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le 18.03.17 | 12h00 Réagissez

Interdiction de conférences, intimidations et menaces tous azimuts ; depuis quelque temps, des écrivains, militants associatifs et animateurs de la société civile sont sous le coup d’une répression que personne n’arrive à expliquer.

Alors que les interdictions sont restées jusque-là sporadiques, les pressions s’accentuent depuis quelques semaines sur les intellectuels et des militants. C’est le cas notamment en Kabylie, où plusieurs conférences ont été annulées sans aucune explication valable. Pis, les parties qui ont interdit ces manifestations culturelles et intellectuelles ne sont pas bien identifiées.

Le dernier épisode en date est d’ailleurs énigmatique : l’écrivain Karim Akouche, qui vit au Canada mais qui est venu faire la promotion de son ouvrage La religion de ma mère, s’est dit contraint de quitter le pays de manière précipitée suite à des «menaces» qu’il aurait reçues. «Jeudi matin, alors que j’étais en train de prendre mon petit-déjeuner dans un café, deux hommes se sont présentés à moi et m’ont invité, pour ‘‘mon bien et mon intégrité physique’’, à quitter séance tenante le pays», raconte l’écrivain qui vient de publier son livre.

Puis, «j’ai sur-le-champ fait mes valises et acheté un billet d’avion pour Paris», précise-t-il à El Watan. Une version que confirme  l’éditeur du livre, Amar Inegrachen, gérant des éditions Frantz Fanon. «Un policier nous a demandé de dire à Karim Akouche de quitter le pays», a-t-il indiqué. «Nous avons demandé au policier si Karim Akouche allait être interpellé à l’aéroport à son arrivée le jeudi 9 mars. Il nous a rassuré et ceci s’est avéré vrai : Karim n’a pas été interpellé à l’aéroport», raconte Inegrachen.

Mais qui a demandé à Karim Akouche de quitter le pays ? Pour le jeune écrivain, il s’agit de «barbouzes actionnés par le régime», répond-il. «Depuis mon arrivée sur le sol algérien le 9 mars, je suis suivi de très près, surveillé, traqué. Pourtant, je ne porte pas d’arme. J’utilise la plume», ajoute l’écrivain. Ce dernier s’est déjà plaint de l’annulation d’une vente-dédicace de son livre au sein de la librairie Cheikh, sise au centre-ville de Tizi Ouzou. Une information confirmée par Omar Chikhi, le propriétaire de la célèbre librairie de la ville des Genêts, contacté hier par téléphone.

Il n’en dira pas plus. Mais là encore, et contrairement à l’éditeur devant lequel les policiers ont exhibé un mandat de perquisition, le comportement de la police est intrigant. Selon des témoins, les agents de la Sûreté nationale, dont un officier, se sont présentés à la librairie. Ils auraient arraché les affiches et pris des exemplaires du livre. Ils ont posé des questions aux vendeurs et tenté d’expliquer l’interdiction par le fait que Karim Akouche «fait de la politique». Un argument qui rappelle les vieux temps du parti unique. Notre correspondant à Tizi Ouzou a tenté de joindre la police. En vain.

Des comportements inexpliqués

Que reproche-t-on à Karim Akouche ? «Cela aurait un lien aussi bien avec le voyage que j’ai effectué en Israël et en Palestine qu’avec mes interventions et mes écrits», croit savoir l’écrivain qui s’est récemment rendu en Israël et en Palestine. Akouche pense également que cela a un lien avec le contenu de son livre qui évoque l’identité et, comme le suggère le titre, la religion. «A une question précise que nous avons posée sur les vraies raisons de cette convocation, la police a avoué que Karim était soupçonné d’appartenance au MAK (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, ndlr)», témoigne de son côté Amar Inegrachen. Mais pourquoi est-ce que la police n’agit pas en conséquence ? La DSN ne répond toujours pas.

Cela aurait pu s’arrêter là. Mais le liste des interdictions s’allonge, il n’y a pas que Karim Akouche qui en est victime. Une conférence que devait animer aujourd’hui Kamel Daoud à Bouzeguène, dans la wilaya de Tizi Ouzou, a été annulée à la dernière minute. Selon l’association organisatrice, l’administration a d’abord donné son accord avant de signifier l’interdiction de la conférence «sans aucune explication», indique Khaled Bessaci, président de l’association Tiouinine (Fontaines). Même le président de l’APC, qui avait accepté de laisser la conférence se dérouler dans l’enceinte de la mairie, a dû renoncer. «Nous avons organisé une cinquantaine de conférences.

C’est la première fois que nous avons une interdiction», souligne le militant, résigné. Kamel Daoud, qui vient d’éditer un recueil de ses chroniques Mes indépendances, a laissé le soin à son éditeur, Sofiane Hadjdadj, de s’exprimer. Le patron des éditions Barzakh a juste affirmé son incompréhension et admis ne rien savoir.

Ces faits ne sont pas isolés. Il y a une quinzaine de jours, une conférence de l’écrivain Younès Adli, dûment autorisée par l’administration, a été empêchée par la police qui a refusé de s’expliquer, selon les organisateurs. L’association Azday Adelsan n Uweqqas (Collectif culturel d’Aokas), qui organise un café littéraire, s’est sentie obligée d’enregistrer une nouvelle défaillance.

Une universitaire, Loubna Benhaïmi, a appelé les organisateurs pour demander d’annuler une conférence qu’elle devait animer aujourd’hui. A-t-elle reçu des pressions ? Les membres de l’association le pensent, même s’ils disent ne pas avoir de certitude. Cela s’ajoute à l’annulation, il y a quelques semaines, d’une conférence que devait animer le chercheur Saïd Djabelkhir à Annaba.

Mais qui est derrière ces interdictions ? Pourquoi ? Qui en profite ? A moins de deux mois des élections législatives, certains y voient des desseins inavoués. Des manipulations ? Des tentatives de diversion ? Les jours à venir apporteront peut-être des réponses à ces questions.

Ali Boukhlef
Tag(s) : #Vie politique, #Vie Culturelle

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