », s’insurge ainsi Jmiaa, dans son monologue haut en couleur.

 

Autant le précédent numéro de « Tire ta langue », avec l’écrivain algérien Yahia Belaskri, avait été poignant, déchirant, autant cet entretien s’avère espiègle, badin, par la grâce d’une auteure marocaine ayant pris le large aux États-Unis d’Amérique – Meryem Alaoui et son mari Ahmed Benchemsi avaient lancé deux magazines critiques du système politique marocain, l’un francophone, Telquel, l’autre arabophone, Nichane : le régime a eu raison de leur aplomb et les a poussés à l’exil, outre-Atlantique.

 

De passage à Paris, Meryem Alaoui, 43 ans, à cheval sur plusieurs mondes, plusieurs cultures, plusieurs langues, plusieurs milieux sociaux, nous a offert un moment de liberté ; sans longe, sans rênes, sans mors aux dents. Un moment de vérité sortant d’une bouche affranchie, qui n’en fait pas tout un plat. Comme si l’émancipation était désormais un fait acquis, posant davantage de problèmes aux anciens dominateurs qu’aux êtres délivrés, qui vont de l’avant et s’ébrouent dans le champ démocratique ou dans le domaine de la création, avec une audace tranquille…

Cette émission est également disponible en module audio (à retrouver ici).

                                                                        *********************

 

 


Meryem Alaoui,
La vérité sort de la bouche du cheval,
Gallimard, 262 pages, 21 €.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article