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Réseau des Démocrates

Espace de rencontres et d'échanges d'expériences en vue de construire des alternatives démocratiques et sociales.

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Nacer Djabi : Pourquoi je quitte l’université

 

le 16.06.17 | 12h00 Réagissez

 

… Qu’est-il arrivé pour que j’en arrive à demander ma retraite et à quitter l’université alors que je suis à un âge où je peux encore donner... après tant d’années d’enseignement et de recherche…

… L’université n’est plus réformable et sa situation va se détériorer davantage avec le temps. Les agressions contre les enseignants et la violence au sein de l’enceinte universitaire par exemple vont croître et se développer car les conditions objectives et subjectives qui y conduisent sont réunies dans la majorité des institutions, même à des degrés divers. Le niveau d’instruction des étudiants et des enseignants va se dégrader davantage et les différentes formes de corruption vont prendre des dimensions industrielles…

… Cette situation est ressentie par une grande partie de la corporation universitaire qui ne sait pas quoi faire pour sortir de cette impasse. Cette corporation fait face quotidiennement à cette situation sans être capable de s’organiser pour y mettre fin. Elle s’attriste de plus en plus chaque jour sur la situation actuelle, en attendant, comme solution individuelle, je pars après l’échec des solutions collectives.

… Le gouvernement n’a fondamentalement aucune volonté de réforme, ni à l’université ni dans d’autres domaines… La réforme du système éducatif, l’université en fait partie, exige d’affronter la société avec toutes les vérités et les faits réels, ainsi que les défis à relever… Réformer, c’est faire face à toute forme de corruption chez tous les corps travailleurs en milieux éducatif…

Elle exige, par exemple, d’affronter les organisations estudiantines et syndicales qui, pour une bonne partie, sont devenues des producteurs de corruption à échelle industrielle… Elle exige de résister face aux nombreuses pressions subies par toute personne qui veut vraiment changer les choses…

Cette réforme nécessite un consensus social qui n’est actuellement pas disponible, sur le rôle de l’université, notamment sur les questions culturelles et linguistiques. En un mot, la réforme réelle exige des conditions, des stratégies et une détermination qui n’existent pas actuellement, ce qui veut dire que les choses vont probablement rester en l’état, voire se dégrader encore plus.

Tout comme le sort de certaines entreprises industrielles publiques, qu’on a laissé mourir au lieu de les réformer à temps, pour les vendre ensuite au dinar symbolique. Une démarche sans grand coût politique et très fructueuse pour notre classe dirigeante.
Le plus facile aujourd’hui est de charger les universités étrangères de former la future élite algérienne car l’expérience a montré que l’université algérienne n’est pas capable de produire l’élite dont a besoin tout système de gestion économique et politique…

 

… Notre université va décliner puis mourir en douceur, en attendant l’université privée – comme cela a été le cas d’expériences arabes et étrangères – et l’apparition d’un système d’enseignement parallèle. L’avenir jugera cet aspect, mais les indices sur les expériences de pays arabes montrent déjà que le succès est loin d’être garanti alors que les inégalités sociales sont aggravées. Ces expériences montrent que ce système d’enseignement ne sera pas plus facile à gérer qu’une université publique qui agonise sous nos yeux.

Nacer Djabi

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