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Par Yacine Teguia*
teguiayac@yahoo.fr

 

L’Algérie ne dispose pas d’une politique culturelle qui balise son chemin face aux défis du XXIe siècle. Beaucoup de ce qui avait été édifié est détruit et ce qui est construit est sans rapport avec le niveau des dépenses publiques consenties ces dernières années, qui plus est sans entraîner une nouvelle dynamique du secteur privé et l’implication citoyenne, qu’on nous promettait comme les conséquences mécaniques et certaines des orientations du pouvoir. Des disponibilités à ce type d’engagement existent pourtant, comme en atteste le succès du lancement du Sous-marin, le cercle culturel du MDS, dans le prolongement d’autres espaces dédiés à la culture comme La Baignoire ou les Ateliers sauvages. Cependant, les approches conservatrices, bureaucratiques ou rentières persistantes pèsent encore sur la diversité de notre patrimoine, sur le pluralisme de nos expressions artistiques et l’émergence de nouvelles conceptions esthétiques qui font résonner les battements intimes de notre peuple. La culture est encore à la marge, alors qu’elle est le cœur de la société qui pose l’exigence de faire murir, à un niveau supérieur, la question de l’identité nationale. Il n’est plus possible d’établir, par le haut, un programme culturel de gouvernement, mais il est devenu nécessaire de mettre en marche les citoyennes et les citoyens autour de ces enjeux. Ceci implique un débat vivant et de véritables libertés. 


La production culturelle ne peut s’envisager indépendamment de la société dont elle émane. Quel système social et idéologique lui donne sa signification? C’est en répondant à cette question que l’on peut dépasser les approches réductrices en matière de politique culturelle. Il faut donc interroger ce système dans ses présupposés et ses conséquences, identifier les défis auxquels il fait face. De ce point de vue, le véritable moteur du progrès culturel, c’est la volonté de démocratisation de l’Etat et de la société. Il est puissant et s’appuie sur un éventail de forces très large. «La famille qui avance» doit marcher unie pour peser sur l’orientation et le rythme de mise en œuvre d’une politique qui ouvre aux Algériens des perspectives d’épanouissement culturel, de renforcement de l’identité nationale et leur donne le socle sur lequel s’adosser et se réinventer, plutôt que se laisser aller à la tentation du repli sur soi. Par le passé, la sous-estimation des enjeux liés à la politique culturelle - et aux questions idéologiques de manière plus générale - a conduit à des errements, à des alliances politiques contre-nature qui ont mené le pays vers l’affrontement au nom de la religion, de la langue, de la culture ou entraîné la confiscation de notre histoire et des symboles de la Nation. En intégrant tout ce qu’il y a de progressiste et démocratique dans les composantes de notre identité nationale, en assurant la restitution à la société et la promotion de l’ensemble des éléments de notre patrimoine culturel, social et politique nous pourrons affirmer l’algérianité. 


Il ne s’agit plus seulement de se réapproprier une identité niée par le colonialisme mais de l’inscrire dans le mouvement audacieux vers la démocratie, le progrès général et l’universalisation. Il y a des années, le défunt Hachemi Chérif soulignait, déjà, la nécessité de «remplacer la loi sur la généralisation de la langue arabe par une loi-cadre fondamentale abordant cette question sous tous aspects : politique, économique, social, culturel, historique, sa dimension nationale, pédagogique, scientifique, civilisationnel, universel, etc.» La personnalité nationale doit, en fait, être conçue comme une trajectoire constituée non seulement de nos héritages mais aussi d’un projet : une Algérie démocratique et sociale. Il faut autant faire de Yennayer une fête nationale que mener une politique culturelle qui soit un vecteur de représentation, d’interprétation et de transformation du monde, car le partage de l’imaginaire, du sensible et du symbolique est au centre des dispositifs d’acculturation et de socialisation des individus. C’est la condition pour accomplir notre avenir en tant qu’Etat et Nation et participer au renouveau perpétuel auquel contribuent les arts et la création.


La culture revêt une dimension stratégique. Sa définition recouvre différentes manifestations de la conscience sociale (sciences, techniques, arts, traditions et identité), la place qu’elle occupe dans la société et la manière dont elle s’articule aux autres sphères de l’activité sociale, mais aussi les projets au service desquels les politiques culturelles sont mises en œuvre (au plan individuel, de la représentation et de l’organisation de la société, de la diplomatie et de la sécurité nationale). La culture participe ainsi du rayonnement de l’Algérie dans le monde. Quand notre pays luttait et recouvrait sa souveraineté, des artistes ont exprimé le génie national comme Dib et Kateb Yacine, Racim et Issiakhem, Kaki et Anka, anticipant ou prolongeant le prestige de la guerre de Libération. Lakhdar Hamina offrait une Palme d’or aux pays du Tiers-Monde qui redressaient la tête. L’Algérie devenue La Mecque des révolutionnaires accueillait le Festival panafricain et la Cinémathèque était le refuge des artistes les plus novateurs qui fuyaient les persécutions (Bunuel) ou qui pouvaient y trouver soutien et encouragement (Youcef Chahine). Dans l’affrontement avec le terrorisme islamiste, les femmes et les hommes de culture ont participé à briser l’isolement de notre pays, parfois au prix de leur vie (Alloula, Djaout, Asselah, Medjoubi, Matoub Lounès, Hasni...). C’est pourquoi il est d’autant plus intolérable qu’une représentation théâtrale puisse être empêchée par des intégristes, en 2017, à l’université de Bouira.


La culture est un élément essentiel de notre reconnaissance mais aussi de notre influence sur le cours du changement dans le monde. C’est un sujet à traiter avec vigilance. Par exemple, qu’adviendra-t-il lorsque les barrières douanières seront abolies entre l’Algérie et l’Union européenne ? Les conséquences au plan culturel ne semblent ni prises en charge ni même évaluées. Notre pays sera-t-il uniquement un marché pour les produits culturels en provenance de nos partenaires ? Il faut penser à protéger la culture des rapports inégaux qui régissent le monde. Il est nécessaire, entre autres, de doter le cinéma algérien des moyens pour résister. Car, après les chaînes satellitaires et les DVD pirates, nous serons envahis par des multiplex qui ne diffuseront que des blockbusters. Pour faire face à ce risque, il faut permettre à des réseaux de distribution indépendants de se constituer et s’appuyer sur le numérique qui est un formidable moyen d’accès et de promotion de la culture. Mais, pour libérer les moyens de télécommunications et internet des contraintes liées à la sécurité nationale, il faut donner, immédiatement, les ressources à l’ANP pour développer un réseau de télécommunications indépendant. Sinon comment imaginer des bibliothèques numériques ou des plateformes de vidéo à la demande ? Sinon comment envisager des expériences d’autoédition comme celle que propose le peintre Denis Martinez en diffusant ses œuvres à travers la toile ? Sinon comment concevoir un internet libre interactif et citoyen qui garantirait l’accès au réseau, le téléchargement et les droits et rémunérations des créateurs et des auteurs afin de lutter aussi bien contre les inégalités numériques que contre la marchandisation de cette révolution au potentiel émancipateur considérable.


Il faut prendre garde, également, à ce que le processus de développement n’entraîne pas une réduction de la culture au divertissement, voire à la transformer en une sorte d’illusion servant à distraire d’une réalité parfois pénible, un peu à la manière du football aujourd’hui. Nous devons résolument nous détourner de la tentation de s’engager dans la voie du culte du spectacle et de l’asservissement aux goûts supposés d’un public de masse, mais aussi des présupposés esthétiques et des tabous moraux ou sociaux qui fondent l’existence d’un tel système où règnent les conceptions basées sur un pseudo-professionnalisme et le formalisme esthétique. Ces approches accompagnent toujours la régression culturelle et une politique d’abandon. Les dérives qui menacent sont la réduction de l’œuvre d’art à un produit à consommer, la starisation des artistes et une nouvelle forme de fanatisation dont nous devons justement extraire notre société de manière radicale en développant l’esprit critique. L’exposition, au Sous-marin, de l’artiste pop art, El Mous Tach participe de la nécessaire réflexion autour de ces questions urgentes. En détournant, retournant et subvertissant les codes d’une culture mondialisée pour se la réapproprier, elle nous rappelle combien la culture est le ciment de la cohésion nationale et le reflet des transformations de notre société, qu’elle est le rempart face aux velléités d’uniformisation du monde et de remise en cause de la diversité qui fait la richesse de l’humanité à laquelle nous apportons notre contribution singulière.
Il y a lieu de s’interroger aussi sur les conditions matérielles et sociales qui peuvent servir de socle à une relance de la culture. La crise budgétaire avec par exemple la réduction de 58% des sommes allouées au théâtre n’est pas sans conséquences. L’une d’entre elles est la formidable résistance des travailleurs du Théâtre régional de Béjaïa qui ont finalement obtenu de nouveaux financements par l’intermédiaire de l’ONDA. Mais c’est le fait du prince et puis d’autres défis sont là. Le développement des inégalités, le nouveau rapport entre la population citadine et la population rurale, la massification de l’accès à l’université et la nouvelle place de la science dans l’activité humaine ainsi que le développement spectaculaire des moyens de communication sont autant d’éléments qui structurent le débat. La culture doit être intégrée à une stratégie de développement durable qui donne toute sa place au développement humain. Le pouvoir veut, néanmoins, organiser l’activité culturelle en promulguant des lois qui tournent le dos à l’exigence de la libérer de l’arbitraire mais aussi des contraintes du seul marché. Un des leviers d’une nouvelle politique est l’augmentation des ressources consacrées à la culture. Il faut surtout multiplier les voies d’accès à ces ressources pour les artistes et les acteurs du secteur de la culture. Il s’agit, entre autres, de rompre les rapports clientélistes en favorisant la transparence et les recours dans l’accès aux moyens financiers. Une place peut être laissée au développement d’un marché de l’art et la production culturelle pourrait prendre, progressivement, une dimension industrielle en rapport avec le développement réel de la société et du pays. 


Les lois de fonctionnement de l’art et de la culture ne doivent cependant être ni celles du seul marché, ni de la seule entreprise.

Là aussi le partenariat public/privé doit prendre le sens le plus positif.
Il faut développer les moyens matériels de la vie artistique dans toute sa variété, avec pour orientation la levée des obstacles qui freinent l’accès des citoyens aux moyens de diffusion artistique. Les institutions culturelles publiques locales ou centrales, les mouvements d’éducation populaires doivent permettre de développer une culture populaire en préservant le champ de la création de toute instrumentation politique et pour donner aux citoyennes et aux citoyens les moyens de réfléchir, d’agir et de s’émouvoir. Il faut encourager les approches qui privilégient le temps long d’un rapport vrai aux citoyens comme aux créateurs. C’est notamment le cas avec les résidences et les échanges culturels menés en liaison avec le mouvement associatif qui savent résister à la recherche du spectacle permanent. Ces politiques-là vont de pair avec l’ambition de soutien aux créateurs, une réelle volonté d’éducation artistique tout au long de la vie, de soutien aux pratiques en amateurs. C’est autant une politique des liens que des lieux. Il faut donc favoriser la multiplication des lieux de culture : associatifs, publics et privés. Rendre plus accessibles, ne serait-ce que du point de vue des horaires, ceux qui existent déjà et qui, comme les maisons de jeunes, ferment au moment où ils devraient prendre le relai de l’école et de l’université. Enfin, il ne faut surtout pas rester enfermé dans la seule logique d’édification de lieux somptuaires liés à des grands projets culturels, certes nécessaires, mais favoriser la proximité. 
Un des enjeux essentiels est de permettre que les spectacles ou les expositions soient des moments de communion entre les citoyens, des moments qui créent du lien social et politique. La culture, ce n’est pas une affaire de jouissance personnelle et les lieux de culture doivent être des lieux de partage et de rencontre qui permettent d’autres rencontres hors de la culture. Il faut faire partager un monde commun tout en cultivant l’autonomie solidaire des groupes et des individus qui constituent la société algérienne. Cela passe par un autre rapport à l’espace public qui nécessite de réhabiliter les anciennes infrastructures culturelles, multiplier les nouvelles, développer les moyens de transport pour faire reculer les assignations territoriales, faire avancer la civilité, le civisme et créer de nouvelles convivialités. Les familles, les femmes, les enfants doivent pouvoir se rendre dans les lieux de culture sans subir de contraintes. Mais il faut permettre une sociabilité qui ne soit pas basée uniquement sur la logique des centres commerciaux avec leurs multiplexes pour y consommer des films comme on fait du shopping, favoriser la présence de la culture dans les lieux de vie, les centres-villes, au travail, à l’école et l’université, dans les quartiers mais aussi développer la culture itinérante. La rue, l’aménagement urbain doivent être au service de la culture. Les collectivités locales sont donc appelées à jouer un rôle plus important pour lutter contre les inégalités et les déserts culturels.


Au cœur de la politique culturelle, il y a les acteurs culturels. Ni fous, ni assistés, le statut des artistes doit leur garantir les conditions matérielles et morales de leur activité, leur liberté de recherche et de création. On comprend bien que la faiblesse de leur réaction est liée à la dispersion des professionnels, la petite taille de la plupart des entreprises et surtout un chômage chronique entretenant une relative docilité de la profession. On ne peut non plus détacher les réactions du monde de la culture du contexte général : atteinte aux libertés, remise en cause du droit d’association… Les revendications des professionnels, communes à l’ensemble des catégories, ne se sont exprimées ni au sein des institutions et des entreprises, en particulier dans le secteur public, ni à un niveau national, ni par le canal des organisations syndicales. Pourtant, l’une d’entre elles est connue depuis longtemps : la sécurité de l’emploi. Plutôt qu’une démarche claire, on observe une politique qui répond à des desseins politiciens et idéologiques. On cherche à envoyer des signaux et à voir se rapprocher certaines élites. C’est ainsi que les rapports entre l’Etat et l’artiste sont parfois réduits à une récompense versée, une commande de faible importance ou une prise en charge médicale. Au final, le pouvoir a réussi le tour de force de ne répondre ni à ceux qui voient l’art comme un moyen d’expression ni à ceux qui le conçoivent comme un moyen de gagner leur vie. Il faut donc relever l’admirable obstination des artistes qui maintiennent ou développent ce qui peut l’être. 


Pour affronter les défis, il ne faut pas sous-estimer la nécessaire organisation des élites culturelles, des syndicats professionnels indépendants, du mouvement associatif et des institutions liées à la culture. Un pôle d’opinion du même type que le défunt rassemblement des artistes, intellectuels et scientifiques est une exigence. Il faut favoriser la mise en réseau au plan national et international des acteurs du monde de la culture, la circulation des artistes et des œuvres. Il s’agit, par ailleurs, de transformer la nature de nos échanges culturels et scientifiques avec l’étranger pour échapper à la dépendance et développer la coopération. Il est nécessaire de promouvoir la professionnalisation au niveau du management, des techniciens, de développer la formation. Il faut permettre, aussi, l’éclosion de nouveaux talents sans bafouer les artistes confirmés, au nom d’un jeunisme qui voudrait que tout soit périmé. Les bonnes intentions de nos jeunes sont insuffisantes. D’autant que les artistes affrontent une contradiction permanente, entre les encouragements à innover dispensés avant leur travail et ensuite les griefs de n’avoir pas fait assez simple et populaire. Cela révèle une conception de la démocratisation de l’accès à la culture réduite à un nivellement par le bas plutôt que par un accroissement du niveau culturel général.


Mais, au final, l’offre culturelle n’est pas la problématique centrale et c’est la question du partage qui devrait être au cœur de la politique culturelle.

Elle ne relève pas de la seule responsabilité des artistes mais concerne le politique, l’Etat, le sens, l’ambition et les moyens qu’il investit dans le projet culturel national. Les progrès matériels de la société doivent s’accompagner d’une vie culturelle saine et riche. Mais l’arbitraire empêche d’élever le niveau intellectuel de la société et de forger des citoyens éclairés, exigeants et ouverts. Face à toutes sortes de ségrégations qui privent nos concitoyens de toutes sortes d’expériences esthétiques, l’enjeu est donc de créer un mouvement de renouveau culturel qui associe la société. Comme dans les années 70, quand il y avait plus de 1 500 troupes de théâtre amateur, un puissant mouvement de ciné-club et des campagnes d’alphabétisation qui atteignaient les usines et les campagnes à travers le volontariat, tandis que les femmes étaient largement sensibilisées aux idées de planning familial. Ce mouvement a prémuni l’Algérie du pire, en permettant à la société de développer les anticorps qui ont préservé son aspiration au progrès. C’est encore aux jeunes qu’il faut s’adresser aujourd’hui, pour en faire des citoyens décidés à édifier une démocratie moderne. Et on ne peut pas espérer cette mutation profonde sans une véritable rupture dans la conception de la place et du rôle de la culture qui serait de l’ordre de la révolution. Un changement radical qui porterait aussi sur la reconnaissance et la valorisation des pratiques culturelles issues des milieux populaires, car la culture est partout et elle est l’œuvre de toutes et de tous.


Il faut développer une atmosphère de recherche et d’activisme culturel qui propose des langages et des formes d’intervention novateurs, de courants alternatifs, d’expérimentation, de vision critique qui interrogent et amplifient les mouvements de création artistique, de débats sur le beau et le vrai mais qui doivent participer aussi d’une forme de désublimation de l’art pour le rendre plus accessible. Le rôle des moyens audiovisuels est essentiel dans les domaines de l’information, de la formation et de la vie culturelle et artistique. L’information doit être plurielle, démocratique et de qualité. Cela implique la libération et le développement du champ médiatique. Dans un tel cadre, le rôle des médias est de favoriser un rapport vivant entre la création et le public, à rebours du consumérisme ambiant. En effet, le monde de l’art n’est pas clos, on donne son avis, on s’indigne à propos des œuvres. Il faudrait donc multiplier les journaux, les revues de vulgarisation ou spécialisées, les bulletins professionnels ou d’associations culturelles. Il faut que la liberté, la démocratie et l’exigence culturelle s’imposent. Il faut une intervention citoyenne en faveur d’une démocratisation et d’une appropriation populaire des médias. Internet constitue une merveilleuse opportunité.
La culture pour tous, voilà le slogan auquel donner chair. C’est possible, en luttant contre les discriminations sociales dont on sait qu’elles se fondent aussi sur des différences de capital culturel. Il faut donc lever les obstacles sociaux qui freinent l’essor culturel. Il faut une cohérence dans les politiques scolaire, scientifique et universitaire, des arts et du patrimoine, de la jeunesse et de la vie associative. En particulier, il faut lutter contre la déperdition scolaire, s’assurer que l’immense majorité des nouvelles générations arrive jusqu’au baccalauréat pour disposer d’une véritable culture générale et des outils pour s’approprier les bienfaits de la culture, en améliorant la qualité des programmes pour développer la sensibilité esthétique. La culture est un moyen pour accélérer le mouvement vers la citoyenneté. Pour permettre d’y accéder, il faut favoriser non seulement l’alphabétisation, qui est une bataille en passe d’être emportée, puisqu’il ne resterait que 12% d’analphabètes, mais aussi encourager l’appropriation des codes du discours médiatique et esthétique. Il est nécessaire, aussi, de multiplier les possibilités d’extension des savoirs et savoir-faire tout le long de la vie. Il faut, enfin, lutter contre les inégalités persistantes entre hommes et femmes, entre ville et campagne, entre arabophones, berbérophones et francophones. Dans le même moment, il faut développer un effort considérable de traduction aussi bien dans le secteur du livre que dans le domaine audiovisuel et cinématographique. Il faut donc se donner les moyens d’encourager le travail sur les langues nationales (arabe, tamazight et parler algérien).


Le MDS s’est refondé autour de toutes ces questions qui font du sens. C’est sa manière de renouer avec sa belle histoire avec la culture, celle incarnée par Bachir Hadj Ali ou Hachemi Chérif, Benzine et Alloula. Les élections législatives et locales qui doivent se tenir en 2017 seront donc un moment pour, à la fois, établir un bilan exhaustif de toutes les politiques et actions culturelles développées depuis l’indépendance et mener le débat nécessaire autour de ces questions. La culture est un important indicateur des performances des politiques. La politique culturelle est en lien étroit avec le projet de société, avec le pacte républicain et démocratique qui fonde toute l’activité. Elle pose des questions d’agenda de développement, elle exige d’adosser la politique culturelle aux plans de relance, au système national d’aménagement du territoire, à la nouvelle loi sur les collectivités locales et les réformes politiques (loi sur les associations et la loi sur l’information…). C’est ainsi que nous pourrons promouvoir une conception populaire et exigeante de la culture et l’inscrire dans un projet d’émancipation humaine. Il s’agit d’engager une véritable bataille de l’imaginaire, créatif, divers, multiple, pour tenir à distance les risques de standardisation des esprits et faire reculer la fatalité sociale. 
Y. T.

* Secrétaire général du MDS

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