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Dotée d'un gabarit de joueuse de basket, elle ne cache pas sa fierté d'avoir obtenu le titre de vice-championne européenne à l'âge de 16 ans. Aujourd'hui, à 43 ans, Laura Codruta Kövesi est l'héroïne préférée des Roumains. Mais ce n'est pas le basket qui a fait sa réputation. Cette femme est considérée par les Roumains comme une championne de la lutte anticorruption. À la tête du Parquet national anticorruption (DNA) depuis 2013 elle sème la panique dans la classe politique. « Le fait que des ministres et autres fonctionnaires publics soient l'objet de nos enquêtes et qu'ils soient condamnés montre qu'en Roumanie nous sommes tous égaux devant la loi quelles que soient la position sociale ou la richesse qu'on a accumulées », affirme-t-elle.

La Roumanie et la Bulgarie n'avaient pas pu adhérer à l'Union européenne (UE) en 2004 avec les dix autres pays de l'Europe centrale et orientale en raison de la corruption qui gangrénait ces deux pays. En 2006, à 33 ans, la cerbère de la justice roumaine est nommée procureure de la République par l'ancien président de centre-droit Traian Basescu. Sa mission : démanteler les réseaux corrompus qui ruinaient l'économie roumaine et paralysaient la classe politique. « Ma génération veut changer les choses, explique la chef du DNA. La bataille la plus dure ne concerne pas le changement des lois et des procédures mais le changement des mentalités. »

Tableau de chasse

Aujourd'hui, le compte est plutôt bon. Plus de 2 000 hommes politiques et hauts fonctionnaires – ministres, députés, sénateurs, maires, secrétaires d'État, généraux – se trouvent derrière les barreaux. Le plus gros poisson est l'ancien Premier ministre socialiste Adrian Nastase condamné en 2012 à deux ans de prison ferme pour corruption. L'actuel président du Parti social-démocrate (PSD), Liviu Dragnea, a lui aussi été condamné en 2016 à deux ans de prison avec sursis pour fraude électorale. « C'est une condamnation politique », assure-t-il chaque fois qu'on lui rappelle les faits. En décembre dernier le PSD a remporté une victoire écrasante contre les libéraux avec un score de 46 % des suffrages.

Le 31 janvier le gouvernement socialiste a tenté d'assouplir la législation anticorruption afin de blanchir le casier judiciaire de leur chef de file mais il s'est heurté à une violente réaction de la société civile qui manifeste tous les jours depuis le 1er février. « Les mesures prises par le gouvernement visent à exonérer de leurs responsabilités tous les hauts fonctionnaires accusés de corruption, explique Laura Codruta Kovesi. La corruption est quelque chose de révoltant et elle constitue un risque majeur pour le système judiciaire. »

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Dans les rues de Bucarest, les jeunes Roumains qui en ont assez d'une classe politique corrompue n'arrêtent pas de crier : « Dragnea, n'oublie pas, c'est Laura qui t'aura. » L'opération mains propres déclenchée par les procureurs a provoqué l'émergence d'une jeune génération qui entend se réapproprier la politique. Laura Codruta Kövesi, qui a reçu le 7 juin 2016 la Légion d'honneur à l'ambassade de France de Bucarest, n'en demande pas plus.

Tag(s) : #Vie politique, #Politique internationale

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