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Réseau des Démocrates

Espace de rencontres et d'échanges d'expériences en vue de construire des alternatives démocratiques et sociales.

Réseau des Démocrates

 De l’Histoire, et des tumultes de l’imposture... 

Par Kamel Bouchama, auteur 
 

«L’histoire, c’est le compte rendu raisonné d’une enquête scientifique dans le passé humain à jamais refermé sur lui-même, sous le regard amusé d’une fée retorse, nommée Vérité.»
(Pr Pierre Bonnechere)


Ferial Furon, arrière-petite-fille du bachagha Bengana, écrit un livre sur son arrière-grand-père qu’elle intitule : Si Bouaziz Bengana, dernier roi des Ziban. Elle le fait paraître en France aux Riveneuves Editions et le présente pour la première fois le 14 janvier 2017, en marge de l’exposition «Biskra, sortilèges d’une oasis 1844-2014», à l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris.
Elle a écrit ce livre «pour rendre hommage à son aïeul, dernier représentant d’une dynastie des Ziban». Elle l’a écrit pour faire connaître celui qui avait le prestige et l’autorité dans cette région — selon ses affirmations —, en assurant celles et ceux qui veulent bien la lire : «Je révèle dans ce livre des pans de l’histoire algérienne complètement occultés. Je traite le contexte de la conquête française de l’Algérie et notamment de la période 1830-1839 durant laquelle la famille Bengana était obligée, parce que c’était une question de lutte de pouvoir dans le Sud, de reconnaître la souveraineté de la France...»
Cette parution a soulevé un tollé inimaginable, tant le personnage célébré dans cet écrit a été, de tout temps, contesté, voire abominé par les enfants de son pays, plus particulièrement par les populations des régions du Sud où il exerçait sur elles, avec sa famille, sa pleine autorité. De ces toutes nouvelles réactions et d’autres anciennes déclarations, voyons quelques-unes nous provenant de différents horizons, celles qui nous paraissent les plus significatives, afin de voir la suite au travers d’une réflexion critique que nous souhaitons sincère, lucide et intelligente.
Le Dr Bachir Fayed de l’Université de Sétif, raconte cette sanglante bataille de «Selsou» du 24 mai 1840, et considère que Bengana, l’aïeul de l’auteure Ferial Furon, a provoqué les représentants de l’Emir Abdelkader dans le sud constantinois et est entré en guerre avec eux dans plusieurs batailles. Ainsi donc, Bouaziz Bengana, celui qui a usurpé le nom de «Cheikh el Arab», accompagné de son fils Mohamed et de son neveu Si Ahmed Belhadj, de même que soutenu par une grande force militaire, a confronté le khalifa de l’Emir Abdelkader, Al Hassan Ben Azouz. 
Cette bataille s’est terminée par la victoire de Bengana, qui a coupé neuf cents oreilles des dépouilles mortelles des combattants et qu’il a remises, en plus de trois emblèmes du khalifa battu, au commandant des forces françaises à Constantine en guise de symbole de soumission et d’allégeance.
Les documents existent et il serait difficile à celle qui a voulu réhabiliter son aïeul et le replacer dans le contexte des illustres personnages de notre pays de présenter la moindre preuve de sa fidélité aux Algériens et de son soutien à leur combat contre la France colonisatrice. 
Par contre, la lecture des archives coloniales n’est pas élogieuse à son égard. Voyons ces écrits, ceux de la famille Bengana, pour être édifiés une fois pour toutes sur leur zèle à l’égard de la France coloniale — et n’allons pas plus loin dans les substantifs d’allégeance —, car le fragment d’une lettre «historique» que nous citons présentement en dit long sur le comportement de cette famille. Voyons un des passages : «Nous allons essayer de retracer les faits et gestes de notre famille depuis l’époque de la conquête jusqu’à nos jours, afin de faire connaître aux membres intelligents du gouvernement français quelle a été notre ligne de conduite. 
Le gouvernement français qui a le droit d’être fier s’était emparé du territoire de la province de Constantine dans le courant de l’année 1837 de l’ère chrétienne. Un an après, notre famille, ayant à sa tête Si Bou-Aziz Ben-Gana, venait offrir ses services aux Français. Parmi ceux qui accompagnaient Si Bou-Aziz, je citerai son frère [...], ses enfants [...], ses neveux [...]. Enfin, parmi les membres de la famille Ben-Gana, il n’y eut absolument que ceux à qui il fut impossible de faire ce voyage qui s’en dispensèrent. Le but de cette démarche était de reconnaître et d’acclamer le gouvernement français, dont ils avaient pu déjà apprécier la conduite sage et équitable...»
Ainsi, devant le général Galbois, alors commandant supérieur des provinces de Constantine, représentant du pouvoir français, «ils s’engagèrent de la manière la plus solennelle à ne jamais trahir la France, ni ouvertement ni en secret», et d’ajouter : «De la servir avec zèle.»(1)
Que l’on prenne également connaissance de la conclusion de cette autre fameuse lettre envoyée par Bouaziz Bengana, après la victoire de «Selsou», au général Baron de Galbois. «Nous devons cette victoire à votre bonne étoile et à la protection de Dieu. Nous sommes vos enfants et nous vous servirons jusqu'à la fin avec une entière fidélité. Salut.» Signé Sy Bou Aziz-Ben-Gana, Cheikh-el-Arab.(2)
En effet, ces oreilles de résistants algériens, qui ont été remises au commandant des forces françaises à Constantine en guise de symbole de soumission et d’allégeance, ont été bel et bien coupées et notre historien Ali Farid Belkadi(3) l’écrit avec affirmation, après avoir entrepris tant de recherches et d’études. 
«Le bachagha Bengana, soutient-il, coupait les oreilles des résistants algériens auxquels il tendait des embuscades avec ses goumiers. Puis, il les entassait dans des couffins qu’il remettait ensuite aux officiels français, contre espèces sonnantes et trébuchantes. Bengana envoya au général Négrier le sceau, les oreilles et la barbe du chef de guerre Farhat Bensaïd, qui fut attiré dans un guet-apens.» Également, le même historien écrit : «Le bachagha Bengana, qui agissait avec les membres de sa famille, avait appuyé les troupes du général Emile Herbillon pour écraser l’insurrection de Zaâtcha (novembre 1849) menée par Cheikh Bouziane. La tête de Bouziane aurait été coupée par un des membres de la famille Bengana.» Et encore des écrits accablants contre celui qui se présentait comme le seigneur du Sud algérien et qui, aujourd’hui, ironie du sort, est sublimé par une jeune descendante en manque d’inspiration. En voici un autre écrit venant de l’historien français Camille Rousset qui dit la vérité sur la personne de Bengana, en rapportant la lettre du général Valée à son ministre de la Guerre. «Pour la première fois depuis dix ans, un chef institué par nous marche seul contre les troupes d’Abdelkader et obtient sur elles un succès constaté. Désormais le petit désert nous appartient. Bengana, soutenu par nos troupes qui vont se rapprocher des Portes de fer, soumettra toutes les tribus du Djerid et appuiera Tedjini. 
Je prescris de lui rembourser les dépenses qu’il a faites.»(4)
Ainsi, et après l’arrêt des combats par l’Émir Abdelkader, en décembre 1847, avec l’ennemi français, «les Bengana ont continué leur collaboration immonde en se désolidarisant de Mohamed El Mokrani». Voilà ce qu’écrivait Mohamed Seghir Bengana dans le Moubacher — journal colonial, officiel — de mars 1870 : «Nous avons appris que Mohamed Ben Ahmed El Mokrani s’était révolté. Sa rébellion, si elle est vraie, ne peut être que le résultat d’une démence… De ce jour nous le combattrons comme si nous avions été français.»
Et plus près de nous, un autre Bouaziz Bengana, fêtant le centenaire de l’occupation de l’Algérie, s’est attiré cette belle déclaration de Gaston Thompson, ancien ministre et député de Constantine : «Votre famille compte parmi les meilleurs artisans de l’œuvre française sur cette terre d’Afrique dont nous allons fêter d’un même cœur, comme vous le dites si bien, le centenaire de son adoption par la France ! Que pourrait-on ajouter, sinon que le de tout temps vous avez été, que vous restez, et que vous resterez toujours des nôtres, mon cher Bouaziz. Bien affectueusement à vous, dans le passé et dans le présent.» Cette Fériel Furon ferait bien d’aller fureter ailleurs que dans l’Histoire de l’Algérie, «ce qu’elle va y trouver ne sent pas très bon pour sa famille»(5).
De tout cela, les moudjahidine de la lutte de Libération nationale de 1954, un siècle après le Bengana ou «Cheikh el Arab», ne comprennent pas comment pouvait-on aller dans la logique de nos bourreaux en participant avec eux à l’extermination de notre peuple ? Hocine Zahouane ne désempare pas et dit tout haut ce que d’aucuns taisent et aillent jusqu’à atténuer les propos de la jeune descendante. «Je trouve scandaleux que des héritiers et des descendants de collaborateurs et de traîtres viennent aujourd’hui avec une puissance financière à la main redorer l’image de leurs parents en plein public. Ils devraient se taire», a déclaré Hocine Zahouane, en marge d’une conférence à Alger.(6)
Enfin, et ce n’est certainement pas la fin de ces réactions qui continuent de tomber sur les télescripteurs des rédactions de journaux et d’autres qui s’émettent dans des cercles cossus où les conciliabules interlopes et certaines analyses étranges redoublent d’intensité, sans parvenir, pourtant, à faire bouger ce qui doit nécessairement bouger pour que nous puissions rentrer dans le vrai. Et ce n’est peut-être pas pour demain, puisque la tendance «d’armons-nous et partez !!» est toujours là, présente plus que jamais, pour nous dauber et nous mettre devant cette perpétuelle évidence qu’il n’y a pas de ligne de conduite claire et assumée pleinement qui puisse œuvrer au rétablissement des vérités historiques. Ainsi, cette tendance, malheureusement, favorise et protège les malingres et les pleutres, surtout lorsque notre Histoire est gérée sous le prisme de la politique politicienne, qui nous donne ce sentiment d'impuissance quelquefois ou souvent de ne pouvoir répondre aux provocations qui nous sont lancées de temps à autre, et auxquelles nous ne pouvons réagir avec mesure et détermination.
Mais tout cela me révulse et m’affecte quand j’apprends que de nombreux dignitaires de notre pays ont accueilli sans grand étonnement, sans retenue et, plus encore, sans remords, un ouvrage, j’allais dire un déni de l’Histoire, qui est venu nous asséner, avec une veine pamphlétaire, de soi-disant vérités sur une famille et un patriarche reconnu, par ses actes barbares, comme un véritable bourreau de notre peuple. Le lecteur comprendra pourquoi, à partir de là, je conjugue mes verbes à la première personne du singulier. Mais je le dis quand même pour les autres, afin qu’ils sachent que je prends toutes mes responsabilités pour chaque expression et chaque tournure de phrase que j’utilise dans ce texte..., moi qui ai vécu depuis ma prime jeunesse dans le sérail politique et qui n’ai connu que le langage franc, direct et responsable de mes supérieurs, de valeureux moudjahidine. Ainsi, le déni de l'Histoire est là, dans cet écrit d’une parente du bachagha Bengana. Et ce déni, selon «El Hadj Google», dans l’Encyclopédie libre de Wikipédia, «est une partie du révisionnisme et du négationnisme, dont certaines personnes et certains États le pratiquent comme déni de génocides, de massacres ou d’événements de ce type». 
C’est en fait ce déni qui est venu jusqu’à nous, de par sa funeste agressivité, pour nous ridiculiser devant nos jeunes générations qui sauront, demain, ce qu’étaient «les uns et les autres» dans ce combat obstiné qui a persisté plus d’un siècle, dans notre pays qui était pris en otage par les forces colonialistes. 
Cependant, et eu égard à ce climat conflictuel, créé par la sortie et la présentation du livre en Algérie de Ferial Furon, arrière-petite-fille du bachagha Bengana, je laisse de côté mes sentiments de citoyen-patriote, pour verser dans le raisonnement rationnel, dénué de toute sensiblerie, affectivité ou autres galéjades de même nature. Oui, je dois aller vers ce raisonnement qui doit m’accompagner et me guider en pareille circonstance pour ne pas me tromper dans mes analyses. Là, je me dois de rebondir — pour contenir mon sujet — sur une courageuse question de mon ami cinéaste, Bachir Derraïs, qui interpellait les plus concernés par cette affaire dans notre pays. «Ma question est adressée à ceux qui se révèlent historiens, patriotes, nationalistes et (qui) lancent des appels de lynchage à l’encontre d’un pauvre journaliste intègre. Où étiez-vous quand elle (l’auteure) se faisait inviter dans toutes les réceptions officielles du gouvernement algérien ?» s’interrogeait-il.
Je comprends fort bien ces propos qui sortent de la bouche d’un digne Algérien, même si je sais, depuis longtemps, que le mal est en nous..., et non ailleurs ! J’ai le courage de le clamer, haut et fort. Parce que si je m’approfondis dans l’ouvrage de Ferial Furon, je dirai clairement qu’elle procède de sa logique. Elle raconte son arrière-grand-père. Elle le sublime. 
Elle le célèbre, et elle en a le droit, jusque-là, parce qu’elle est française... Elle a aussi le droit d’aller encore plus loin, dans son cheminement de pseudo-historienne, puisqu’on lui a «donné son quitus» à un haut niveau de l’État algérien. 
N’a-t-elle pas été reçue, écoutée, soutenue, voire adulée par de nombreuses personnalités nationales, bien de chez nous..., ici et là-bas et, quelle ironie du sort, par des parlementaires du FLN ? Ah ! ce FLN qui fut..., parce que, présentement, il n’est qu’une sépulture silencieuse.(7)
En effet, elle a été reçue par ces mêmes personnalités qui, par ailleurs, marquent un temps d’arrêt, pardon, un temps de réflexion ou de consultation, assez long pour certains, afin de recevoir ou, carrément, ne pas recevoir un des leurs qui se trouve en position de retraite ou, en réserve de la République, comme on nous appelle, nous les recalés du régime. J’en connais un bout, puisque je fais les frais de ce manque de respect, par ces refus fort cavaliers.
Nonobstant ces premières remarques, et pour rentrer dans la deuxième partie de mon raisonnement, je réfléchis à haute voix, en pensant que d’aucuns peuvent se demander pourquoi ma réaction aux déclarations de l’arrière-petite-fille du bachagha Bengana, tardivement, moi qui suis connu pour ma promptitude ? Ils ont peut-être raison. Cependant, moi aussi j’ai mes raisons et, la toute première, est que j’ai voulu tempérer mes ardeurs, pour ne pas verser, à l’image de certains, dans le sensationnel quand ce n’est pas dans le subjectif. De plus, j’ai laissé les «choses» se décanter pour agir enfin dans le calme, recommandé en pareille circonstance. Je voulais être rationnel, en démêlant les tenants et les aboutissants de cette provocation grossière, pour ensuite replacer les faits, les uns par rapport aux autres, en définissant leurs causes et leurs conséquences potentielles. Car, «l’histoire, en tant que savoir, n’est que le fruit d’un travail de reconstitution mené selon une méthode rigoureuse, pétrie à la fois de science et d’intuition... »(8). 
Et ainsi donc, j’ai compris qu’il fallait répondre aux nostalgiques, d’un temps assurément révolu, pour crier ma négation, qui n’est autre que celle du peuple algérien, à l’encontre de leur insolente affirmation sans cesse ressassée de la légitimité de leur colonisation de notre pays... Leur démonstration du fait colonial, tache indélébile dans l’Histoire de l’humanité, cette hideuse conception de l’ingérence absurde, qui exhorte l’oppression et l’avilissement des peuples censés être libres, n’est qu’une provocation de mauvais aloi qui surgit périodiquement, comme une obsession, pour nous rappeler combien n’avions-nous pas tort de nous soulever, constamment et énergiquement, depuis la nuit des temps, contre tous les indus occupants qui ont essayé de perpétuer leur règne en notre pays. 
Pour cela, il fallait donc différer ma réponse, pour qu’à tête reposée, et sans passion aucune, je puisse expliquer ce «phénomène naturel» qui ne doit pas nous alarmer outre mesure, et nous sortir de nos gonds au point de perdre notre contrôle pour nous braquer sur des déclarations grotesques et mensongères, voire blessantes. Je dis blessantes, mais le sont-elles franchement quand elles sont écrites ou prononcées par des gens qui sont dans leur logique ? Voyez-vous, je reviens à la mienne, «ma logique», et vous donne ma réponse. Eh bien, c’est non ! Je vais même vous paraître cynique en vous disant que ceux-là sont dans leurs droits, parce qu’ils ont été «formatés» de la sorte, ils ont été façonnés dans ce moule de la lâcheté, de la forfaiture, de la provocation et, pour certains, de la trahison ! De là, tout est relatif pour eux. C’est leur perception des choses, puisque la notion de crime, par exemple, est perçue différemment, c'est selon...
Alors, de grâce, cessons de les conspuer, et de les condamner !! Ils sont en terrain conquis et ils disent ce qu’ils veulent en notre absence ! Ne dit-on pas que la nature a horreur du vide ? Ce vide sidéral — il faut le préciser —, ils sont en train de le combler... avec leur matériau stratégique : l’Histoire, la leur, écrite à leur façon, au moment où la nôtre, riche en événements, composée de hauts faits d'armes et de gloire, demeure cloîtrée dans cet aléatoire projet de son écriture prochaine... En effet, elle demeure cloîtrée, parce que tout simplement nous la confondons avec nos contingences politiques, qui nous mènent souvent à des atermoiements, des reculades et, bien évidemment, des blocages de ce projet ô combien nécessaire. Et, dans ce climat d’asthénie, c’est nous qui n’avons pas raison. Il faut se dire les vérités en face. Le mal se situe en nous, incontestablement ! 
Posons-nous la question suivante, la première..., qui n’est qu’une question basique et fondamentale en termes de culture générale : avons-nous pris, depuis l’indépendance de notre pays, l'initiative d'un enseignement des rudiments de notre Histoire à nos enfants, avant la mise en œuvre de son écriture par les personnes compétentes en la matière ? Bien sûr que non ! Et pourtant, nous aurions pu commencer à l’enseigner à notre jeunesse, depuis ce temps où nous proclamions, à tue-tête, notre liberté, pour lui donner cette force par les valeurs d’exemples qui la rendent fière de ses ancêtres et qui consolident en elle cet espoir de réussir son avenir par l’éducation et la formation. 
Ainsi, puis-je dire hautement, courageusement, que l’écriture de notre Histoire — très riche, au risque de me répéter — qui se voit indéfiniment différée aux calendes grecques, n’a-t-elle pas trouvé des historiens, ces érudits compétents, mais surtout capables de s’engager dans cette mission qui devient, aujourd’hui, une nécessité absolue ? Ou peut-être, parce que ceux qui ont eu les destinées du pays entre leurs mains, pareils à ceux «dans les États totalitaires où l’histoire est sous haute surveillance», n’ont-ils pas voulu l’écrire parce que, prisonniers de leur égocentrisme, forgé dans cette altérité radicale pour la plupart, entre leur esprit qui favorise «le moi» et leur volonté de ne pas laisser la société se l’approprier, d’une génération à l’autre, pour consolider le socle de notre nation ? 
Ou enfin, parce que ce travail mémoriel de qualité, incontestablement fécond et porteur pour la nation, la société et les générations futures, est totalement aride et stérile pour la classe politique qui se débat dans la confusion et qui souffre des maux de tous les jeux et les enjeux politiciens que l’amnésie et son industrie génèrent abondamment ?
Est-ce que ces questions, que je pose, sont suffisantes pour nous situer où réside le mal ? En tout cas, en attendant que viennent des réponses pour nous fouetter et nous mettre au travail, plutôt en attendant que vienne le salut, par l’écriture de notre Histoire, avouons que nous sommes en deçà de cette initiative et de cette volonté, par rapport à nos prédécesseurs qui, sans moyens que sont les nôtres, savaient informer, expliquer, sensibiliser et convaincre. Parce que nous, par notre entêtement à nous autoproclamer les meilleurs partout et en toutes circonstances, nous passons hélas à côté de grands événements et réalisations, au moment où d’autres, dans leur circonspection et leur unité de pensée et d’action, les prennent en charge et les gèrent dans de bien meilleures conditions.
Ainsi, en retournant à celle qui a été la cause de ce mouvement de contestation, je redis pour la énième fois, qu’elle a écrit ce qu’elle a voulu écrire pour défendre, selon ses allégations, la mémoire des siens. Elle est confortée et encouragée par ceux qui nous tarabustent depuis cette sauvage expédition punitive de juillet 1830, qui a été décidée, bien avant, c’est-à-dire après ce coup d’éventail d’avril 1827 qui n’était qu’un prétexte pour légitimer les desseins hégémoniques contre l’Algérie. De là, l’auteure du panégyrique des Bengana devient le porte-voix d’une politique coloniale qui met tous les moyens à la disposition de ses stipendiés(es) pour porter atteinte à notre juste combat contre les forces de l'oppression. C’est pour toutes ces raisons qu’il faut protéger notre passé, notre présent et notre avenir, en donnant aux jeunes et moins jeunes les moyens d’être forts et fiers de leur pays, avec la récupération de leur trésor naturel : l’Histoire, la leur qui..., n’en déplaise à ces détracteurs, est plusieurs fois millénaire. Ainsi, ils sauront que cette science humaine «consiste à méditer, à s’efforcer d’accéder à la vérité, à expliquer avec finesse les causes et les origines des faits, à connaître à fond le pourquoi et le comment des évènements».(9) 
De plus, il faut dire aujourd’hui toute la vérité sur des moments exceptionnels, à tous égards, ces moments que nos ancêtres ont bien remplis sur tous les fronts de leur participation effective et combien bénéfique à l’Histoire de l’humanité. Partant de ce postulat, il est exigé de ceux qui vont l’écrire demain d’ouvrir avec courage les dossiers brûlants, jusque-là dérobés, pour que les nouvelles générations puissent apprécier les grandes réussites, mais connaître aussi les échecs qui ont parsemé nos différentes périodes de lutte, et ce, depuis les temps anciens jusqu’à la révolution de novembre 1954. 
Ce défi nous devons l’engager — il est fondamental — pour combattre l’oubli, de même que l’imposture qui gagne du terrain, en remémorant les faits, les événements dans leur contexte et les personnalités qui ont écrit l'Histoire du pays. C’est dans ce combat – c’en est un – que nous allons concéder à l’Histoire, qui a bonne mémoire, son crédit et son efficience.
K. B.

Notes :
1) Les Ben-Gana, depuis la conquête française Paris 1879, aux Ed. Dentu, Libraire-éditeur. Galeries d’Orléans, Palais-Royal.
2) Alfred Villeroy dans Histoire de 1840- Annuaire historique 
et politique.
3) Ali Farid Belkadi, Historien et anthropologue, auteur de Boubaghla, le sultan à la mule grise.
4) Camille Rousset, historien français, élu à l’Académie le 30 décembre 1871 dans : L’Algérie de 1830 à 1840 : les commencements d’une conquête.
5) Zohra Mahi, avocate au barreau de Paris, auteure.
6) Hocine Zehouane, avocat et ancien moudjahid. Cette déclaration a été faite le 25 février 2017 à TSA, en réaction à la polémique suscitée en Algérie par le livre sur Bengana.
7) Kamel Bouchama : Ah !… le FLN, cette silencieuse sépulture, dans Le Soir d’Algérie du 2 octobre 2016.
8) Le Pr Pierre Bonnechere, aux Presses de l’Université de Montréal, dans Profession historien.
9) Selon Ibn Khaldoun dans sa Mouqaddima.

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