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Par Walid AÏT SAÏD - Jeudi 02 Fevrier 2017 00:00

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Dans cette interview, le président de l'Association de protection et orientation du consommateur et son environnement (Apoce), nous parle de la campagne de dénonciation contre «la mafia de la semoule». Il nous fait quelques révélations sur les agissements peu catholiques de cette mafia qui se «sucre» à partir des subventions de l'Etat avec des méthodes des plus subtiles. Appréciez- plutôt... 

L'Expression: La campagne de dénonciation contre «la mafia de la semoule» a été lancée hier. Pouvez-vous nous expliquer les motivations d'une telle démarche?
Mustapha Zebdi: L'Algérie vit un contexte économique difficile. La loi de finances (LF) 2017 a introduit une augmentation de diverses taxes dont la TVA qui est passée de 17% à 19%. Les rois de la spéculation y ont donc trouvé une aubaine pour sévir. Ainsi, avant même que la nouvelle année commence et que la LF 2017 entre en vigueur, il a été constaté, à travers tout le pays, une augmentation injustifiée de divers produits, particulièrement alimentaires. Ces spéculateurs ont profité du manque de communication autour de cette LF 2017 pour dicter leur loi aux consommateurs. Au début de l'année en cours, les prix ont continué leur flambée touchant même les produits subventionnés dont les prix, réglementés, doivent rester fixes. 
De nombreux opérateurs économiques ont affiché des prix contraires à ceux plafonnés concernant les produits subventionnés, justifiant leur démarche par la concurrence du marché parallèle, l'augmentation des taxes de la nouvelle loi de finances et du prix de transport dans les zones éloignées.

En quoi consiste au juste votre action?
En plus de notre site Internet et de notre page Facebook, on a lancé un numéro vert (33-11) pour recueillir les plaintes des consommateurs par l'Association qui transmettra aux parties concernées les cas de spéculation. Dans un premier temps, nous allons saisir les 48 directions du commerce du pays pour leur faire part de ces dépassement. Si nous n'obtenons aucune réponse, où que l'on constate que rien n'a été fait, nous allons saisir directement la justice. Nous ferons en sorte de faire entendre notre voix et celle du consommateur. nous espérons que les responsables locaux pourront agir pour démasquer les véritables spéculateurs.

Vous parlez d'une «flambée injustifiée» de divers produits, pourquoi n'avoir choisi que la semoule pour cette campagne?
C'est un produit de large consommation pour une grande partie des Algériens, notamment ceux qui vivent dans les régions intérieures du pays. La semoule est pratiquement la base de l'alimentation de ces populations isolées. Elle a vu en ce début d'année une augmentation moyenne de 25% de son prix réglementaire, atteignant même les 65% dans certains endroits. Les prix plafonnés édictés par la loi en vigueur, sont de 900 et 1000 DA/ 25kg pour respectivement la semoule ordinaire et la semoule fine, elles sont vendues à presque 1500 DA. Cela devient un acte criminel. Néanmoins, il faut savoir qu'après la semoule nous comptons élargir notre action vers les autres produits subventionnés comme l'huile, le sucre, le gaz...Nous allons également vulgariser auprès des citoyens la liste des produits subventionnés et leurs prix réglementés pour qu'ils puissent dénoncer toute spéculation. Il faut savoir que beaucoup de citoyens ne connaissent pas les produits que contient cette liste, ce qui profite à cette mafia! 

Sommes-nous véritablement devant une mafia?
Oh que oui! C'est une mafia très bien organisée dont il est difficile de remonter les origines. C'est fait de manière très professionnel. Sur les factures ils ne laissent aucune trace, ils les établissent aux prix subventionnés en exigeant aux commerçants de leur donner la suite en espèce. Celui qui «osera» se révolter contre elle sait très bien qu'il va dans une bataille perdue d'avance...Cette «mafia» est introduite dans les minoteries, la distribution et la vente en gros. Ce qui fait sa puissance et la rend difficile à débusquer. Elle ne se sucre pas sur les subventions de l'Etat seulement en augmentant les prix, mais elle a d'autres moyens bien plus subtils. Je donne l'exemple de certaines minoteries qui font en sorte, lors de la transformation du blé tendre en farine, d'avoir le maximum de déchets, qui n'est autre que du son, pour le vendre plus cher. Le son de blé coûte nettement plus cher que la farine ou le blé lui-même: 2350 DA/quintal alors que le blé est à 1280 DA/quintal. D'autres choisissent par exemple de détourner l'orge acheté chez l'Office algérien interprofessionnel des céréales (Oaic) à des prix subventionnés pour le revendre trois fois son prix aux producteurs de bière. Ceci s'ajoute à la monopolisation de la distribution chez certaines minoteries pour des distributeurs bien précis. Ces derniers jouent avec les prix comme bon leur semble!

Que préconisez-vous pour mettre fin à ces agissements criminels?
Nous sommes en train de faire un travail de terrain pour sensibiliser les citoyens à dénoncer ce genre d'agissements mafieux. Nous voulons jouer le rôle de lien entre les autorités et les consommateurs. Cependant, nous demandons aux autorités de prendre des mesures qui selon notre expérience sur le terrain, mettrons fin à ce trafic à grande échelle. Le travail fait par les autorités avec le lait en sachet est un exemple à suivre. Elles ont réussi à mettre fin aux détournements ce qui s'est fait ressentir sur la facture de l'importation de la poudre de lait qui a fortement baissé. Pourquoi ne pas le faire avec les céréales dont l'Etat dépense la bagatelle de 1,8 milliard de dollars? Nous réclamons aussi que comme cela se fait sur le sachet de lait, il faut que les prix des autres produits subventionnés soient affichés sur leurs emballages avec la mention «réglementé». On demande également au ministère du Commerce d'amender le décret exécutif 492/07 en définissant les prix subventionnés de la semoule au kilo et non par sac de 25 kg comme cela se fait actuellement, ce qui évitera beaucoup de dérives. Enfin, on estime qu'il est temps que nous mettions fin à la politique des subventions tous azimuts... (On l'interrompe, ndlr).

Donc vous pensez qu'il faut en finir avec les subventions?
Non, on n'appelle pas les autorités à mettre fin à leur politique de transferts sociaux, mais nous pensons que l'on doit passer à une subvention plus ciblée pour mettre fin à ce genre de dérives. Ni le Trésor public ni les citoyens ne seront lésés par cette nouvelle politique qui, toutefois, devra prendre quelques années pour être mise en place. On doit d'abord déterminer la définition de la famille nécessiteuse qui, pour l'Apoce, est celle composée de cinq membres et qui a un revenu de 50.000 DA par mois. On doit ensuite créer un fichier national des nécessiteux, tout en trouvant un équilibre qui permettra de sauvegarder les couches sociales actuelles de la société, c'est-à-dire ne pas appauvrir la classe moyenne au profit de la classe nécessiteuse.

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Dans cette interview, le président de l'Association de protection et orientation du consommateur et son environnement (Apoce), nous parle de la campagne de dénonciation contre «la mafia de la semoule». Il nous fait quelques révélations sur les agissements peu catholiques de cette mafia qui se «sucre» à partir des subventions de l'Etat avec des méthodes des plus subtiles. Appréciez- plutôt... 

L'Expression: La campagne de dénonciation contre «la mafia de la semoule» a été lancée hier. Pouvez-vous nous expliquer les motivations d'une telle démarche?
Mustapha Zebdi: 
L'Algérie vit un contexte économique difficile. La loi de finances (LF) 2017 a introduit une augmentation de diverses taxes dont la TVA qui est passée de 17% à 19%. Les rois de la spéculation y ont donc trouvé une aubaine pour sévir. Ainsi, avant même que la nouvelle année commence et que la LF 2017 entre en vigueur, il a été constaté, à travers tout le pays, une augmentation injustifiée de divers produits, particulièrement alimentaires. Ces spéculateurs ont profité du manque de communication autour de cette LF 2017 pour dicter leur loi aux consommateurs. Au début de l'année en cours, les prix ont continué leur flambée touchant même les produits subventionnés dont les prix, réglementés, doivent rester fixes. 
De nombreux opérateurs économiques ont affiché des prix contraires à ceux plafonnés concernant les produits subventionnés, justifiant leur démarche par la concurrence du marché parallèle, l'augmentation des taxes de la nouvelle loi de finances et du prix de transport dans les zones éloignées.

En quoi consiste au juste votre action?
En plus de notre site Internet et de notre page Facebook, on a lancé un numéro vert (33-11) pour recueillir les plaintes des consommateurs par l'Association qui transmettra aux parties concernées les cas de spéculation. Dans un premier temps, nous allons saisir les 48 directions du commerce du pays pour leur faire part de ces dépassement. Si nous n'obtenons aucune réponse, où que l'on constate que rien n'a été fait, nous allons saisir directement la justice. Nous ferons en sorte de faire entendre notre voix et celle du consommateur. nous espérons que les responsables locaux pourront agir pour démasquer les véritables spéculateurs.

Vous parlez d'une «flambée injustifiée» de divers produits, pourquoi n'avoir choisi que la semoule pour cette campagne?
C'est un produit de large consommation pour une grande partie des Algériens, notamment ceux qui vivent dans les régions intérieures du pays. La semoule est pratiquement la base de l'alimentation de ces populations isolées. Elle a vu en ce début d'année une augmentation moyenne de 25% de son prix réglementaire, atteignant même les 65% dans certains endroits. Les prix plafonnés édictés par la loi en vigueur, sont de 900 et 1000 DA/ 25kg pour respectivement la semoule ordinaire et la semoule fine, elles sont vendues à presque 1500 DA. Cela devient un acte criminel. Néanmoins, il faut savoir qu'après la semoule nous comptons élargir notre action vers les autres produits subventionnés comme l'huile, le sucre, le gaz...Nous allons également vulgariser auprès des citoyens la liste des produits subventionnés et leurs prix réglementés pour qu'ils puissent dénoncer toute spéculation. Il faut savoir que beaucoup de citoyens ne connaissent pas les produits que contient cette liste, ce qui profite à cette mafia! 

Sommes-nous véritablement devant une mafia?
Oh que oui! C'est une mafia très bien organisée dont il est difficile de remonter les origines. C'est fait de manière très professionnel. Sur les factures ils ne laissent aucune trace, ils les établissent aux prix subventionnés en exigeant aux commerçants de leur donner la suite en espèce. Celui qui «osera» se révolter contre elle sait très bien qu'il va dans une bataille perdue d'avance...Cette «mafia» est introduite dans les minoteries, la distribution et la vente en gros. Ce qui fait sa puissance et la rend difficile à débusquer. Elle ne se sucre pas sur les subventions de l'Etat seulement en augmentant les prix, mais elle a d'autres moyens bien plus subtils. Je donne l'exemple de certaines minoteries qui font en sorte, lors de la transformation du blé tendre en farine, d'avoir le maximum de déchets, qui n'est autre que du son, pour le vendre plus cher. Le son de blé coûte nettement plus cher que la farine ou le blé lui-même: 2350 DA/quintal alors que le blé est à 1280 DA/quintal. D'autres choisissent par exemple de détourner l'orge acheté chez l'Office algérien interprofessionnel des céréales (Oaic) à des prix subventionnés pour le revendre trois fois son prix aux producteurs de bière. Ceci s'ajoute à la monopolisation de la distribution chez certaines minoteries pour des distributeurs bien précis. Ces derniers jouent avec les prix comme bon leur semble!

Que préconisez-vous pour mettre fin à ces agissements criminels?
Nous sommes en train de faire un travail de terrain pour sensibiliser les citoyens à dénoncer ce genre d'agissements mafieux. Nous voulons jouer le rôle de lien entre les autorités et les consommateurs. Cependant, nous demandons aux autorités de prendre des mesures qui selon notre expérience sur le terrain, mettrons fin à ce trafic à grande échelle. Le travail fait par les autorités avec le lait en sachet est un exemple à suivre. Elles ont réussi à mettre fin aux détournements ce qui s'est fait ressentir sur la facture de l'importation de la poudre de lait qui a fortement baissé. Pourquoi ne pas le faire avec les céréales dont l'Etat dépense la bagatelle de 1,8 milliard de dollars? Nous réclamons aussi que comme cela se fait sur le sachet de lait, il faut que les prix des autres produits subventionnés soient affichés sur leurs emballages avec la mention «réglementé». On demande également au ministère du Commerce d'amender le décret exécutif 492/07 en définissant les prix subventionnés de la semoule au kilo et non par sac de 25 kg comme cela se fait actuellement, ce qui évitera beaucoup de dérives. Enfin, on estime qu'il est temps que nous mettions fin à la politique des subventions tous azimuts... (On l'interrompe, ndlr).

Donc vous pensez qu'il faut en finir avec les subventions?
Non, on n'appelle pas les autorités à mettre fin à leur politique de transferts sociaux, mais nous pensons que l'on doit passer à une subvention plus ciblée pour mettre fin à ce genre de dérives. Ni le Trésor public ni les citoyens ne seront lésés par cette nouvelle politique qui, toutefois, devra prendre quelques années pour être mise en place. On doit d'abord déterminer la définition de la famille nécessiteuse qui, pour l'Apoce, est celle composée de cinq membres et qui a un revenu de 50.000 DA par mois. On doit ensuite créer un fichier national des nécessiteux, tout en trouvant un équilibre qui permettra de sauvegarder les couches sociales actuelles de la société, c'est-à-dire ne pas appauvrir la classe moyenne au profit de la classe nécessiteuse.

Tag(s) : #Vie economique

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