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Avec la victoire du « oui » au référendum, la Turquie a pris le chemin de la régression politique, de l’autoritarisme personnel et de l’instabilité.
Pour que cette réorientation historique devienne possible, il a fallu que les islamistes de l’AKP prennent le pouvoir. Ce qui fut fait au cours d’un lent processus hégémonique qui a commencé en 2002 avec la victoire de cette formation crée l’année précédente par Erdogan.
En reprenant à son compte la candidature de la Turquie à l’Union Européenne, et en obtenant le début d’ouverture des négociations (en octobre 2005) pour l’entrée dans l’ Europe, aux prix de véritables réformes, Erdogan s’est assuré la bienveillance des régimes occidentaux pour son parti « démocrate-musulman ».
Après tout, leur démocratie européenne s’accommode bien de formations « démocrates-chrétiennes », souvent majoritaires. Et il s’est surtout assuré leur soutien antimilitariste dans son bras de fer avec l’armée, garante de la laïcité constitutionnelle de l’Etat.
Quand il a bien compris que la nature totalitaire du projet islamiste qu’il compter démocratiquement imposer à la Turquie rendait vaine cette négociation d’intégration- à moins qu’il n’en voyait, dès le début, que l’utilité tactique- Erdogan a pu clairement afficher sa conception du pouvoir : un pouvoir total qu’il compte s’arroger en tordant le cou, autant qu’il le faudra, au principe démocratique que son discours ne de cesse pourtant de reproduire. Prenant le contrepied de l’argument démocratique, il cultive désormais une espèce de nationalisme islamiste qui renvoie la démocratie et la laïcité à leur élaboration occidentale et, donc, à une nécessaire hostilité à la civilisation islamique orientale. Il mobilise ainsi sur la base d’un double fanatisme : un nationalisme exacerbé  inspiré du passé  impérial ottoman et un islamisme hégémoniste patiemment instillé par le mouvement des frères musulmans.
Le verrou de l’armée supprimé, ce fut au tour du parlement de… voter  sa dépossession de ses prérogatives législatives.
Aujourd’hui, et avant même que la nouvelle Constitution n’entre en vigueur, dans deux ans, la Turquie est une dictature religieuse dont les contours sont puisés dans l'idéologie expansionniste et violente des Frères musulmans. La corruption y est endémique. La liberté d’expression y est réprimée. La nouvelle Constitution octroie au président le pouvoir de légiférer et la prérogative de contrôle sur la hiérarchie judiciaire.
De « la Turquie dans l’Europe » devant signifier la négation de la fatalité du choc des civilisations, on passe à une stratégie de propagande fondée sur   l’idée de choc des civilisations ! En interne, la Turquie ne manquera pas de sombrer, à une vitesse encore inconnue, dans l’instabilité politique. L’idéal démocratique et la conviction laïque restent, en effet, fortement ancrés dans la conscience politique des Turcs. Il a d’ailleurs fallu une forte dose de manipulations et de fraudes électorale pour que le pouvoir turc parvienne à une victoire référendaire étriquée.
L’unique expérience démocratique, à durée relative, a vécu. Ce qui repose, avec encore avec plus d’acuité, la question du rapport de l’islam a la démocratie.

M. H

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