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Réseau des Démocrates

Espace de rencontres et d'échanges d'expériences en vue de construire des alternatives démocratiques et sociales.

Réseau des Démocrates

Le courage et la soumission

 

 

le 05.04.17 | 12h00 Réagissez

S’il y a quelqu’un qu’il faut écouter attentivement, c’est bien Issad Rebrab qui n’arrête pas d’expliquer avec des mots simples et surtout très concrets ce que signifie l’acte d’investir en Algérie. Ce qu’il dit est extrait de son vécu et de son expérience qui a commencé en Algérie au début des années 1990 pour s’élargir ces dernières années à l’international, où il construit des usines, achète des entreprises et des terres pour bâtir ou pour les (faire) fructifier. Il l’a fait au Brésil, en France, en Italie, en Ethiopie, et dans d’autres pays, prolongeant l’action qu’il mène en Algérie où il est déjà grand créateur de richesse et d’emplois.

C’est le premier contribuable du fisc après Sonatrach et un lourd pourvoyeur potentiel de devises pour la Banque d’Algérie, laquelle en a cruellement besoin depuis que la manne des hydrocarbures s’est tarie. Issad Rebrab nous apprend qu'il projette de destiner 90% de la production de ses usines à l’exportation en 2020, mais que nombre de ses projets et réalisations n’arrêtent pas de subir déboire sur déboire dans son pays sur instigations d’autorités nationales ou locales. Des tracasseries de toutes sortes n’arrêtent pas de freiner les activités de ses bateaux au port stratégique de Béjaïa. Ce qui se passe relève de la démence. Voilà un investisseur qui crée de grandes richesses, et pas n’importe lesquelles, avec ses propres moyens, ne sollicitant aucunement les devises de la Banque d’Algérie. Pour cela, on aurait dû lui dérouler le tapis rouge, ce qu’ont fait les Brésiliens qui lui ont accordé trois sites pour réaliser de grands ports, ainsi que 1000 hectares de terres au… dollar symbolique. Idem des Italiens. Il faut dire que la pratique est bien rodée chez nous et cela depuis belle lurette : les autorisations, c'est-à-dire des signatures en bas de papier — ce pouvoir magique de la griffe officielle —, sont refusées ou accordées en fonction du comportement ou des idées politiques.

En sont privés, pas seulement les investisseurs, ceux qui déplaisent aux autorités ou ceux qui, un moment ou un autre, n’ont pas voulu jouer le jeu du pouvoir. Issad Rebrab a été de ces gens-là, il a eu le courage de le dire publiquement. Il aurait pu se taire à l’image de tellement d’autres, faire son beurre à l’ombre du régime, acheter des voix, des silences et des signatures et verser tout son argent dans des comptes offshore. Il ne l’a pas fait, préférant une démarche saine et patriotique. Et s’il a résisté jusque-là et qu'il continue de se battre et de parler, c’est grâce à sa loyauté vis-à-vis du fisc, son courage, son aura au sein de la société et à son crédit international. Des atouts cumulés que ne disposent pas les autres investisseurs qui subissent les mêmes déboires et qui les vivent malheureusement dans le silence. Car, il faut le dire, ils sont bien nombreux ces Algériens qui ont eu le courage de tenter de faire fructifier leur argent dans leur pays au lieu de le mettre dans des niches spéculatives ou de le placer dans les places financières européennes ou des paradis fiscaux. Ces gens-là, (à) un moment ou un autre, se sont trouvés en face de cette réalité amère : pour pouvoir travailler, il fallait montrer patte blanche devant les autorités. L’épisode du Forum des chefs d’entreprise (FCE) contraint de soutenir et de financer un mandat présidentiel puis de s’aligner sur les vues des autorités est bien significatif. Mais il y a le reste qui se traite dans l’ombre, surgissant par moments, au niveau de l’actualité, telle cette affaire, vite étouffée, de l’octroi d’autorisation de montage de véhicules.

Ali Bahmane

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