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le 14.03.17 | 12h00 Réagissez

Des signatures à un prix variant de 1000 à 3000 DA, des places sur des listes électorales cédées à 10, 20, voire 50 millions de dinars pour les têtes d’affiche, et une rémunération de 40 000 DA, voire 60 000 DA pour les «dénicheurs» de candidats pour boucler des listes électorales.

Jamais des élections législatives n’ont dégagé une aussi forte odeur d’argent que celles du 4 mai 2017. La course effrénée à la députation a poussé bon nombre de candidats et certains états-majors de partis à recourir à des moyens illicites pour obtenir un ticket de participation au scrutin, créant ainsi l’étonnement face à l’apparition subite, en deuxième et troisième positions, de formations nouvellement créées, ou depuis longtemps disparues de la scène politique, alors que des partis bien implantés ont fini, faute de moyens, par se délester de nombreuses wilayas du pays.

Le Parti des travailleurs (PT) et le Front des forces socialistes (FFS) sont les deux partis qui ont dénoncé publiquement ces pratiques immorales et illicites, sans que les autorités ne s’autosaisissent. N’ayant pu présenter que 42 listes sur les 52 circonscriptions, Louisa Hanoune tire la sonnette d’alarme : «On a découvert le délitement de la société, on a vu ces nébuleuses de partis qui dépensent des sommes colossales pour acheter des signatures ; qui ne s’encombrent pas de scrupules et ne s’empêchent pas de se livrer à des trafics en tout genre pour satisfaire l’exigence des parrainages pour présenter des listes…» Pour elle, «il n’y a plus de morale sociale ni de morale politique (…).

La responsabilité incombe à ceux qui ont adopté des politiques qui amènent la déchéance sociale». Lui emboîtant le pas, le premier secrétaire national du FFS, Abdelmalek Bouchafa, accuse ce qu’il qualifie de «mafia administrative et financière appuyée par une administration partiale» de mettre des bâtons dans les roues du parti et de freiner sa progression, sans toutefois être plus explicite.

Eclaboussé lors des élections législatives de 2012 par le recours flagrant à l’argent, notamment par les «nouveaux riches» qui ont investi l’assemblée, le FLN s’est retrouvé au centre de nombreux scandales qui ont poussé son nouveau secrétaire général, Djamel Ould Abbès, à dénoncer publiquement «ceux qui ont utilisé la chkara (le sachet d’argent) pour parvenir à l’APN». Il menace de remettre «les dossiers» à la justice, et promet de nettoyer le parti de ces pratiques qualifiées de «maffieuses». Pourtant, c’est dans les rangs du FLN que l’argent circule le plus.

Une députée de Constantine, et de surcroît membre du comité central, Salima Athmani, a été interpellée par les services de sécurité alors qu’elle recevait 10 millions de dinars qu’elle aurait réclamés à un des responsables du FLN pour le placer en deuxième position sur une liste électorale. Cette affaire a été suivie par une autre. Celle du fils du secrétaire général du FLN, interpellé par les services de sécurité à la résidence d’Etat sur dénonciation. Lors de sa conférence de presse, samedi dernier, Djamel Ould Abbès n’a pas démenti cette interpellation, sans entrer dans les détails qui, d’après nos sources, seraient liés à la confection des listes électorales.

Les places sur les listes du FLN se vendent au prix fort…

Dès sa désignation en tant que secrétaire général du FLN, Ould Abbès s’est lancé dans une guerre contre de nombreux membres du bureau politique et du comité central, accusés d’avoir acheté leurs sièges au Parlement. Malheureusement, le recours à l’argent n’a pas disparu pour autant. Des sources bien informées affirment que les places sur les listes du FLN se sont vendues au prix fort, nous dit-on : une moyenne de 10 millions de dinars pour une troisième place et un peu moins pour la seconde place.

Publiquement, c’est aux kasmas que Djamel Ould Abbès a confié l’élaboration des listes électorales. Mais, en réalité, c’est à lui que revenait la décision finale. D’où la contestation grandissante qui a failli tourner à l’émeute. Au Rassemblement démocratique et populaire (RND), la situation ne diffère pas tellement.

Après 20 ans d’existence, le Rassemblement a perdu du terrain, mais reste très présent dans l’administration et a vu lui aussi l’entrée en force d’«hommes d’affaires, de commerçants et de nouveaux riches». Sa présence dans les 48 wilayas n’étonne pas vu sa proximité avec les autorités locales et le statut de chef de cabinet de la Présidence de son secrétaire général.

La grande surprise a été la présence de deux partis récemment créés, le Mouvement populaire algérien (MPA) et Taj dirigés par deux anciens ministres, Amara Benyounès (Commerce) et Amar Ghoul (Travaux publics et Tourisme), mais aussi deux autres, le Front El Moustakbal, dirigé par un jeune médecin, le Dr Belaïd, et l’ Alliance nationale républicaine (ANR), disparu de la scène politique depuis des années et qui refait surface.

Créé vers la fin de 2012, Taj se présente dans les 52 circonscriptions et beaucoup s’interrogent comment il a pu collecter les 200 signatures pour chacun des 464 sièges de l’Assemblée. Des proches de ce parti sont formels : «Des sommes colossales ont été déboursées pour acheter des signatures dont les tarifs étaient compris entre 1000 et 3000 DA. La somme semble insignifiante, mais dans les régions reculées, elle représente beaucoup. Mieux encore, Taj a même prévu une rémunération pour les dénicheurs de candidats à mettre sur les listes pour les compléter.

Pour certaines, c’est l’administration qui l’a aidé.» La même pratique a été observée chez le MPA «qui a utilisé ses réseaux de commerçants et d’importateurs pour collecter les signatures et rassembler les candidats à la députation». Aussi bien Taj que le MPA, considérés comme les partis de l’allégeance, «auraient recouru à l’argent pour ramener des candidats sur leurs listes et acheter les signatures pour les valider», révèlent nos sources.

Ce qui ne serait pas le cas pour le Front El Moustakbal, que dirige un jeune médecin, le Dr Belaïd, issu du FLN et qui se présente comme la quatrième force, avec des listes dans 50 circonscriptions. Selon nos sources, le jeune médecin aurait beaucoup profité de ses anciennes relations au sein de l’Union nationale des étudiants algériens (Unea) et de l’Union nationale des jeunes Algériens (Unja), mais aussi des jeunes contestataires du FLN.

Avec 34 circonscriptions, l’ANR, qui compte dans ses rangs des cadres de l’administration, des Patriotes et des intellectuels, vient juste après le FFS, avec 34 listes. Disparu de la scène politique depuis des années, l’Anr refait surface en suscitant de nombreuses interrogations. Mais la réponse est toute simple. Selon des sources proches de l’administration, «il a profité de sa proximité avec le RND, qui l’a beaucoup aidé pour confectionner ses listes et augmenter ses chances d’entrer au Parlement.

L’administration a été également instruite pour lui permettre d’être présent  dans de nombreuses circonscriptions». Pour les services de sécurité, «le recours à l’argent est une réalité amère et les rapports dans ce sens sont nombreux. Mais il ne reste que des rapports». Le business des voix et des places sur les listes électorales a fortement pollué l’espace public.

Les hommes d’affaires aux richesses douteuses et les ministres qui font la course aux sièges de l’Apn en dépensant des sommes colossales ne sont nullement intéressés par les salaires et les avantages liés au poste de député, ils veulent tout simplement une immunité parlementaire qui les protégera de la loi.
 

Salima Tlemçani

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