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Lakhdar Bentorki. Directeur général de l’Office national de la culture et de l’information

 

 

le 17.03.17 | 12h00 Réagissez

L’ONCI ne veut pas avoir le monopole sur les salles de cinéma

 
 
 

A partir de ce vendredi 17 mars, l’Office national de la culture et de l’information (ONCI) entame la projection de films. Le coup d’envoi se fera à la salle El Mougar, à Alger. L’ONCI est désormais chargé d’acquérir du matériel DCP, de distribuer les films de récente production et de gérer des salles de cinéma au niveau national. Il est également autorisé à gérer la salle Ahmed Bey de Constantine. L’ONCI, qui est un établissement public à caractère industriel et commercial, EPIC, entend en finir avec la gratuité des spectacles. Dans cette interview, Lakhdar Bentorki, directeur de l’ONCI, explique les projets de l’office et revient sur certaines polémiques.

- L’ONCI est désormais chargé de gérer la salle Ahmed Bey de Constantine. Comment allez-vous procéder pour une infrastructure aussi grande ?

La salle Ahmed Bey a été construite par les fonds de l’Etat et gérée par un établissement étatique. Elle n’a pas été confiée à un privé. Et elle n’a pas été vendue à l’ONCI. La salle est une propriété du ministère de la Culture. Par décision du gouvernement, elle sera gérée par l’ONCI. On ne peut charger une association sans moyens de s’occuper de ce genre d’espace.

A ce jour, nous déplaçons les moyens humains et techniques d’Alger pour faire fonctionner cette salle polyvalente. Nous n’avons pas encore trouvé tous les moyens à Constantine. Ahmed Bey a besoin d’un programme, ce n’est pas une salle des fêtes. Nous avons demandé le soutien du ministère et de la wilaya pour pouvoir la gérer au moins pendant trois ans. Les gens ont été habitués aux spectacles gratuits. La salle Ahmed Bey doit aujourd’hui générer des ressources.

- Allez-vous instaurer la billetterie ?

Oui, la salle doit être rentable. Nous allons ouvrir quatre ateliers de formation sur place pour les instruments de musique (piano, guitare, violon et batterie). Nous allons ouvrir la salle de danse pour la formation par catégorie (enfants, filles, adolescents...). Nous voulons également ouvrir un espace pour l’aérobic destiné aux femmes. Toutes les formations sont payantes. Nous allons également ouvrir le restaurant et la cafétéria. Nous sommes en négociations avec l’hôtel Mariott pour la prise en charge du restaurant. Nous ne faisons pas du bricolage. C’est une salle qui exige le respect de certaines normes.

- Qu’en est-il des deux petites salles de 150 et de 350 places ?

Nous voulons en faire des salles de cinéma. Les écrans et le système sonore ne sont pas encore installés. Nos services techniques sont en train de préparer la mise niveau de ces deux espaces. Une fois le travail fini, nous allons ajouter les deux salles à notre programmation cinématographique. La grande salle, qui est polyvalente, sera consacrée aux spectacles.

Le problème de la salle Ahmed Bey est qu’elle est située loin de la ville. Il faut donc assurer le transport, notamment pour les étudiants. Constantine est une ville universitaire avec un grand nombre de cités. On peut y créer de nouvelles traditions. Nous ne pouvons pas organiser de grands spectacles tous les jours. Cela nécessite beaucoup de moyens en assurant la présence du public.

- Le public manque souvent à l’appel. Comment allez-vous assurer une programmation qui peut attirer les spectateurs en nombre ?

Nous pensons à organiser deux grands spectacles par semaine. Un spectacle pour les jeunes, un autre pour les familles. Nous avons déjà une programmation pour enfants. Nous sommes arrivés jusqu’à enregistrer la présence de plus de 1000 spectateurs pour ce genre de spectacles. Cela dit, il impératif de créer un environnent culturel autour de la salle pour attirer le public.

Pour y arriver, il faut un peu de temps. Cela ne peut pas être réalisé en cinq mois. La salle est rattachée directement à l’ONCI. Nous allons mettre tous les moyens avec l’aide du ministère de la Culture et de la wilaya pour que après trois ans, la salle n’aura plus besoin de soutien pour pouvoir fonctionner.

- A la fin de la manifestation «Constatine, capitale de la culture 2015», le ministre de la Culture, Azzeddine Mihoubi, a annoncé que la salle Ahmed Bey aura son propre statut en tant qu’établissement. L’idée semble avoir été abandonnée...

Le ministre avait un certaine idée sur la gestion de la salle qui ressemble au système de Zenith avec plusieurs salles à Annaba, Oran, Alger et d’autres villes. Des salles gérées par la même direction. Mais la situation financière du pays a fait que le projet soit abandonné.

Aujourd’hui, les établissements qui relèvent du ministère de la Culture vont être fusionnés : l’AARC avec l’Office Riad El Feth et l’ONCI avec le Village des artistes(OVA). De plus, l’Opéra d’Alger est un établissement nouveau, le fruit d’une fusion entre le Ballet national, l’Orchestre symphonique national et l’Orchestre andalous. Ces fusions ont été imposées par la situation financière du pays. Donc, il est impossible de créer un statut pour chaque salle.

- Revenons à la rentabilité, allez-vous instaurer un système d’exploitation commerciale à Ahmed Bey ?

Oui. La gratuité c’est fini ! Tous ceux qui demandent l’utilisation de la salle vont devoir payer les prestations. C’est ce qui a été entendu avec toutes les parties. La gestion de la salle est coûteuse. Rien que pour l’assurance, il faut payer annuellement 43 millions de dinars. Les grandes salles sont rentables par ailleurs dans le monde.

Nous ne sommes pas contre la gratuité, mais pour nous cette gratuité touche à la crédibilité de la culture elle-même. Un artiste qui, sur scène, voit le public entrer et sortir en toute liberté, perd de sa valeur. Nous avons beaucoup d’espaces qu’on peut exploiter à la salle Ahmed Bey. Nous attendons que la clôture soit achevée. Après, nous allons organiser le maximum d’activités pour atteindre la rentabilité.

- Combien a coûté la construction de la salle ?

Je n’ai pas le chiffre, il faut demander ces informations à la wilaya de Constantine.

- Et quels sont les coûts de gestion sur une année ?

Pendant la manifestation «Constantine, capitale de la culture arabe 2015», nous avons versé entre 110 et 120 millions de dinars pendant une année pour le paiement de la consommation de l’électricité, du gaz, de l’eau ainsi que le nettoyage et le gardiennage. Pour le moment, nous avons une trentaine de salariés au niveau de la salle. Mais il faut mettre en place trois équipes pour les besoins de la sécurité des lieux. Nous allons également installer des caméras et moyens de surveillance pour réduire des charges du personnel.

- Est-ce que la salle est équipée de tous les moyens techniques, son et lumière ?

Pas de tous les moyens. J’ai déjà évoqué les deux petites salles qui doivent être équipées pour le système DCP. Pour la grande salle, l’équipement son et lumière est installé. Cependant, tout dépend des spectacles. Par exemple, pour la cérémonie d’ouverture de la manifestation «Constantine, capitale de la culture arabe», nous avons déplacé plus de deux tonnes de matériel d’Alger.

- Il a été dit que pour l’achat des équipements, il y a eu des petits arrangements entre amis. Vrai ou faux ?

Nous ne sommes pas au courant. Nous avons pris la salle Ahmed Bey avec ses équipements. Nous n’avons fait ni de travaux ni installé du matériel nouveau. Nous n’avons pas fait le marché d’achat du matériel. Nous gérons avec ce que nous avons trouvé. Maintenant, s’il y a des manquements, nous allons trouver des solutions.

- L’équipe du Dimajazz vous a accusé de lui avoir refusé la salle Ahmed Bey lors de la dernière édition en 2016. Le Dimjazz draine chaque année des foules de spectateurs. Que s’est-il passé ?

En 2015, les responsables du Dimajazz nous ont effectivement demandé d’avoir la salle Ahmed Bey. Nous leur avons demandé de payer. Ils voulaient avoir la salle gratuitement. Si nous cédons la salle gratuitement, qui va payer les charges de la salle. Ils nous ont demandé un devis. Nous avons élaboré un devis pour les aspects techniques, location et personnel. Le personnel de la salle est payé par l’ONCI. Pour organiser un festival, il faut avoir les moyens, les sponsors, le budget du ministère de la Culture. Cet argent sert notamment à payer la location d’une salle. Ils n’ont pas accepté notre devis.

- Il était de combien ?

40 millions de dinars pour dix jours couvrant toutes les prestations. C’est-à-dire quatre millions de dinars par jour en TTC. Ils ont demandé la gratuité de la salle parce qu’ils ont pris l’habitude de l’avoir sans payer un sou. Nous avons eu le même problème au Théâtre de verdure d’Oran. Dès que nous avons instauré la billetterie, le public a commencé à nous jeter des pierres.

Nous avons eu des difficultés pendant quinze jours. Le wali d’Oran nous a soutenus. Après les choses sont entrées dans l’ordre, les familles venaient nombreuses, payaient leurs places et entraient. Il n’y avait plus de va-et-vient, cela a rassuré les familles et les femmes qui venaient seules. Il faut instaurer des habitudes.

- Revenons au Dimajazz...

Oui, nous avons demandé aux organisateurs un chèque de garantie. Le chèque qui nous a été donné était sans provision. Nous n’avons rien dit. Pour l’édition 2016, l’équipe du Dimajazz a demandé également à avoir la salle gratuitement, nous avons refusé. Zouheir Bouzid, le commissaire du festival, est venu me voir. Il m’a proposé de travailler ensemble et de partager les bénéfices. J’ai accepté en lui proposant de l’aider, à condition de payer le passif.

Un passif de 10 millions de dinars. Il m’a dit qu’il n’a pas d’argent, je lui ai répondu que j’allais attendre. Au moment du festival, je lui ai demandé de payer l’ONCI. Il m’a dit qu’il avait fait des recettes de 3 ou de 4 milliards de centimes. Je lui ai alors répondu qu’il pouvait bien nous payer avec ces recettes. Il m’a rien dit. Je lui ai envoyé deux lettres avec une mise en demeure qu’il n’a pas voulu réceptionner. J’ai alors envoyé la lettre par huissier de justice. Même chose : refus de réceptionner la missive. Je ne voulais pas toucher l’association qui organise le festival.

Il nous a remis un chèque certifié avec 50% de la somme, c’est-à-dire cinq millions de dinars. Nous n’avons pas reçu le reste de la somme à ce jour. Pour l’édition de 2016, nous avons accepté la convention de partage de bénéfices à 50% pour ne pas bloquer le festival. A la fin de la manifestation, la recette était de 3 millions de dinars. Recette partagée. Il n’y a rien d’autre entre nous et Dimajazz. Il y a un problème de gestion.

- Le wali de Constantine est intervenu dans le litige...

Le wali voulait que le festival, qui est une activité culturelle, se tienne. Il ne voulait pas qu’il s’arrête, ce qui est logique. Cependant, les responsables du Dimajazz parlaient au nom du wali et de tous les responsables. Je leur ai dit ceci : «Quand vous partez à Air Algérie pour assurer le transport des artistes, est-ce que vous leur dites que vous ne payez pas parce que la compagnie sponsorise l’événement ?» Comment les responsables de Dimajazz payent-ils l’hôtel, le restaurant et Air Algérie et refusent de payer l’ONCI  ? Ce n’est pas normal. Les gens sont habitués à certaines pratiques. Il faut encore du temps pour que les gens enlèvent de leur tête la gratuité des prestations.

- Les responsables du Dimajazz ont estimé que 40 millions étaient une somme excessive...

C’est vrai, ils ont dit que c’était excessif, mais ils ne sont pas venus négocier avec nous. Nous étions prêts à leur accorder 50% de baisse, mais ils ne voulaient pas travailler avec nous. Comment les responsables du Dimajazz travaillaient-ils durant les précédentes éditions ? S’il n’y avait pas la salle Ahmed Bey, nous n’aurions aucun rapport avec Dimajazz. Ils nous ont rien demandé avant l’édition de 2015. Sincèrement, je n’ai pas envie de me mêler de leur gestion. Nous n’avons pas été sévères avec eux. Nous avons juste demandé à être payés pour la location de la salle, c’est tout.

- Le Dimajazz 2017 aura-t-il lieu à la salle Ahmed Bey ?

Nous n’avons pas de problème personnel avec les responsables du Dimajazz. Nous travaillons avec tout le monde. Il n’y a ni amour ni haine. Qu’on nous aime, qu’on nous déteste ou qu’on insulte, nous louons la salle contre paiement. Plus de gratuit !

- Revenons aux salles de cinéma. Est-ce que l’ONCI a toute les qualifications et l’ingénierie requise pour gérer ces salles  ? Et quel est le nombre de salles qui seront sous votre responsabilité ?

Nous n’avons pas encore le nombre exact. Nous allons commencer par l’ouverture de cinq à six salles à Oran, Tipasa, Alger, Boumerdès et Constantine. Nous allons récupérer une salle à Saïda que nous allons équiper. A Kheratta, Béjaïia, Tipasa, Mascara et Aïn Témouchent, il y a des salles qui sont déjà équipées en DCP. Mais le problème est qu’il y a toujours des choses qui manquent dans l’équipement. Sans les moyens techniques, on ne peut pas ouvrir une salle de cinéma. Nos équipes techniques vont se déplacer à l’intérieur du pays pour compléter ce qui manque dans les salles. Une fois prêtes, les salles seront ouvertes au public.

Nous avons arrêté la liste des films que nous allons acheter et mettre dans notre circuit de distribution durant l’année 2017. Des négociations sont menées en ce sens. Les salles seront en exploitation durant ce mois de mars. Nous avons achevé les travaux de modernisation de la salle El Mougar à Alger. Les deux systèmes fonctionnent à la salle El Mougar (Dolby et DCP). Toutes les salles doivent être aux normes techniques requises.

- Est-ce que les salles d’Oran sont-elles prêtes ?

Selon l’APC d’Oran, les salles sont prêtes. Notre équipe technique va préciser ce qui manque. Certains s’interrogent sur nos capacités à gérer les salles de cinéma. L’ONCI gère ses deux salles d’Alger depuis plus de dix ans. Nous avons parmi nous des gens qui ont passé toute leur vie dans le domaine du cinéma.

En ce qui me concerne, j’ai toujours travaillé dans le secteur de la culture. Je n’ai pas travaillé ailleurs. Nous allons gérer directement les salles mises sous notre tutelle. En matière de distribution, nous sommes prêts à travailler en partenariat avec les APC ou les particuliers qui possèdent des salles de cinéma. Les films qui passent chez nous peuvent également être projetés chez eux. L’ONCI ne veut pas avoir le monopole sur les salles de cinéma.

Au contraire. Ce qui nous intéresse, c’est que les salles rouvrent leurs portes et que la distribution des films se passe à tous les niveaux. Nous pouvons travailler avec des privés dans la distribution sur base de contrats. Le statut de l’ONCI lui permet de faire dans la production et la distribution des films. L’ ONCI peut même créer une filiale ou établir des partenariats pour l’importation des équipements.

- Vous envisagez de distribuer combien de films dans un premier temps ?

Nous voulons arriver à une vingtaine de films produits en 2017 en Amérique du Nord et en Europe. Nous n’avons pas encore ouvert le dossier du cinéma arabe. Les responsables du service programmation de l’ONCI se déplaceront dans les pays arabes pour sélectionner des films. Nous voulons élargir notre spectre à l’Asie et à l’Amérique du Sud et ramener des films de ces régions du monde où il y a des productions de qualité. Le monde du cinéma a beaucoup évolué. Il n’est plus localisé à Hollywood, Venise ou Cannes.

- Comment seront organisées les projections dans les salles ?

Nous allons adopter ce qui existe déjà dans le monde, c’est-à-dire au moins trois séances par jour. Je me rappelle que par le passé, les salles de cinéma chez nous consacraient quatre séances par jour : 14h, 16h, 18h30 et 20h30. Pour convaincre le public de retourner dans les salles, il faut programmer des films nouveaux. C’est ce que nous allons faire.

Le film algérien en sortira gagnant, puisque le public sera déjà réconcilié avec les salles. Certains pensent qu’il ne faut pas voir de films algériens. Ils sont tranchants ! Il nous faut au moins une année pour réussir le retour des spectateurs du cinéma. Mais il faut avoir tous les moyens technologiques et logistiques pour que les projections à Alger soient les mêmes que celles des capitales européennes.

- Est-ce que toutes les salles seront dotées en DCP ?

Il y a une commande en cours de dix appareils DCP. Cinq sont déjà DCP disponibles. Nous cherchons à l’étranger pour acheter du matériel à des prix raisonnables. Ceux qui proposent le matériel en Algérie font leurs calculs à partir du taux de la devise au marché noir ! Par exemple, la machine de distribution des billets électroniques coûte au maximum 4000 euros en Europe. Chez nous, elle est cédée à 170 millions de centimes (presque 15 000 euros au taux officiel).

C’est un problème. Nous cherchons des solutions légales pour pouvoir aller directement aux producteurs faire des achat avec un appui de l’Etat. Mais il faut former le personnel pour cela en prenant en compte la nécessité d’assurer la maintenance des machines. Il ne s’agit donc pas d’acheter uniquement. Nous devons avoir des équipes pour cela, parce qu’il est hors de question d’acheter des machines et les laisser de côté une fois tombées en panne. Nous n’avons pas encore ce type de formation en Algérie. Nous pensons à former des jeunes diplômés de l’Institut d’Ouled Fayet.

Tous les élèves d’Ouled Fayet passent leurs stages pratiques à l’ONCI. Nous en avons recruté une quarantaine. Nous allons distribuer ces techniciens sur les salles. De plus, nous allons créer une cellule spécialisée en DCP à l’ONCI pour la gestion et la maintenance à travers toutes les salles. C’est une manière d’acquérir de l’expérience. Les salles doivent être dotées de personnels d’entretien pour qu’ils gardent le même niveau de qualité. Nous ne voulons pas de salles des fêtes !

- L’ONCI va-t-il se lancer dans la production de films ?

Si nous arrivons à réunir toutes les conditions requises et les moyens adéquats, pourquoi pas ! Il n’est pas interdit de produire des films. Nous sommes un EPIC, nous pouvons aller vers le marché quand on veut.

- En juillet 2017 aura lieu la dixième édition du Festival d’Oran du film arabe (FOFA) dans les salles qui pourraient dépendre de l’ONCI. Comment allez- vous vous adapter à la situation ?

Les walis d’Oran et de Mostaganem soutiennent fortement la culture (l’ONCI a travaillé avec ces deux walis lors du 9e Festival du théâtre arabe en janvier 2017, ndlr). Nous ne savons pas encore si les salles d’Oran seront mises à la disposition de l’ONCI pour leur gestion ou si elles resteront sous la tutelle de l’APC, l’ONCI n’assurant, à ce moment-là, que la programmation. Cette question n’est pas encore tranchée. Nous devons être fixés, car si nous gérons les salles, nous devons trouver le personnel et le staff technique. Nos équipes vont visiter les salles à Aïn Témouchent, Mascara, Boumerdès, Saïda, Tizi Ouzou, Béjaïa...Elles poursuivront leurs tournées vers l’est du pays, Annaba et Batna.

- L’ONCI gère les festivals de Djemila et de Timgad. Est-ce que la politique de rationalisation des dépenses publiques va-t-elle influer sur le contenu de ces manifestations musicales ?

Djemila et Timgad sont des festivals internationaux. Si nous n’assurons pas une programmation de qualité, autant ne pas les organiser. Ces festivals doivent être de dimension internationale. Timgad est, pour moi, une référence culturelle historique. En 1997, ce festival a cassé la peur qui régnait dans le pays.

Les gens se déplaçaient de plusieurs wilayas pour assister à des spectacles de musique. Autre chose : l’austérité ne doit pas s’appliquer uniquement à la culture. L’austérité signifie : ne pas gaspiller l’eau, l’électricité, le pain...Pour moi, la culture aide à éduquer la société. Et l’austérité doit être érigée en tradition pour ne pas dilapider nos ressources. Il faut adapter les positions médianes, tel que préconisé par l’islam.

- Est-ce que vous allez garder la même période et la même programmation pour les Festivals de Djemila et de Timgad l’été prochain ?

Il est possible qu’on réduise la durée si nous sommes contraints de le faire. Mais le festival ne se déroulera pas en deux jours ! Il y a un public qui se déplace de plusieurs régions, un public nombreux. Les spectacles que nous programmons à Timgad et Djemila sont également distribués à Alger, Oran, Tipasa et d’autres wilayas. C’est une manière de créer de l’activité culturelle dans plusieurs endroits. Cette année, nous aurons une période estivale longue. Il faut donc assurer des activités artistiques durant plus de trois mois.

L’immobilisme est interdit  ! Les entreprises nationales publiques et privées doivent participer à ces efforts. Autant que les collectivités locales pour créer des actions culturelles. Nous devons lier la culture au tourisme. La culture est elle-même une forme de tourisme (...) Pour vendre une boîte de concentré de tomates, il faut lancer une publicité avec un fonds culturel, de la musique, un jeu de comédiens... Rien ne peut bouger sans culture.

- A Timgad, les gens se sont plaints, ont dit que le festival est organisé par l’ONCI sans solliciter les compétences et les artistes locaux. Qu’en dites-vous ?

La wilaya de Batna et toutes autorités locales sont impliquées à 100% dans l’organisation du Festival de Timgad. Les artistes locaux veulent participer au Festival de Timgad. Nous avons toujours dit que le festival était international, d’une durée de 7 à 8 jours. Si nous programmons tous les artistes de la région, le festival ne sera plus international.

Nous avons fait une proposition aux responsables des associations locales en leur disant : laissez- nous terminer le Festival international, après on mettra à votre disposition nos moyens techniques pour organiser un festival local ou régional. Ils ont refusé. Le théâtre de plein air de Timigad reste fermé à longueur d’année, n’ouvre que pour le festival en été. Pourquoi ne font-ils rien pour l’exploiter  ? Qu’est-ce qui les empêche d’organiser des activités artistiques  ?

Non, ils veulent qu’on leur assure tout pour qu’ils viennent participer ! Un festival fait fonctionner l’économie locale. Durant le festival de Timgad, tous les hôtels affichent complet, alors que les restaurants, les cafés, les taxis, les commerces tournent à plein régime. Tout le monde travaille. C’est ce que la culture offre. La culture doit être entretenue comme un arbre pour qu’elle donne des fruits.

- Qu’en est-il de la future collaboration avec l’Institut arabe du théâtre ?

Après le festival du théâtre arabe d’Oran et de Mostaganem, nous nous sommes mis d’accord avec l’Institut pour maintenir notre collaboration durant 2017, notamment en matière de formation. Après l’ouest du pays, des ateliers sont prévus dans l’est et dans le sud du pays. A Mostaganem, nous avons constaté un certain engouement pour les ateliers de formation. L’Institut arabe du théâtre a salué la réussite du festival organisé en Algérie en parlant de «grande qualité». Ce n’est pas rien ! 
 

Fayçal Métaoui
 
Tag(s) : #Vie Culturelle

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