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Réseau des Démocrates

Espace de rencontres et d'échanges d'expériences en vue de construire des alternatives démocratiques et sociales.

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Planche à billets : Benbitour met en garde contre un grave dérapage inflationniste

 

Sidali Djarboub/NEWPRESS
Ahmed Benbitour, ancien chef du gouvernement

Ahmed Benbitour a dressé un tableau noir de la situation politique et économique du pays. Invité de TSA Direct, ce mardi, l’ancien chef du gouvernement a averti contre les conséquences désastreuses que pourrait engendrer la gouvernance actuelle. « Il faut changer tout le système », plaide-t-il.

Pour M. Benbitour, les appels lancés par une partie de l’opposition pour l’application de l’article 102 de la Constitution ne représentent pas forcément la solution pour sortir de la crise. « Si on passe cet article, on n’aura fait que remplacer un chef d’État par un autre équivalent », remarque-t-il. Et d’ajouter, « le chef d’État actuel (Abdelaziz Bouteflika) est incapable de gérer. Cet article aurait dû être appliqué bien avant ».

Benbitour estime « qu’il existe plusieurs pôles (clans) qui gèrent le pays » en raison de la vacance du pouvoir causée par la maladie du Président. « Cinq éléments caractérisent un État déliquescent : l’instauration de l’ignorance, le culte de la personnalité, l’encouragement de la corruption, la restriction des décisions et l’émiettement des pôles », développe-t-il. « L’État algérien a toutes ces caractéristiques », pointe-t-il.

Benbitour critique aussi les appels à l’intervention de l’armée. « Le mal de l’Algérie vient des interventions de l’armée depuis 1957 », soutient-il. « Il est dans l’intérêt des responsables de partir avant l’arrivée de la violence sociale », conseille-t-il.

Pour lui, le changement de gouvernance, par le biais d’une « mobilisation pacifique », est la seule issue valable pour sortir du marasme actuel. « Il faut une mobilisation pacifique pour le demander (le changement). Pour cela, il faut unifier l’objectif, qui est la sauvegarde de la nation algérienne face aux dangers imminents auxquels elle fait face », propose-t-il. « Avec cette mobilisation, on pourrait imaginer un scénario », poursuit-il.

Ce scénario consiste à aller vers une conférence nationale à partir de laquelle des personnalités seraient désignées et chargeaient de créer les conditions idéales à un gouvernement de transition. « En 2011 j’ai proposé de mettre en place une conférence nationale de laquelle sortiraient 5 ou 6 personnalités qui auraient pour mission d’écrire la feuille de route pour créer un gouvernement de transition et mobiliser la population (…) Ensuite pendant 12 mois, un gouvernement de transition serait désigné pour travailler à mettre en place les solutions (…) Après 15 mois, il y aura des élections présidentielles », détaille-t-il.

Pour ce qui est du volet économique, M. Benbitour a qualifié les choix auxquels le pouvoir a recouru durant ces dernières années de « comportements irresponsables » en laissant les importations exploser, notamment durant les années de l’opulence financière. « Cette gouvernance a eu une aisance (financière) inégalée », remarque-t-il.

« En Algérie, l’économie est basée sur l’exportation des hydrocarbures. 98% des exportations sont constituées des hydrocarbures (…) En parallèle, les importations ont été multipliées par 5 de 2001 à 2014, passant de 12 milliards de dollars à 68 milliards de dollars. C’est un comportement irresponsable », s’insurge-t-il.

Selon lui, cette augmentation des importations était dans le but « de permettre tout, et à tout le monde ». Une pratique qui n’a fait qu’accroitre « la dépendance » de l’Algérie de « l’extérieur ». « Il fallait investir dans des secteurs productifs ».

Faute d’un investissement productif, et avec l’amenuisement des réserves de change à cause de la crise, la situation économique du pays pourrait s’assombrir davantage durant les années prochaines. « En 2019, toutes les réserves de change seront ponctionnées », anticipe-t-il. « Deux choix s’imposeront devant le gouvernement : limiter les importations, et c’est impossible, ou aller vers l’endettement extérieur qui ne serait pas possible non plus », résume-t-il.

L’ancien chef du gouvernement met en garde aussi contre les conséquences de l’amendement de la loi sur la monnaie et le crédit., « Il y a un risque d’une inflation importante comme en Serbie et en Turquie, prévient-il. La situation est assez complexe ».

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