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Le sport est devenu une des principales attractions et convoitises au sein de la société, tous pays et niveaux culturels confondus. L’intérêt suscité par cette discipline est justifié par l’engouement populaire qu’elle entraine d’une part et les répercussions multidimensionnelles qu’elle engendre d’autre part.

Le sport est basé sur l’expression physique du corps, lequel représente une animation naturelle de l’homme qui sollicite l’effort pour l’essentiel de ses activités quotidiennes. Le naturaliste anglais Charles Darwin a qualifié cette animation du corps de « lutte pour la vie », l’homme devant s’efforcer et se battre pour vivre et survivre. Ainsi, la chasse l’a obligé à recourir à la course pour rattraper sa proie ou fuir le danger d’un animal agressif, puis à la confection d’outils pour atteindre plus facilement la bête convoitée pour se nourrir. Cette course deviendra ultérieurement une discipline sportive et les armes utilisées pour la chasse (lances, masses, arcs) seront améliorées pour devenir des objets de compétition sportive (lancers de Javelot et de marteau, tir à l’arc).

Les activités humaines et équipements sollicités vont être de plus en plus variés et développés, provoquant chez l’homme, une motivation pour entrer en compétition les uns avec les autres, la volonté de se montrer plus fort que l’autre, étant une caractéristique naturelle chez l’être vivant en général. C’est ainsi que les premiers jeux sportifs olympiques (du nom du village olympe qui les abrita) ont été organisés lors d’un festival religieux dédié à Zeus, considéré comme Dieu dans la mythologie grecque.

Cette manifestation sportive deviendra avec Héraclès, une rencontre destinée également à unir la culture grecque ; elle sera convoquée tous les 04 ans, avec une exigence de trêve des hostilités guerrières. Ces jeux qui avaient connu un arrêt sur plusieurs siècles, seront repris ultérieurement, avec le Baron Pierre De Coubertin qui créa en 1894, une instance dirigeante appelée CIO (Comité International Olympique) qui organisera ces manifestations olympiques, avec la même périodicité et les mêmes exigences d’arrêt des hostilités, d’où la tryptique caractéristique de l’olympisme : sport, éthique et morale. Les premiers jeux olympiques organisés par le CIO, ont naturellement eu lieu en Grèce (Athènes) en 1896, avec l’implication de 14 pays engageant 285 athlètes.

Ces rencontres sportives mondiales reviendront donc tous les 04 ans (mandat olympique), avec des participations de plus en plus fortes, la dernière de RIO 2016 ayant impliqué 206 nations avec 17000 participants, parmi lesquels les algériens, manifestation couverte par 25000 journalistes et près de 30 chaines de télévision ayant acquis les droits de retransmission. Il faut rappeler que la première participation algérienne remonte aux JO de Tokyo 1964, avec l’engagement du gymnaste Mohamed Lazhari. Ce dernier qui changera ultérieurement de nom pour s’appeler Mohamed Yamani sera proposé, lors du mandat que j’ai assuré à la tête du COA, comme Directeur du musée olympique algérien, dont le siège est en cours de réalisation, sur un terrain d’assiette acquis durant mon mandat, sur décision du Premier Ministre de l’époque (Mr Ahmed Ouyahia). Cette nouvelle structure permettra de valoriser l’histoire du sport national et de constituer un réservoir intéressant pour les étudiants qui s’intéressent à ce domaine.

Impact médiatique du sport et ses conséquences

 L’engouement populaire suscité par les compétitions sportives a marqué un intérêt de plus en plus prononcé auprès des médias de différentes natures (télévision, radio, presse écrite…etc). Le sport et l’athlète vont ainsi constituer un support marketing très convoité par les entreprises économiques qui trouvent en eux un moyen de promotion inégalable pour leurs produits respectifs. Les compétitions sportives sont, en effet, suivies par plus de 300 millions de téléspectateurs, avec des pointes particulières lors d’événements mondiaux importants (3,2 milliards pour la coupe du monde de football 2014 et 3,6 milliards de spectateurs pour les JO 2016). Ces opportunités constituent une aubaine pour les entreprises multinationales qui investissent des sommes colossales, pour la promotion de leurs marques et produits respectifs. Cet avantage offert par la médiatisation du sport, a poussé ces multinationales à organiser elles mêmes des meetings sportifs, très lucratifs pour elles et pour les participants, avec parfois des gênes pour la préparation des athlètes aux compétitions officielles (surexploitation).

Impact économique

Le sport génère des revenus financiers de plus en plus importants. Au plan mondial, le marché spécifique à ce domaine pèse 450 milliards d’euros, avec une croissance annuelle estimée à 4%. Les articles de sport, à eux seuls, ont rapporté en 2012, 273 milliards d’euros. Les équipements sportifs sont, en effet, tellement variés et attractifs, qu’ils sont sollicités aussi bien pour la pratique de sport que pour la vie civile, certaines tenues représentant un « look vestimentaire » apprécié. Le sportif étant un référent pour les jeunes, ces derniers choisissent souvent leurs tenues, en fonction de l’identification à un athlète particulier. Le sponsoring, encouragé par le marketing sportif, a consacré en 2014 (année de la coupe du monde de FB), une enveloppe financière de 45 milliards de dollars et les droits de retransmission des compétitions 37,8 milliards de dollars pour la même année. Les pays organisateurs de compétitions universelles, sont tenus de se conformer à un cahier des charges qui les oblige à des investissement coûteux, mais rentables également. L’attribution des jeux olympiques 2016 au Brésil a valu 15 milliards de dollars d’investissements, ce qui a suscité des emplois directs et indirects, ayant permis une amélioration du revenu par habitant de RIO estimée à 30%. Pour la préparation matérielle de la prochaine coupe du monde de FB en Russie, une enveloppe de 30 milliards de dollars est prévue, alors que 100 milliards de dollars sont programmés par le Qatar pour la suivante en 2022. Si, pour le Brésil et la Russie, des retombées sportives sont attendues, avec les installations sportives érigées, le Qatar qui a consacré une enveloppe financière disproportionnée, a plutôt des visées touristiques, car la population n’est pas suffisamment importante pour utiliser toutes les infrastructures en projet. Le sport offre donc des opportunités multidimensionnelles, permettant d’engranger des dividendes d’ordre économique, touristique et même culturelle.

Impact éducatif et sanitaire

L’activité sportive est, depuis longtemps, inscrite comme matière éducative (EPS) dans les programmes scolaires. Elle permet à l’enfant de découvrir et gérer son corps, d’améliorer sa condition physique et son processus de croissance et de satisfaire ses besoins naturels d’expression d’effort, dans un cadre organisé, basé sur le respect des valeurs de loyauté (ne pas chicaner), de solidarité, de collégialité et de contrôle de soi. L’éducation physique et sportive permet également d’aider le jeune scolarisé, à parfaire ses capacités intellectuelles et à prévenir toute tentation de fléaux sociaux (tabagisme, drogue, violence).

Au plan de la santé, toutes les études scientifiques ont montré les bienfaits de la pratique régulière d’activité physique. La technologie moderne nous a imposé un style de vie basé sur la sédentarité et le recours à la restauration rapide. Ce changement de nos habitudes ancestrales a provoqué une véritable transition épidémiologique, exposant le citoyen à de nouvelles pathologies dominantes telles que l’obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires (pollution) et les cancers (sein, colon et poumon particulièrement). Les recommandations de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) vont dans le sens de la promotion de l’activité physique et sportive, pour la prévention de ces maladies dites non transmissibles ou chroniques. Les données scientifiques issues des recherches dans ce domaine, ont en effet montré qu’une pratique régulière d’exercice physique contribue à une sensible limitation des risques de développement de ces pathologies et/ou de leurs complications.

Au plan politique

L’engouement populaire suscité par le sport en général et le Football en particulier, a poussé les politiciens à s’y intéresser, avec des conséquences tantôt positives, tantôt négatives. A titre d’exemple, nous pouvons rappeler le rôle joué par l’équipe FLN de Football, durant la révolution qu’elle a faite connaitre à travers des matchs programmés sur plusieurs pays. Le leader Ferhat Abbes avait dit que cette équipe avait contribué à faire avancer la diplomatie révolutionnaire de dix années. Grâce au sport également, les USA et la Chine ont pu rétablir leurs relations diplomatiques antérieurement gelées, suite à un tournoi de ping-pong organisé en 1971, ce qui a valu à ce dernier le titre de « diplomatie du ping-pong » et a permis au Président Richard Nixon d’effectuer une visite officielle à Pékin l’année suivante et à son pays de participer aux Jeux Olympiques organisés dans cette capitale en 2008. Par contre, certaines compétitions ont dégénéré en conflits diplomatiques, arrivant presqu’à la rupture (match Egypte-Algérie en 2009) ou la guerre armée (Salvador-Honduras en 1969). La politisation du sport peut ainsi avoir des répercussions bénéfiques ou conflictuelles selon le cas. Les instances sportives internationales, ont introduit depuis quelques années, une disposition statutaire exigeant l’autonomie de gestion du sport par rapport au pouvoir politique. Cette nouvelle approche a engendré de nombreuses tensions, entre les autorités gouvernementales et les fédérations sportives nationales, arrivant parfois même à des suspensions aux compétitions internationales. De nouvelles démarches sont à mon avis nécessaires, pour permettre une complémentarité plus sereine entre les Etats et les instances sportives mondiales, afin d’éviter les sanctions préjudiciables pour les équipes sportives nationales (suspension ou gel de financement). La gêne relative à l’engagement ou non des sportifs, face aux représentants de pays avec lesquels il n’y a pas de relations diplomatiques, constitue une autre facette du lien non négligeable entre le sport et la politique.

Conclusion

Le sport qui rassemble et confronte des individus de différentes races, catégories sociales et nations, reste, avec la religion, le seul à pouvoir mettre ensemble autant de diversités, ce qui lui vaut le titre de « religion des temps modernes ». L’impact multidimensionnel qu’il suscite explique l’intérêt que lui accordent les représentants des institutions économiques et politiques, avec malheureusement quelques dérives préjudiciables pour les valeurs du sport et la santé des sportifs. L’argent qui a pris une place importante dans la gestion du sport, ne l’a pas seulement servi, mais a été hélas parfois à l’origine de dérapages graves tel que le recours au dopage pour aller au-delà des limites naturelles du corps humain, et rester « performant » pour des résultats sportifs lucratifs. L’athlète, dans ce cas, est souvent une victime de ses ambitions matérielles et de celles de son entourage, mais il est le seul à payer ultérieurement de sa santé, d’autant plus qu’il est souvent délaissé après la fin de carrière. La corruption est une autre conséquence de la forte intrusion de l’argent, qui fait du dirigeant sportif un bénévole de façade ; les exemples de scandales révélés par la presse sont là pour en témoigner. Il y a lieu de se demander, si on n’arrivera pas à regretter le temps du sport amateur et de ses dirigeants désintéressés.                                         

Rachid HANIFI

Professeur de médecine du sport

Ex  médecin des équipes nationales

Ex  Président d Comité Olympique Algérien

Tag(s) : #Vie Sociale, #Vie Culturelle, #Vie Sportive

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