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Réseau des Démocrates

Espace de rencontres et d'échanges d'expériences en vue de construire des alternatives démocratiques et sociales.

Réseau des Démocrates

Cerveau et visionnaires

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La force du pétrole gris, une énergie renouvelable et durable.

Le 21 janvier 2013, j’ai entendu sur la chaine 3, M.Abdelhak Lamiri, économiste, parler du développement de notre pays. Il pointait les tares majeures qui l’affectaient, avant de tracer les lignes directrices du renouveau.

La triple dépendance

Il parla de la triple dépendance qui nous collait à la peau comme une malédiction, freinant toute marche en avant :

Dépendance par rapport aux hydrocarbures, dépendance alimentaire, dépendance vis-à-vis des importations, des importateurs et de leurs parrains, tapis et engraissés au sein du système.

On importe désormais de tout, comme chacun le sait, du kiwi aux mandarines d’Espagne et aux poires d’Argentine.

Dépendance technologique et scientifique, au point de me rappeler une anecdote servie par feu le Pr. Chaulet, lors d’une conférence débat organisée par le collectif économique et social du CCDR, en juin 2008, sur le « paradigme du changement ». Il évoquait l’un de ses amis qui, de retour au pays, lui lança : « Que se passe-t-il en Algérie ? On ne pense plus, mais on dépense ! ».

La manne pétrolière, les dollars et les euros triomphants avaient cloîtré le pays dans les rets de la dépendance tous azimuts, et pris la place du cerveau humain et de ses synapses créatives.

Qu’en est-il des énergies renouvelables ?

Cela fait quarante ans que l’on parle d’énergies renouvelables, avance M.Lamiri, et cela fait quarante années, que peu de choses significatives sont entreprises pour nous libérer de la dépendance des hydrocarbures. Essais et balbutiements pour se donner le change et tromper la galerie, en laissant croire que l’on est véritablement décidé à en sortir.

Mais qui donc bloque, et pourquoi, l’élaboration et la réalisation d’un programme ambitieux d’énergies renouvelables.

M. Lamiri n’a pu répondre directement à cette question fondamentale, mais l’a laissé deviner en parlant de fuites en avant mortifères, de tentatives avortées pour débureaucratiser le système de gestion et de production, de la nécessité de mettre fin aux archaïsmes d’ une gestion toujours sous séquestre d’une administration prédatrice, rentière et protectrices des « forces de l’argent », dénoncées par un Ouyahia bien renseigné sur la question. N’est-ce point cela qui lui valût son éviction du RND et du cénacle des décideurs ?

La force du pétrole gris

En homme de science conséquent, M. Lamiri ne s’est pas contenté de pointer les dysfonctionnements du système, mais a proposé les idées forces pour opérer la rupture et entraîner le changement.

Libérer les initiatives et moderniser les modes de gouvernance et de gestion économique pour réduire toutes les formes de dépendance.

Mais, l’essentiel réside en la libération du cerveau des hommes ; de leur créativité. En l’instauration d’une sorte de cerveau-vigie qui suive l’utilisation des investissements ; un macro tableau de bord du développement national.

En fait, un investissement massif sur l’intelligence collective.

Investir sur les synapses humaines, sur le pétrole gris, c’est investir sur le développement durable et renouvelable.

L’aventure du CURER

On oublie que cet investissement sur le savoir et la liaison entre l’université et le développement national, l’Algérie l’avait réalisé juste après l’indépendance, par la création du Centre Universitaire d’études et de réalisation, le CURER de Constantine.

Et que si l’on venait à évaluer 50 ans d’indépendance, il faudrait parler de l’expérience tentée par l’université de Constantine au début des années 70 (73.74).

Nous venions de sortir d’une guerre effroyable et nous nous trouvions confrontés aux problèmes d’une jeune nation, sortie exsangue d’une lutte sans merci pour sa liberté.

Après trois années de balbutiements et d’errements, s’ouvrait l’ère du développement planifié pour la réalisation d’un projet de développement national. L’école était au centre de toutes les préoccupations, ainsi que l’université. La formation et l’éducation des cerveaux étaient considérées comme une tâche centrale. Les idées et les projets fusaient de toutes parts, notamment lorsqu’il s’agissait de former l’homme.

 

Un jeune recteur, entreprenant et visionnaire

Abdelhak Bererhi était ce « jeune et sémillant recteur de l’université de Constantine » selon le mot d’Armand Frémont - Directeur scientifique au CNRS qui fut coopérant visiteur à l’université de Constantine – qui prit l’initiative de la création du CURER (Centre Universitaire d’études et de réalisations) en 1973.74.

Son objectif était d’inscrire l’université au cœur du développement économique, social et culturel des wilayate de l’est du pays ; notamment Constantine et Oum el Bouaghi. Une autre manière de réaliser concrètement, la réforme de l’enseignement supérieur que le regretté Seddik Benyahia venait de lancer, en fer de lance de la révolution culturelle. Un visionnaire s’il en fut.

L’action du CURER s’ordonnait à partir de projets effectivement inscrits à la nomenclature des deux wilayate et se développait sous la forme juridique de conventions précisant la nature de l’intervention du Centre.

 

La palette du CURER

 

Le CURER toucha à bon nombre de domaines, soit sous la forme d’études, soit sous celle de réalisation effective. Petite hydraulique à Djebel Ouahch, deux barrages collinaires à Sétif et Constantine, agriculture avec l’étude d’un d’élevage de 10.000 vaches à Djebel Ouahch; énergie solaire avec l’expérimentation de la maison solaire et d’un prototype de chauffage solaire ; programme de reboisement pour les wilayate de Constantine et d’Oum el Bouaghi, apiculture sur 21 unités apicoles, 21 variétés de miel et mise au point du catalogue des fleurs mellifères algériennes ; études d’aménagement du territoire ; architecture et urbanisme ; établissement de la carte d’amélioration des conditions de vie et de santé des populations de la région ; études de villages socialistes agricoles ; pour ne citer que ces quelques opérations parmi un plan de charge bien fourni.

Les acteurs de tous ces projets: des enseignants algériens soutenus par des coopérants de haute volée ( tel le Pr. Milliez pour la promotion de la santé), ainsi que les étudiants dont la formation se réalisait sur des bases académiques bien sûr, mais chevillée aux réalités concrètes du terrain. Le volontariat était la sève de toutes ces actions.

« La Recherche scientifique était liée à la formation et intégrée au développement » nous dira le Pr. Bererhi.

 

La fin du CURER

 

L’aventure du CURER prit fin avec la suppression de l’ONRS (Office National de la Recherche Scientifique) et son remplacement par un haut commissariat à la recherche scientifique.

Pourquoi ? Magouilles et bouches cousues.

L’Algérie socialiste, l’Algérie de Houari Boumediene, laissait place à l’Algérie des réformes économiques prônées par Chadli Bendjedid. Réformes qui allaient l’arrimer au marché mondial, au FMI et à ses plans d’ajustement structurel.

Mais quelle est donc cette malédiction qui fait, qu’à chaque fois que l’on change de fusil d’épaules, on efface tout et l’on recommence.

Comme si l’on repartait de zéro.

Heureusement que le cerveau des hommes est loin d’être aussi oublieux qu’on le suppose. Il se souviendra toujours qu’il est au centre du changement, et que seuls ceux qui veulent le changement miseront sur le cerveau et les synapses de ce pétrole durable qui passe les générations pour interpeller l’avenir d’une jeune nation. Le cerveau et ses visionnaires.

SMB.26.01.2013

 

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