Hambourg (Allemagne), envoyés spéciaux.– Au deuxième jour de grosses mobilisations contre la tenue du G20 à Hambourg, en Allemagne, et alors que les leaders des 20 pays commençaient à se réunir, la police locale a fini vendredi par demander du renfort. En cause : son débordement, le matin même, alors que les manifestations et blocages se multipliaient dans toute la ville. Le quartier d’Altona, à l’ouest, a été le plus touché (lire notre Boîte noire). Un rassemblement, annoncé la veille, a eu lieu à 7 heures du matin. Plusieurs centaines de manifestants vêtus de noir et masqués ont semble-t-il rapidement débordé les forces de l’ordre, se retrouvant à marcher seuls dans la rue. Selon un premier bilan, une vingtaine de voitures ont été incendiées et des commerces attaqués.

Interrogé sur le sujet, Andreas Beuth, avocat et représentant légal de la Rote Flora, le plus gros squat de la ville de Hambourg, se dit « évidemment contre le fait que des biens de résidents soient détruits » mais insiste sur le fait que « ces petits groupes n’ont rien à voir » avec les manifestations imaginées par les organisateurs. Il est douteux que ses propos convainquent la police hambourgeoise, qui a fait savoir en début d’après-midi qu’elle allait recevoir le renfort de 200 officiers de Bade-Wurtemberg, 200 autres de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et 300 de Berlin.

 

Policiers à Hambourg jeudi 6 juillet © Yann Levy / Hans LucasPoliciers à Hambourg jeudi 6 juillet © Yann Levy / Hans Lucas

 

Ces nouveaux contingents viendront s’ajouter aux 20 000 membres des forces de l’ordre déjà déployés, aux 3 000 véhicules, 11 hélicoptères, 185 chiens, 70 chevaux. La police a refusé de donner le nombre de véhicules équipés de canons à eau mobilisés, mais 24 heures passées sur place suffisent à en compter une dizaine. La police, dont la présence massive est visible un peu partout en ville, s’est donc trouvée débordée au bout d’une matinée chaotique. Et surtout, qui a eu des répercussions sur l’organisation même du sommet du G20. L’épouse du président américain, Melania Trump, n’a ainsi pas pu se rendre à l’heure dite au rendez-vous des époux et épouses des leaders. Un peu plus tôt, les organisateurs des blocages se félicitaient d’avoir réussi à retarder l’arrivée du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et de celui du Conseil européen, Donald Tusk, au congrès.

Le rassemblement à Altona n’était pas le seul de la matinée. Dès 7 heures, un millier de personnes se trouvaient également devant la station de métro Landungsbrücken, dominée par sa tour de l’horloge qui a la particularité de donner également le niveau de l’Elbe. Un large groupe d’environ 200 personnes portait des combinaisons violettes ou blanches et a pris la tête du cortège derrière la bannière « Queer Feminist Revolution ».La manifestation pique droit vers la « zone bleue », ce large espace délimité par les forces de l’ordre dans lequel, depuis 6 heures ce matin-là, tous les groupements de plus de deux personnes sont interdits. 

 

L'une des manifestations (« Queer Feminist Revolution ») vendredi matin à Hambourg, dispersée par la police © Yann Levy / Hans LucasL'une des manifestations (« Queer Feminist Revolution ») vendredi matin à Hambourg, dispersée par la police © Yann Levy / Hans Lucas
Le rythme est soutenu, mais la police parvient à bloquer le cortège au bout de quelques centaines de mètres, sous un pont. Une partie des manifestants décide alors de changer d’itinéraire, donnant lieu à un vaste jeu du chat et de la souris avec la police dans le parc et les rues environnants. Un jeu qui prend fin vers 8 heures, quand environ 250 manifestants, le plus gros groupe restant, se fait nasser par la police dans une petite rue, malgré les encouragements appuyés des voisins à la fenêtre. 

 

Durant toute la matinée, d’autres groupes parviennent à perturber la zone bleue, interdite à tout rassemblement depuis 6 heures le matin. Joana, représentante de #BlockG20 : « Nous nous sommes approchés le plus possible des délégations, mais nous avons fait face à la police et, surtout, à ses canons à eau et à son gaz au poivre. » Des sit-in ont été évacués à coups de jet d’eau, des manifestants délogés un par un par la police. La responsable de l’action estime cependant avoir vécu un « grand moment de solidarité avec les habitants de Hambourg, certains ayant même apporté des cafés ou à manger aux manifestants bloqués par la police »

Une autre action, à l’écart de la ville et visant le port, elle aussi commencée à 7 heures, a plus de chance. Environ 700 personnes, la plupart équipées d’un vêtement de pluie orange, parviennent à bloquer l’une des voies principales menant au port de Hambourg, premier du pays et troisième en Europe. « La logistique, c’est le cœur du capitalisme, c’est pourquoi nous avons bloqué le port », explique l’un des initiateurs du mouvement. « Nous avons bien réussi, nous avons surpris la police », se félicite-t-il en fin de matinée. « Nous avons reçu le soutien de certains camionneurs et d’employés du port », ajoute-t-il. 

 

La manifestation visant à bloquer le port de Hambourg, vendredi matin © Yann Levy / Hans LucasLa manifestation visant à bloquer le port de Hambourg, vendredi matin © Yann Levy / Hans Lucas

 

Sur place, la police se contente de contenir le cortège sur la route qu’il suit. Sous un franc soleil, la manifestation est joyeuse et calme. Vers 10 heures, un des camions organisateurs arrive et distribue de l’eau, avant de proposer un repas gratuit. Par haut-parleur, une jeune femme donne quelques infos, explique pourquoi le cortège est pour l’instant arrêté et quand il va repartir. Un cri de victoire retentit quand elle annonce qu’une partie du port est bel et bien bloquée par ce groupe et par un autre.