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Réseau des Démocrates

Espace de rencontres et d'échanges d'expériences en vue de construire des alternatives démocratiques et sociales.

Réseau des Démocrates

Indépendance et dépendance.

Cinquante-cinq ans après, l’Algérie est dirigée par un Président qui fut ministre au lendemain de son indépendance.
Depuis son avènement, l’État algérien est régi par un système de pouvoir mis en place en pleine guerre de libération pour conjurer le projet de République “démocratique et sociale” consacré par le Congrès de 1956. C’est contre la perspective de modernité et de pluralité dessinée par la Plateforme de la Soummam que s’est constitué ce système dont la méthode et l’efficacité sont fondées sur l’usage de la force militaire et de l’action policière. Pour accaparer le pouvoir, il usera de manœuvre, de brutalité,  imposant d’emblée des épisodes sanglants à un pays exsangue. Et c’est avec la même poigne qu’il va s’y maintenir définitivement.
Le système n’a jamais remis en cause sa conception autoritaire du pouvoir. Le dogme de la pensée unique, du pouvoir unique et du parti unique est toujours en vigueur. Mais le FLN a été progressivement réduit à une fonction d’appareil chargé des tâches de commissariat politique. Et pour l’adapter aux besoins de circonstance du clan régnant, “le” parti est régulièrement “redressé” ou soumis à un… “coup d’État scientifique”.
Même si les luttes démocratiques, prenant des formes diverses, n’ont jamais cessé, cette réalité monolithique du pouvoir ne s’est jamais estompée. Le multipartisme est le fruit de ces luttes, concédé à un moment de panique du système devant un irrépressible soulèvement juvénile en octobre 1988. Mais en définitive, cette “pluralité politique” n’a rien changé à la nature de l’État. Le pouvoir a su structurer le dispositif institutionnel et son fonctionnement pour que l’autorité d’État reste condensée dans un centre unique et prééminent. Aujourd’hui encore, le pouvoir se présente sous la forme d’une autocratie peut-être à peine atténuée par les interférences informelles, qu’elles procèdent d’alliances ou de compositions internes claniques.
Soumis à divers procédés de manipulation, de répression et de corruption, le multipartisme formel a fini par servir à dissimuler un authentique système de pouvoir unique. Les partis politiques n’ont aucun réel impact sur le cours de la vie politique du pays. Dans la formation de la décision politique, seule est prise en compte la capacité de nuisance, celle des islamistes toutes formes d’organisation ou d’expression confondues, des forces corporatives querelleuses et des catégories potentiellement agitatrices.
La confiscation durable d’une souveraineté populaire à peine — et chèrement — acquise n’a pas été possible par le seul usage de la répression. Dès l’indépendance, le pétrole a permis de dissocier l’aptitude de l’État à entretenir le pays d’avec la contribution du citoyen à la collecte des ressources publiques. Mieux, ou pire, selon le point de vue, les hydrocarbures ont permis au pouvoir de mettre le citoyen dans un état de dépendance quasi alimentaire. Un citoyen globalement assisté n’est pas en position de contester le système qu’il tête dans une proportion ou une autre.
Plus d’un demi-siècle après avoir recouvré son indépendance politique, le peuple algérien reste prisonnier d’un système de pouvoir total qui l’a progressivement converti à la culture de rente.


M. H.

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