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Au bout d’un peu plus de seize ans, cette chronique prend fin. Elle a traversé des périodes parmi les plus critiques de l’Histoire récente de l’Algérie. Si ces épreuves n’ont pas fait sombrer le pays, il n’en est pas sorti indemne. En fait, il n’en est pas encore sorti.
Cette crise permanente est le produit d’une confrontation jamais résolue entre, d’une part, la nécessité de transformer une indépendance difficilement arrachée en une entreprise de développement national et, d’autre part, les entraves opportunistes opposées au projet libérateur par les clans successifs acquis à la culture de la rapine. Le dépassement de cette... impasse… passe par la libération du pays des mains de ce système de clans, par l’anéantissement de ce système qui enchaîne la société et le citoyen, interdisant au pays toute évolution centrée sur d’autres finalités que la prédation clanique. Cette libération politique ne pourra donc être que de nature révolutionnaire.


C’est là la principale conclusion d’une réflexion qui a soutenu, durant toutes ces années, la production des chroniques publiées dans cet espace. Celles-ci n’auront été que des balises jalonnant une bonne période du cheminement erratique de l’Algérie indépendante. Des chroniques traduisant un regard marqué par la subjectivité, mais aussi la sincérité d’un engagement que rien ni personne n’a jamais pu faire douter, un regard portant clairement et résolument les convictions morales et politiques que je me suis progressivement forgées (c’est la première fois de sa carrière que le chroniqueur s’exprime à la première personne). Tout au long de cet effort, qui fut aussi une épreuve (épreuve de l’assiduité et de l’adversité), je n’ai pu, malgré les hostilités et l’agressivité, cultiver ni aigreur ni rancœur. La grandeur de la cause du développement national et de l’émancipation citoyenne a toujours surpassé les mesquines agressions mues par d’étroits intérêts. Et les témoignages de reconnaissance et les signes de communion de lecteurs ont largement compensé les agitations de concussionnaires.
Qu’importe s’il a fallu affronter la répression “douce” de “responsables” véreux qui, pour une chronique qui leur aurait donné une petite migraine, ont souvent actionné, d’abord la structure juridique de l’institution dont ils ont la charge, puis l’appareil judiciaire, plus souvent dans un esprit de représailles qui sied au régime en place que dans le but d’obtenir réparation d’un quelconque préjudice. Par un étrange effet du détournement autoritaire et privatif de l’État, ils disposent de la justice comme d’un instrument de protection contre l’étalage de leurs turpitudes.


Il fallait une citadelle de libre expression, en tout cas pour le chroniqueur que je fus, comme Liberté, pour que je puisse, plus de seize ans durant, exercer, comme je le voulais, avec autant d’aisance ma réflexion sur les actes de notre pouvoir et des puissants notables du système, sur les tares de notre société et de ses supposées élites et sur les compromissions individuelles et collectives qui hypothèquent encore le progrès national. Dans une situation générale qui a contraint notre presse à régresser vers la facilité, la désinvolture, la suffisance sclérosante et l’autocensure désarmante, j’ai eu droit à l’entière liberté de choisir mes thèmes, mon approche, mon langage, une liberté juste limitée par une conception de la déontologie puisée autant dans l’expérience des aînés que dans des valeurs morales acquises au plus profond de mon enracinement social.
Aux lecteurs qui viendraient à regretter la fin de ce dialogue, je donne rendez-vous pour une autre forme d’échange, peut-être, sur un autre support probablement. Au revoir !

M. H.

Tag(s) : #Chroniques du jour

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