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Les Algériens, du moins une partie d’entre eux, viennent de commémorer le centenaire de la naissance de l’écrivain Mouloud Mammeri, dont l’une des œuvres, L’Opium et le Bâton, a été immortalisée à l’écran par le cinéaste Ahmed Rachedi. On s’attendait à un sursaut destiné à donner un second souffle à une culture de plus en plus en déshérence. Malheureusement, rien n’a pointé à l’horizon. Et c’est le contraire qui aurait été surprenant.

La nature même du régime algérien empêche de rendre hommage comme il se doit à nos hommes de culture. La valeur de beaucoup d’entre eux est reconnue de l’autre côté de la Méditerranée. Certaines villes françaises ont des rues portant le nom de Matoub Lounès, qui doit être honoré doublement parce que grand poète est martyr du terrorisme islamiste. A Paris, il y a la rue Assia Djebar et un parc Mohamed Arkoun. Il y a même une place Mahmoud Darwich dans le 7e arrondissement de la capitale française, un hommage à la cause palestinienne qu’aucun pays arabe n’a voulu rendre.

Le pouvoir algérien a une  sainte horreur de la culture. Il sait que les intellectuels sont porteurs de contestations, qu’ils sont de grands défenseurs de la démocratie et des valeurs humaines. De ce fait, il empêche l’émergence d’élites qui peuvent s’attaquer à ses turpitudes et à sa médiocrité érigée en système de gestion. Et c’est ainsi qu’il cherche à effacer de la mémoire des Algériens des noms comme Kateb Yacine, Mohammed Dib, Malek Haddad, Mouloud Mammeri, pour ne parler que des morts, en ne leur attribuant pas des noms de rue. C’est tout juste s'il pense à certains d’entre eux pour une salle de cinéma.

De son vivant, l’auteur de Nedjma, traduit en plus de 60 langues, a même été exilé à Sidi Bel Abbès et il aurait peut-être connu la prison, n’était l’intervention de Mohamed Mazouzi, à l’époque ministre du Travail et des Affaires sociales, très respecté par les cercles du pouvoir pour son passé révolutionnaire.

Qui se souvient des peintres M’hamed Issiakhem et de Nasreddine Etienne Dinet ? Ils sont célèbres sur la scène internationale, mais la jeunesse de leur pays ignore totalement leur existence. Nous sommes devenus comme les Saoudiens. Ces derniers maintiennent le peuple loin de la culture et de la science. Eux au moins, à leur décharge, n’ont pas eu des hommes et des femmes mondialement connus comme les nôtres.

 

Il y a eu des signes qui ne trompent pas. Dès l’Indépendance, des rues portant les noms de Jugurtha ou de Saint Augustin ont été débaptisées dans certaines villes. Les Tunisiens, plus futés et plus cultivés, ont intégré ce dernier dans leur patrimoine. Aucun ministre de la Culture n’a osé prendre en charge ce problème et restituer au peuple algérien une partie de sa mémoire. Il est vrai que pour les islamistes et les baâthistes, l’Algérie n’existe que depuis l’arrivée de Okba Ibn Nafaa.

Tayeb Belghiche
 
Tag(s) : #Vie politique, #Vie Culturelle

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