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le 11.06.17 | 12h00 Réagissez

 

Des moments difficiles, voire des situations désespérées, l’Algérie en a vécus plusieurs par le passé, mais il s’est toujours trouvé des hommes qui ont su y faire face et éloigner les périls. Fin des années 1980, étranglé par l’endettement, épuisé par le désordre social et miné par la débâcle économique, le pays n’a pu rebondir que grâce à une équipe conduite par Mouloud Hamrouche qui avait fait un double choix, révolutionnaire pour l’époque : bousculer l’ensemble de l’ordre établi et gouverner de manière spectaculaire et innovante.

Ce fut le pari des réformes structurelles, mais qui n’a pu aboutir que partiellement, la tempête islamiste ayant tout emporté sur son passage. Si l’Algérie d'aujourd'hui a changé, elle reste néanmoins aussi fragile qu’il y a 25 années, son économie toujours déstructurée, la société précarisée, un climat de corruption généralisée et une gouvernance politique aléatoire, marquée par une absence publique quasi totale du président de la République, cloué par la maladie. Pire, les recettes pétrolières qui ont fondu sous l’effet de la chute des prix sur le marché mondial ont rendu caduque la politique de distribution généreuse de la rente érigée en une sorte de stratégie de développement, avec son pendant, le ruineux tout-import. Le tout a privé l'Algérie d’une économie productive, seule à même de faire contrepoids au choc pétrolier, d’assurer des emplois et d’anticiper sur les retombées du retour du boom démographique.

Aussi, M. Tebboune, vous qui êtes amené à prendre les rênes du gouvernement, c’est bien un champ de mines qui vous attend sur votre passage, mais qui n’est pas plus dangereux que celui qui s’était étalé devant Mouloud Hamrouche en 1989. Il suffit, comme ce dernier l’a fait, d’oser, c'est-à-dire faire éclater le système qui plombe le pays et s’engager dans de grandes réformes structurelles. La grande erreur serait de produire des réformettes, une sorte de replâtrage visant à sauvegarder ce système ou l’édulcorer ainsi que l’ont fait vos prédécesseurs. Ce sont les effets de leur mauvaise politique que les Algériens subissent frontalement et non pas les chutes des recettes pétrolières. Si vous choisissez la voie de la courageuse innovation, les grands atouts que possède notre pays peuvent vous aider : un formidable réservoir de main-d’œuvre qualifiée, abondante et d’une extrême jeunesse que bien de pays nous envient, un tissu de PMI et de PME qui n’est pas négligeable, adossé à un large esprit d’entrepreneuriat au sein de la société, des réserves immenses de productivité dans le monde du travail. Et enfin, des potentialités économiques encore en jachère qui ne demandent qu’à être exploitées dans l’agriculture, le tourisme, les nouvelles technologies, la transition énergétique...

 

Et puis, il y a la politique de la main tendue vers les différents acteurs politiques et sociaux du pays. Bien des dirigeants ont foncé droit dans le mur en négligeant cette vertu de la bonne gouvernance. L’opposition a le droit d'être écoutée ainsi que les syndicats autonomes, les associations libres et les médias indépendants. L’ostracisme envers qui que ce soit doit être banni. Il conduit à se priver de précieux interlocuteurs. Personne ne détient à lui seul la science, encore moins la vérité. Et puis, l'Algérie appartient à tous ses enfants. Le chantier qui vous attend est dur, M. Tebboune, mais cela dépend en grande partie de vous pour en faire une œuvre exaltante qui apporterait un peu d’espoir aux Algériens qui en ont tellement besoin.
 

Ali Bahmane
Tag(s) : #Vie politique, #Vie Sociale, #Vie economique

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