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Réseau des Démocrates

Espace de rencontres et d'échanges d'expériences en vue de construire des alternatives démocratiques et sociales.

Réseau des Démocrates

Le CIVIC répond au MDS Oran

 

Le Comité d’Initiatives et de Vigilance Citoyennes

C.I.V.I.C

 

Le monstre de la vingt-cinquième heure


 

Sur la page Facebook du MDS Oran a été publié le 4 juillet un document révoltant sous le titre trompeur : « Faire de ce 5 Juillet un moment fort de lutte contre les manipulations de l’histoire de la guerre de libération et l’amputation de notre mémoire ». Sa lecture rappelle le roman de Constantin Virgil Gheorghiu « La 25e heure », l’heure qui vient après la dernière heure, où la société, incapable de créer l’esprit, est livrée aux monstres. « Ils sont nés du croisement de l'homme avec les machines (…) Leur visage ressemble à celui des hommes, et souvent on risque même de les confondre avec eux. Mais sitôt après, on se rend compte qu'ils ne se comportent pas comme des hommes, mais comme des machines. Au lieu de cœurs ils ont des chronomètres. Leur cerveau est une espèce de machine. Ce ne sont ni des machines ni des hommes. Leurs désirs sont des désirs de bêtes sauvages. »

 

Il est aisé de constater que depuis quelque temps s’est libérée la parole de la haine et du mépris du peuple algérien. Agissant en informateurs indigènes, les tenants de ce courant sont même tentés d’en faire un genre littéraire, par lequel ils peuvent demander aux nostalgiques coloniaux des certificats de bonne conduite. Ainsi les colonnes ont été grand ouvertes dans un premier temps à toutes les plumes qui se répandent en invective et en quolibet contre le peuple algérien : injure des Algériens par leur foi (l’Islam) et son socle linguistique (la langue arabe).

 

Par la suite, ces mêmes plumes se sont employées à croiser leurs tirs vers la destruction de la mémoire collective. L’auteur du brûlot n’y va pas par quatre chemins dans la diabolisation de la mémoire qu’il assimile à une « interprétation intégriste du "djihad" ». Est-ce à dire que la qualité de Moudjahid soit devenue suspecte ? Ce glissement sémantique est destiné à frapper l’imaginaire pour suggérer un rapprochement entre la révolution du 1er novembre 1954 et le phénomène Daech. Il va encore trop loin en qualifiant la conception de l’histoire de la révolution de « gros mensonge historique [destiné à] s’approprier l’initiative de la libération nationale ». Ainsi tout le peuple algérien, eu égard à sa foi et à ses convictions, devient "islamiste" « empêchant ainsi de construire [une] identité algérienne ».

 

Ce discours est connu, il travaille à écrire une histoire mensongère et falsificatrice en vue de fabriquer pour l’Algérie une identité solitaire, privée de ses liens d’appartenance aux peuples afro-asiatiques et méditerranées, coupée de ses origines et de sa vocation qui déterminent son existence, ses aspirations et sa considération. L’auteur du brûlot prend d’ailleurs le soin de présenter sa conception de l’histoire où rien ne doit être cité : ni personnage, ni lieu, ni date. Dans sa conception, il ne sera question que d’idéologie et de postulats dogmatiques et où l’histoire sera réduite à un catalogue de faits divers.

 

L’auteur du brûlot se trahit par ses appartenances idéologiques qu’il est facile de déceler. Le journal français Le Monde a consacré numéro spécial (février-mars 2012) à la guerre de libération nationale sous le titre générique « Guerre d’Algérie, mémoires parallèles ». On y trouve un entretien avec Matthew Connelly, professeur à l’université de Yale, sur son livre « L’arme secrète du FLN. Comment de Gaulle a perdu la guerre d’Algérie » avec cette question pertinente : « A cette époque-là, les Français emploient l’expression "lutte contre le djihad" ».

 

La réponse de Matthew Connelly est édifiante : « Oui, ils utilisent le terme de "djihad international" et même "guerre des civilisations" dans les documents diplomatiques. Pour le ministre des Affaires étrangères français, le conflit en Afrique du nord n’était pas seulement la lutte des Français pour garder leur empire, c’est plutôt le combat de la civilisation occidentale contre les menaces du djihad. C’est la même idée que celle de Samuel Huntington "le choc des civilisations". »

 

Dans « Le tourment et la fatalité », Raymond Tournoux rapporte : « A propos de l’Algérie, De Gaulle déclare encore à M. Triboulet, ministre des anciens combattants : "Il y a cinquante ans, il aurait fallu détruire l’Islam" ».

 

D’une manière très maladroite, l’auteur du brûlot réveille les vieux démons d’une gauche conspiratrice qui a été complice et responsable des grands malheurs subis par le peuple algérien durant la nuit coloniale. Mais de quelle gauche précise pourrait-i se réclamer ?

 

Il y a la gauche affairiste du début de la conquête coloniale, qui a fait fortune grâce à la profanation des cimetières algériens, dont les terrains ont alimenté les spéculations foncières et les ossements furent expédiés à Marseille pour servir à la fabrication du sucre. Les faits sont rapportés par l’historien Moulay Belhamissi. L’Emir Abdelkader n’a pas manqué d’ailleurs d’émettre une fatwa interdisant aux Algériens la consommation de sucre blanc.

 

Il y a aussi la gauche assimilationniste, qui a voulu transformer l’indigène en être méprisable, tel qu’en parle l’Emir Khaled, cité par Mahfoud Kaddache : « Il croit que sa naturalisation, le reniement de sa foi et de sa race, l’ingestion de viande de porc et le port de chapeau lui confèrent la qualité de français chevaleresque. Telle la chauve-souris, il n’est ni oiseau ni rongeur. Il personnifie l’hypocrisie et quelque côté qu’il se trouve, il ne trouve devant lui que la malédiction et le mépris ».

 

Il y a également la gauche qui a considéré les manifestations du 8 mai 1945 un complot fasciste accompli par des agents hitlériens et justifié les massacres des populations algériennes à Sétif, Guelma et Kherrata. Cette accusation de collusion du mouvement national avec le fascisme a servi non seulement à justifier la répression des dirigeants nationalistes, mais aussi à légitimer des crimes de masse contre la population algérienne. Ce qui rappelle l’amalgame qui est aujourd’hui entretenu entre l’esprit de résistance et le mercenariat qualifié de djihatiste et l’amalgame entre Islam et terrorisme. Le 12 mai 1945, le Comité central du PCF recommandait explicitement une répression rapide et impitoyable à travers sa résolution : « Il faut tout de suite châtier impitoyablement et rapidement les organisateurs de la révolte et les hommes de main qui ont dirigé l’émeute. » De son côté, le PCA appelait le peuple algérien, toute honte bue, à soutenir le projet colonial : « Ton intérêt propre est donc d’aider cette France nouvelle à se créer, à se forger, car c’est le chemin de salut pour toi. »


Il y a aussi la gauche répressive qui a voté la loi sur les pouvoirs spéciaux, donnant un permis de tuer, de tuer et de tuer encore et consacrant le principe hautement colonialiste selon lequel la France doit conserver par la guerre ce qu’elle a conquis par la guerre.

 

Il y a par ailleurs la gauche issue de la culture concentrationnaire, et l’auteur n’hésitera pas à envoyer au goulag tous les Algériens qui ne se seraient pas convertis à son idéologie.

 

Il y a enfin la gauche qui ne voyait aucune place des Européens dans l’Algérie indépendante, qui a participé à la chaine de logistique de la sinistre OAS. Que l’esprit de l’auteur du brûlot soit à jamais hanté par cette scène d’horreur du grand carnage commis par l’OAS le 28 février 1962 à Mdine Jdida, il n’a été retrouvé des corps de Abdelkader Djari et de sa fille que les deux mains, celle du père tenant celle de la fille. Rien ne saurait altérer le lien entre le père et sa fille, pas même la mort et rien ne saurait altérer le lien d’appartenance et d’attachement des Algériens à leur patrie.

 

Comme pourrait le remarquer l’auteur du brûlot, nous n’avons eu aucun besoin de réécrire l’histoire de l’Algérie combattante ni de recourir à des extrapolations idéologiques. Pour toutes ces raisons, cet auteur qui préfère requérir l’anonymat, ne peut se prévaloir de la gauche profondément humaniste de la famille Larribère. Il ne pourra pas, il ne saura pas et il ne voudra pas comprendre le sens de l’engagement de la famille Larribère dans la révolution algérienne. Il se sert de l’affaire de débaptisation de la clinique Larribère comme marchepied pour franchir un pas funeste dans l’entreprise de sape, en matière de révisionnisme, de négationnisme et de collaboration avec le néo-colonialisme. Les cas de débaptisation sont malheureusement nombreux : à Alger, le boulevard Salah Bouakouir et la rue Rabah Noël ; à Mascara, l’université Mostefa Stambouli ; à Oran, les rues Bey Mohamed el Kébir, Sidi el Houari, Fernand Iveton ; etc. Pour tous ces cas et bien d’autres à travers le pays, il n’y pas eu des campagnes d’instrumentation.

 

C’est d’autant plus incompréhensible qu’il faut rappeler l’attitude du MDS d’Oran qui a obstinément refusé de se joindre au mouvement de solidarité qui s’est organisé au lendemain de la débaptisation de la clinique Larribère. L’affaire Larribère, qui nous a beaucoup affectés, n’est alors qu’un prétexte pour l’auteur du brûlot de donner libre cours au déchainement du mal.

 

Mais quelles pourraient être pardi les motivations profondes de cet auteur ? Il nous rappelle que la combat n’a pas encore cessé entre les collabos d’hier et de toujours et les moudjahidine d’hier et de toujours. Son centre d’intérêt ne se porte pas sur la lutte du peuple algérien ainsi que toute la dynamique de solidarité et de soutien qu’elle a suscité chez les chrétiens clercs et laïcs, les juifs, les gauchistes, les intellectuels, les artistes, les fonctionnaires, les policiers, les militaires, les Maghrébins, les pays arabes et musulmans d’Afrique et d’Asie, etc. Sa démarche répond à d’autres considérations, de marquer encore et toujours la prééminence de l’Européen sur l’Algérien. Aveuglé par sa fantasmatique obsession à faire valoir son idéologie de gauche conspiratrice, il se croit obligé de rappeler que les Algériens ont combattu un système devant quoi ils auraient dû s’agenouiller.

 

Robert Davezies, le seul prêtre à afficher publiquement son engagement dans l’indépendance de l’Algérie, se réfugie à Cologne chez les membres du Comité directeur de la Fédération de France du FLN pour fuir la police française. Au soir de Noël de 1958, après la messe de minuit à la cathédrale de Cologne, la soirée se termine au domicile de Fatima Ferrahi pour, raconte Robert Davezies dans son récit, continuer « de célébrer le commun combat qui était le nôtre, – le leur, le mien, celui de leur Dieu et celui du mien, – pour qu’advienne sur la terre entre des hommes et des peuples libres la paix ».

 

L’auteur du brûlot devait être loin, très loin de cette ambiance. Mais qu’il sache que c’est au cri d’Allah Akbar que les moudjahidine allaient au combat, animés par les préceptes fondamentaux de l’Islam. Ceux qui sont morts sont des Chouhada, nos martyrs, leur sacrifice est élevé au rang de patrimoine national. Jean Amrouche n’a pas hésité à qualifier de monstres et d’erreurs de l’histoire les adeptes de l’Algérie française. Il est convaincu qu’il « y aura un peuple algérien parlant arabe, alimentant sa pensée, ses songes, aux sources de l’Islam, ou il n’y aura rien. Ceux qui pensent autrement retardent d’une centaine d’années… » 

 

Les Algériens n’accepteront jamais d’être dépossédés de cette mémoire. C’est la raison pour laquelle cet auteur parait un monstre de la vingt-cinquième heure. Il devient ainsi l’ennemi public numéro un, pour atteinte non pas à l’ordre public mais à l’ordre national.

 

Nous cédons la parole à Omar Oussedik qui donne la réponse juste à tous ces détracteurs de la mémoire : « La nation algérienne n’a jamais cessé d’exister. Je vous renvoie à une histoire qui n’est pas très lointaine et qui vous permet de saisir une vérité que bien des médias et des historiens ont voulu occulter. En 1830, la France était tout de même la première puissance militaire au monde et il a fallu dix-sept ans pour briser la résistance, dirigée par l’Émir Abdelkader. S’il n’y avait pas eu une âme, s’il n’y avait pas eu une volonté de vie collective de tout un peuple et de vie dans la liberté et la dignité, jamais le peuple algérien n’aurait fait preuve de résistance pendant dix-sept ans et cela ne s’est pas terminé. Une fois l’Émir Abdelkader défait, la résistance s’est poursuivie partout. Elle ne s’est jamais arrêtée. »

 

En ce qui nous concerne, il ne s’agit pas de faire taire ces cris de corbeaux. Ils jouissent en toute quiétude des droits et des libertés, dont ils usent et abusent au point de ne jamais cesser de cracher sur les tombes de ceux qui donné leur vie à rendre effective cette liberté. Aussi nous soumettons notre droit de réponse au devoir de vérité.

 

« Il est parmi les croyants de vrais hommes qui avérèrent les termes de leur pacte avec Dieu, d’autres qui accomplirent leur vœu, d’autres qui attendent, mais sans le moindre gauchissements. » (Coran sourate 33, verset 23)

 

Pour toutes ces considérations, nous appelons tous les citoyens fiers de leur révolution, jaloux de leur mémoire, fidèles au serment des Chouhada et épris de justice, à se joindre à cet appel de constituer un tribunal populaire pour faire le procès du révisionnisme, du négationnisme et de collaboration avec le néo colonialisme dont s’est rendu coupable l’auteur de ce brûlot. Le tribunal populaire constitue une réponse adaptée pour faire valoir la vitalité de la société algérienne à dénoncer et condamner toutes les formes de fascisme et d’aliénation. Nonobstant les procédures que les pouvoirs publics jugeraient utiles à initier pour atteinte aux valeurs nationales. Nous aurons ainsi réalisé une œuvre de salubrité mémorielle. Et nous aurons saisi cette belle occasion pour rendre un vibrant hommage à nos frères les moudjahidine Jean-Marie et Camille Larribère, à leurs épouses et à leurs enfants.

 

Gloire à nos martyrs.

Vive l’Algérie.

Tahia El Djazair Une et Indivisible.

 

Oran le 09 Juillet 2017

 

Contact : civic.oran@gmail.com


 

Liste des premiers signataires :

 

- Mohamed Benguesmia-Chadly, Moudjahid

- Zeddour Mohammed Brahim, retraité

- Djalal Firas Ferhat, enseignant universitaire

- Chikhi Mohand, militant associatif, comédien

- Rachid Mohamed Brahim, économiste, universitaire

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