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Jamais un Premier ministre n’a été aussi affaibli que l’est Abdelmadjid Tebboune depuis mardi dernier. Déjà très sérieusement diminué par son premier camouflet lorsqu’on l’avait obligé à recevoir Ali Haddad et Sidi Saïd auquel il avait déclaré une guerre ouverte depuis le 15 juillet, puis, le jour même, on le contraignit à assister à un autre désaveu qu’il subissait en public au cimetière El-Alia.

Kamel Amarni - Alger (Le Soir) - En cette seule journée du dimanche 30 juillet, le Premier ministre perdra, malgré lui, non seulement sa guerre déclenchée contre ce qu’il avait qualifié de «forces de l’argent», mais aussi la face devant l’opinion publique qui lui était entièrement acquise jusqu’à la veille. 
A l’arrivée, il entame le mois d’août extrêmement diminué. Et c’est au moment où il se retire de l’arène, pour prendre quelques jours de congé, que Abdelmadjid Tebboune voit s’abattre sur lui la foudre mortelle. Cette fois, ce ne sera ni le frère conseiller, ni un quelconque autre collaborateur qui se met de la partie, mais le grand patron en personne, Abdelaziz Bouteflika, qui flinguera son Premier ministre. 
Une chaîne de télé privée, que le pouvoir choisit toujours pour ce genre d’opération, surprendra, en effet, mardi dernier, dans la journée, par une série d’annonces présidentielles, jamais démenties du reste, et qui effacent, d’un trait, tout le bilan du jeune gouvernement Tebboune. Avec un ton féroce, Abdelaziz Bouteflika exprime une grande colère par rapport à son Premier ministre, à son gouvernement et pratiquement à l’ensemble de ses décisions. 
Les reproches présidentiels sont même parfois humiliants. «Le Président Bouteflika ordonne au Premier ministre de cesser de prendre des initiatives qui sont de nature à semer l’anarchie dans le pays (...) le Président Bouteflika ordonne au gouvernement de respecter les lois de la République (…) le Président Bouteflika ordonne au gouvernement de cesser de ternir l’image de l’Algérie à l’étranger (…) le Président Bouteflika ordonne au gouvernement de cesser de faire de la publicité sur ses propres activités (…) le Président Bouteflika ordonne au gouvernement de cesser de harceler certains hommes d’affaires.» Et encore, ce n’est là que quelques exemples des reproches exprimés publiquement par le chef de l’Etat. 
A peine si Bouteflika ne traite pas son Premier ministre d’irresponsable ! Quelle autorité reste-t-il au Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, après un tel déluge ? Cette sortie inattendue de Bouteflika fait de Tebboune un Premier ministre groggy, désavoué et publiquement désigné du doigt comme étant l’empêcheur de tourner en rond par excellence ! 
En parallèle, une violente campagne médiatique est commanditée contre la personne du Premier ministre, sans doute par l’entourage immédiat de Bouteflika. Raisonnablement, l’homme ne peut plus continuer à exercer ses fonctions dans de telles conditions et l’on parle déjà d’une fin de mission plus rapide que prévue. Des noms de probables successeurs sont même avancés çà et là. On parle de Ahmed Ouyahia, comme toujours, ainsi que de l’actuel ministre de l’Intérieur, Noureddine Bédoui dont le congé avait d’ailleurs été annulé à la dernière minute par la présidence de la République, lui qui devait prendre ses vacances le même jour que Tebboune. D’autres sources évoquent, par contre, des contraintes objectives qui favoriseraient le maintien de Tebboune au moins jusqu’au lendemain des élections locales. Car, argumentent les tenants de cette hypothèse, un changement de Premier ministre, donc du gouvernement, impliquera la préparation d’un nouveau plan d’action du gouvernement puis son adoption en Conseil des ministres, avant de le soumettre à l’approbation du Parlement. Or, le temps est compté et les priorités sont immédiates. Il faut savoir que le Parlement ne fera sa rentrée qu’en début septembre, et le gouvernement aura également à gérer des dossiers qui n’attendent pas comme la rentrée sociale, la rentrée scolaire, universitaire, etc, en plus de la préparation des élections locales de l’automne prochain. Voilà le vrai dilemme face auquel se retrouve Abdelaziz Bouteflika. Mais il faut également tenir compte de faits précédents sous Bouteflika. A plusieurs reprises, Bouteflika a eu à malmener publiquement ses chefs de gouvernement ou Premiers ministres, des ministres, walis, ou autres hauts responsables qui ont eu à passer, sans doute, les plus mauvais quarts d’heure de leur vie devant un Bouteflika fulminant et tonitruant, sans pour autant perdre leur poste ! Ahmed Ouyahia n’avait-il pas, également, été «mis à l’écart», pendant des mois, durant lesquels il était interdit de toute activité officielle mais qui, pourtant, demeurait le chef de l’exécutif ?
K. A.

Tag(s) : #Vie politique

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