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Réseau des Démocrates

Espace de rencontres et d'échanges d'expériences en vue de construire des alternatives démocratiques et sociales.

Réseau des Démocrates

Violence à l’université : Bataille dans les campus

 

 

le 16.06.17 | 12h00 Réagissez

 

Agression des enseignants à la faculté d’économie, des membres du Cnes tabassés à la faculté des sciences politiques, tentative d’assassinat de Mohamed Mili à M’sila, confrontations entre organisations estudiantines à Batna… Un cran dans la violence a été franchi. Les organisations estudiantines sont pointées du doigt. Analyse.

T. G., un étudiant en sciences politiques, a été radié à vie de toues les universités algériennes. Décision prise par le conseil de discipline de l’université d’Alger après preuve de son implication, avec d’autres personnes, dans l’agression des enseignants et travailleurs de la faculté d’économie d’ Alger 3, jeudi 1er juin.

Or, mardi dernier, le doyen de la faculté des sciences politiques l’a fait entrer à l’examen de rattrapage 20 minutes avant la fin de l’épreuve, malgré les contestations des enseignants surveillants, apprend-on auprès des enseignants. «Les surveillants ont fait un rapport car le doyen a fait entrer l’étudiant radié 40 minutes après le début de l’examen, ce qui est illégal car le délai possible est de 30 minutes.

Il a usé de son autorité de doyen pour imposer l’étudiant», relate Louisa Dris Hamadache, professeur à la faculté des sciences politiques d’Alger 3. En réponse, «le doyen, qui est juriste de formation, affirme qu’il n’a pas compris ce qu’implique une radiation définitive de l’université. Il prétend aussi ne pas savoir qu’un étudiant ne peut pas rejoindre une salle d’examen 20 minutes avant la fin de celui-ci», ajoute-t-elle.

Si le phénomène de la violence en milieu universitaire n’est pas nouveau, il a cependant pris une tournure dangereuse ces derniers temps. Confrontations sur les campus, port d’armes, agressions verbales et physiques, tentative d’assassinat et vandalisme  des lieux publics… Les enseignants et coordinateurs du Cnes parlent d’un taux qui dépasse aujourd’hui les 60%.

Chaque jour, des dizaines de cas de violence, verbale et physique, sont enregistrés dans les différents établissements universitaires à travers le pays. La plus grave : la tentative d’assassinat de Mohamed Mili, de l’université de M’sila. Le chef de la spécialité Master Trafic Urbain s’est retrouvé dans un coma profond, à l’hôpital Al Zahraoui, après avoir été agressé le 21 mai par trois étudiants d’une organisation estudiantine.

Plus tôt, en février, alors qu’ils tenaient une assemblée générale pour l’installation d’un bureau du Cnes, plusieurs enseignants ont été violentés par un groupe de jeunes baltaguia à la faculté des sciences politiques et de l’information d’Alger 3. Le coordinateur du conseil a été blessé à la tête, un enseignant a eu trois points de suture au poignet et un autre a reçu un gros coup au thorax. En effet, le phénomène de la violence a, sournoisement, gangrené l’université et est devenu courant dans plusieurs enceintes universitaires. La cause : le laxisme, l’impunité et le laisser-faire de certains responsables et administrateurs.

Complicité

Abdelhafid Milat, coordinateur du Cnes, le confirme : «La complicité de l’administration est l’un des facteurs importants de cette montée de violence à l’intérieur de l’université. Elle joue souvent un rôle négatif et est complice dans certains cas.» Il donne un exemple : «La décision provocatrice émise par l’ancien directeur de l’université de M’sila au sujet des étudiants qui ont essayé de tuer un professeur. Les agresseurs ont été condamnés à l’exclusion de l’université pendant deux ans, mais l’ex-directeur a annulé la décision du conseil de discipline, comme s’il leur disait : ‘‘Tabassez comme et qui vous voulez, vous ne craignez rien tant que Bouterfaya est avec vous.’’»

Pour Ahmed Rouadjia, professeur à l’université de M’sila et directeur du laboratoire d’étude historique, sociologique et des changements sociaux et économiques, la seule panacée trouvée par les pouvoirs publics pour endiguer les violences n’est pas la répression ou la sanction contre les fautifs et les délinquants de tous bords, mais le dialogue.

«Le dialogue est un leitmotiv dans le discours officiel, et qui suppose, dans sa logique conciliante, à mettre sur un même plan, agressé et agresseur, victime et bourreau ! C’est ce laxisme doublé d’expectative qui témoigne du recul de l’Etat, pour ne pas dire son abdication, et qui donne raison à tous les tenants de la loi du talion, tant au sein de l’université qu’en dehors de celle-ci», déplore-t-il.

Impunité

Naim Zaidi, enseignant à la faculté des sciences politiques et des relations internationales, a été témoin de plusieurs cas de violence où des enseignants ont été frappés par des soi-disant étudiants dans une salle réservée aux enseignants, ou quand ses collègues, femmes plus particulièrement, se font agresser en cours, en période d’examen ou lors des surveillances. «L’administration tente de réagir et de faire son travail avec ce qu’elle possède comme ressources, mais les choses sont organisées de façon telle qu’elle donne l’impression de se déresponsabiliser ou d’être impuissante, faute de volonté ou de moyens ou des deux à la fois», explique-t-il.

Par ailleurs, pour nos professeurs, si la vie universitaire est arrivée à un stade aussi critique, c’est aussi à cause de l’impunité. «Faire preuve de tolérance et de longanimité à l’égard des délinquants, c’est se dessaisir de ses prérogatives régaliennes au profit des groupes maffieux. C’est accorder une prime d’encouragement à tous les hors-la-loi.

On vient de le voir : c’est parce que le recteur précédent et les vice-recteurs n’ont rien fait pour sanctionner les coupables, que ces derniers ont récidivé…», assure le professeur Ahmed Rouadjia. Avis partagé par Naim Zaidi qui affirme que si impunité il y a, la violence ne disparaîtra jamais de l’université, ou de la société globalement. Pour lui, «il faut élaborer et appliquer les lois, mais des lois qui vont dans le sens de la justice. Il faut apprendre à agir selon des normes universalistes, légalistes et méritocratiques, comme disait le sociologue Max Weber».

Autre paramètre qui influence fortement sur la fréquence des violences en milieu universitaire : les organisations estudiantines. Abdelhafid Milat explique que les organisations estudiantines, comme toute organisation, association, syndicat ou parties, a des éléments loyaux et producteurs comme elle comprend des éléments corrupteurs et parasites. «On se pose toujours la question sur ce qui encourage ces derniers à recourir à la violence pour imposer leurs demandes illégales ?

A mon avis, ce sont des parties au sein de l’administration universitaire qui entreprennent des relations suspectes avec certains opportunistes et parasites qui encouragent ces derniers à utiliser la violence lorsque leurs requêtes sont rejetées», analyse le professeur. Cependant, pour Naim Zaidi, si ces organisations jouent toujours un rôle dans les violences, ceci est lié aussi à la gestion purement administrative. «Elle fait qu’un certain clientélisme trouve son essence et son essor dans une telle configuration. Aussi, il ne faut pas occulter une particularité liée à l’apparition des organisations estudiantines gravitant autour d’organisations, comme les partis politiques.

Des organisations estudiantines, mais pas toutes, ne sont qu’un cadre permettant à des individus de négocier des intérêts particuliers qui sont souvent ceux des membres de leur parti.» Et d’ajouter : «Paradoxalement, ces organisations estudiantines, dont le rôle est aussi dénaturé, deviennent de véritables organisatrices d’une ‘‘dé-participation’’ estudiantine. Ajoutons à cela, le rôle purement formel des instances scientifiques et pédagogiques quasiment transformées en simples secrétariats.»

Leaders

A l’université de M’sila, une bonne partie des organisations estudiantines se recommande des différents partis politiques. Leur militantisme se réduit essentiellement à de basses revendications : obtenir des faveurs auprès des enseignants et de l’administration. Les leaders de ces groupes sont souvent de mèche avec certains vice-recteurs et doyens et se rendent mutuellement service. «Lorsqu’un recteur, par exemple, se montre peu commode ou sévère, il suscite une sorte de sainte alliance contre lui de manière à le faire rentrer dans «les rangs».

S’il ne cède pas aux pressions et aux demandes indues, on s’arrange pour déclencher sous n’importe quel prétexte une grève, un sit-in qui peuvent se muer en un blocus quasi militaire du rectorat. Inversement, un recteur qui se montre faible ou très paternaliste, il est vite phagocyté. Les étudiants deviennent violents et passent à l’acte lorsque leurs demandes, même illégitimes, sont insatisfaites», explique le professeur Ahmed Rouadjia. Cette hypothèse colle avec l’agression du Dr Zouhair Ammari, chef du département des sciences économiques, le 17 mai dernier, par trois étudiants pour une histoire de notes.

Ou encore, celle de Mohamed Mili par un groupe d’étudiants au motif d’exclusion. Face à cette situation critique, nombreux sont les enseignants qui tentent, depuis des années et à travers le pays, de trouver des solutions et mettre fin au phénomène de la violence qui ne cesse de prendre de l’ampleur.

Mais en vain ! faute d’organisation peut-être, selon le professeur Rouadjia. Il témoigne du cas de l’université Mohamed Boudiaf de M’sila : «La culture de l’organisation pour la défense des valeurs civique, civile et éthique, et pour la préservation de la dignité de l’enseignant et du citoyen, fait cruellement défaut à l’université de M’sila. Même les ‘‘indigènes’’ de la ville ne se sentent guère concernés par ces questions de dénonciation de la violence dont ils sont pourtant les victimes ou qui pourraient l’être un jour.»

Échecs

Quant au professeur Naim Zaidi, il pense qu’avant toute forme d’organisation, il faut qu’il y ait une véritable prise de conscience qui doit conduire à un réagencement des priorités, de ce qui est fondamental et ce qui est secondaire. C’est à partir de ce moment-là que les enseignants auront toute la liberté de contourner les contraintes bureaucratiques et de s’organiser sous forme d’organisations syndicales ou d’associations professionnelles.

A noter que la prise de conscience peut passer aussi par ce «désir mimétique». Aujourd’hui, affaiblis après de nombreux échecs, ils tirent la sonnette d’alarme et interpellent le ministère de tutelle qui, selon eux, est le premier responsable censé penser à une politique, donc trouver les solutions aux problèmes de l’université et notamment la violence.

«Une politique qui doit avant tout associer les différentes parties concernées et pas seulement les divers segments de l’administration et permettre aussi qu’elle soit évaluée de façon objective. Une ‘‘bonne’’ politique de l’enseignement supérieur et de la recherche intègre forcément la participation d’autres secteurs. Autrement dit, mettre un terme au laxisme et prévenir les dérives, y compris ceux de l’autorité, contribuant ainsi à instaurer un climat de sérénité dans les établissements universitaires», explique Naim Zaidi.

Pour sa part, le coordinateur du Cnes, Abdelhafid Milat, affirme attendre beaucoup de la part du ministère et lui tend la main. «Personne ne nie la bonne volonté du ministère de l’Enseignement supérieur pour lutter contre la violence au sein de l’université, mais cela ne suffit pas», conclut l’enseignant.

 

A son avis, il faut prendre des décisions sévères contre toute personne qui tente de nuire à la sécurité et la souveraineté de l’université. C’est surtout la punition, le renforcement de l’éthique universitaire et la condamnation, toujours selon son analyse,  qui parviendront à éradiquer ce phénomène.   Affaire à suivre. Ryma

Maria Benyakoub

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