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Réseau des Démocrates

Espace de rencontres et d'échanges d'expériences en vue de construire des alternatives démocratiques et sociales.

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CLIMAT Le retrait des Etats-Unis, un drame pour le climat

 

2 JUIN 2017 PAR JADE LINDGAARD

 

 

Redoutée depuis 24 heures, la nouvelle est tombée comme un couperet jeudi 1erjuin : les États-Unis quittent l’accord de Paris sur le climat. Avec ce style oratoire bancal et imprécis qui le caractérise, Donald Trump a déclaré : « Afin de remplir mon devoir solennel de protection de l’Amérique et de ses citoyens, les États-Unis vont se retirer de l’accord de Paris mais entamer des négociations pour réintégrer soit l’accord de Paris soit une transaction entièrement nouvelle sur des bases justes pour les États-Unis. » Et il a ajouté : « et si nous le pouvons, c’est super ».

 

Donald Trump, jeudi 1er juin à la Maison Blanche. © ReutersDonald Trump, jeudi 1er juin à la Maison Blanche. © Reuters

 

Conclu en décembre 2015 à l’issue de la COP21, l’accord de Paris engage ses 195 signataires à tout mettre en œuvre pour limiter le réchauffement planétaire à 2 °C, une hausse des températures dont les scientifiques disent qu’elle provoquerait des impacts irréversibles sur les conditions de vie sur terre. C’est un texte historique, car pour la première fois tous les pays (tous les membres de la convention de l’ONU sur le climat à part la Syrie et le Nicaragua) s’engagent à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Produit de vingt ans de négociations houleuses, l'accord résulte d’un savant équilibre entre des États aux intérêts économiques contradictoires. Les États-Unis se sont engagés à baisser d’ici à 2025 de 26 à 28 % leurs émissions (par rapport au niveau de 2005). Cet objectif est moins contraignant que pour d’autres pays industrialisés, l’Europe par exemple, qui prennent eux l’année 1990 comme base de référence.

 

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En 2015, dans les salles de conférence du Bourget où se déroulait la COP21, il fut scruté jusqu’à la dernière minute par l’équipe de négociateurs de Barack Obama qui ne voulaient laisser passer aucun détail de nature à trop engager les États-Unis. C’est pourquoi l’idée même d’une autre « transaction » internationale plus favorable aux intérêts américains est une pure lubie. Les États-Unis, pays le plus riche au monde, sont les premiers émetteurs de gaz à effet de serre par tête. Ils portent une responsabilité historique, comme les autres pays industrialisés, dans le dérèglement du système climatique. La Chine, plus gros pays émetteur depuis dix ans, et l’Inde ne cessent de le rappeler dans les instances de la diplomatie du climat. 

L’accord de Paris est officiellement entré en vigueur le 4 novembre 2016. Pour en sortir, un État doit attendre trois ans après cette date puis respecter un préavis d’un an. Les États-Unis pourront donc s’en retirer le 4 novembre 2020, au lendemain de la prochaine élection présidentielle américaine. 

Le retrait de l’accord sur le climat était une promesse de campagne de Donald Trump, climatosceptique affiché, et contempteur des effets économiques délétères, selon lui, du texte sur l’économie américaine. Dans son adresse, il a énuméré les secteurs d’activité qui perdraient en revenus et en emplois à cause des engagements climatiques américains. Une étude, contestée par les chercheurs et les écologistes, estime qu’ils pourraient détruire 2,7 millions d’emplois aux États-Unis d’ici à 2025. Pourtant, le secteur des énergies renouvelables est en plein essor dans ce pays disposant de ressources phénoménales en énergies solaire et éolienne. Trump a ajouté que les États-Unis cesseraient d’appliquer toutes leurs obligations liées à l’accord. Cela comprend l’importante aide financière promise aux pays les plus pauvres : environ 3 milliards de dollars pour les aider à s’adapter aux sécheresses et à la montée du niveau de la mer. C’était la principale contrepartie réclamée par les pays en voie de développement en échange de l’acceptation de l'objectif de réduction de leurs propres émissions.

Quel sera l’effet du retrait américain sur les autres pays signataires ? L’accord de Paris est un texte mou, et performatif : à la différence du protocole de Kyoto, il n’oblige pas juridiquement des pays à respecter des objectifs de baisse de gaz à effet de serre. Chacun se fixe ses propres engagements et doit les réévaluer régulièrement. Le retrait d’un membre ne fait pas en soi s’effondrer la structure de l’accord. Mais c’est un champ de force : aucune grande puissance ne veut y perdre. La sortie des États-Unis pourrait ainsi inciter d’autres États à lever le pied sur leurs engagements. Dans la négociation de Paris, les négociateurs américains exerçaient une forte pression sur la transparence des mesures de CO2 et leur contrôle. Qui tiendra ce rôle désormais pour s’assurer que les données fournies par la Chine, l’Inde ou l’Europe correspondent à la réalité ?

« L’accord de Paris était un accord de papier, analyse la chercheuse Amy Dahan, spécialiste des négociations climatiques. Si les États-Unis sortent, c’est le symbole d’une fermeture. Les plus grandes conséquences seront géopolitiques. C’est le signe d’un égoïsme nationaliste des États-Unis. La Chine va se saisir de cette situation pour essayer de prendre le leadership sur le climat. C’est une porte ouverte aussi pour l’Union européenne : va-t-elle jouer un rôle plus important ? »

Pour Jean Foyer, co-auteur de Globalising the Climate, un livre collectif de recherche sur la COP21 (Routledge, mai 2017), le monde connaît un processus de « climatisation » : une avancée de la prise en compte du climat. « Il y a une internalisation de la question climatique par une série d’acteurs : les instances religieuses, les paysans et les entreprises impliquées dans la climate smart agriculture ou dans la protection de la biodiversité. Avant, la question du climat n’était discutée que d’un point de vue scientifique. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : le sujet climatique est devenu un métaproblème, comme la sécurité et le commerce. » Pour autant, si climatisation il y a, elle ne signifie pas que le problème du climat est en voie d’être réglé.

Parmi les innombrables réactions d’ONG, de responsables politiques et de chercheurs depuis l’annonce américaine, certains espèrent que la sortie des États-Unis va remobiliser autour du climat les villes, les collectivités locales, les fondations, les entreprises, les secteurs économiques qui sont déjà entrés en transition énergétique. Elle pourrait galvaniser les mouvements qui militent contre le projet d’oléoducs Keystone XL – arrêté par Obama mais relancé par Trump. Et personne n’imagine que la Californie, New York ou le Texas cessent leurs investissements dans les renouvelables. Le boom des gaz de schiste a fait chuter le prix du charbon américain. La fermeture des centrales à charbon américaines est aux yeux de beaucoup d’experts une perspective inévitable. Lors d’une conversation téléphonique avec Emmanuel Macron, mardi 9 mai, le président chinois, Xi Jinping, s’est engagé à « défendre » l’accord de Paris sur le climat aux côtés du nouveau président français.

Mais le retrait américain de l’accord de Paris pourrait mettre le monde sur la voie d’une catastrophe climatique. Quand on additionne les engagements pris par les États, et qu’on imagine qu’ils soient strictement respectés, la quantité de CO2 économisée ne permet déjà pas de respecter l’objectif de 2 °C. Avec un réchauffement de + 3°, horizon correspondant aux efforts acceptés par les pays aujourd’hui selon des chercheurs, la fonte des glaces polaires serait plus rapide et brutale, la montée des eaux plus forte, et les sécheresses plus cruelles encore. Dans le New York Times, Bill McKibben, fondateur de l’ONG 350.org qui milite pour le désinvestissement des énergies fossiles, écrit : « Cette décision est l’acte le plus bête de notre nation depuis le lancement de la guerre en Irak. C’est la répudiation de deux forces civilisatrices sur la planète : la diplomatie et la science. »

Aussi redoutable soit-elle, la sortie américaine de l’accord de Paris ne doit pas occulter une situation très problématique : le formidable consensus international qui a accueilli l’accord de Paris en 2015 ne s’est pas transformé en consensus contre les projets climaticides : depuis un an et demi, de nouveaux gisements pétroliers sont forés au risque de détruire des mangroves, des zones humides et des récifs coralliens. D’énormes centres commerciaux, nœuds autoroutiers, aéroports, gigastades et data centers énergivores continuent de sortir de terre en Asie, en Amérique et en Europe. En France, on n’a jamais autant bétonné les terres agricoles qu’en 2016. Et le climat a presque  été oublié de la campagne présidentielle.

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