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le 20.02.17 | 10h00 Réagissez

 

La célébration de la Journée nationale du chahid, ce samedi, aurait pu constituer une heureuse opportunité pour les autorités officielles algériennes en vue de s’exprimer sur le débat révisionniste de l’histoire de la guerre de Libération nationale qui s’est invitée dans la pré-campagne de la présidentielle française suite aux déclarations du candidat Emmanuel Macron, qualifiant la colonisation en Algérie de «crime contre l’humanité». Alors que la polémique enfle outre-mer alimentée par les milieux nostalgiques de l’Algérie française, en Algérie, au niveau officiel, on ne se sent concerné ni de près ni de loin par le débat. Notre pays, sa mémoire sont pourtant bien au cœur de cette polémique pour que nos dirigeants ne réagissent pas avec la même force de conviction et la même fermeté à ceux qui cherchent à confisquer l’histoire du peuple algérien. Dans sa lettre adressée au peuple algérien à l’occasion de la célébration de la Journée du chahid, le président Bouteflika a jugé plus important de répondre aux récentes déclarations d’hommes politiques français et aux rapports d’organisations non gouvernementales épinglant l’Algérie sur les atteintes aux libertés et aux droits de l’homme en dénonçant «les complots ourdis outre-mer contre l’Algérie».

Le contexte politique né de la polémique suscitée par les déclarations de Macron sur la colonisation et la symbolique de la célébration de la Journée nationale du chahid plaidaient pourtant, tout naturellement, pour que le président de la République en fasse le noyau central de son message en utilisant les mots et le ton qu’on lui connaît et qu’il n’hésitait pas à faire valoir en d’autres temps. Sous le fallacieux prétexte qu’il s’agit là d’un débat franco-français dans lequel l’Algérie n’aurait pas à s’immiscer, on cherche à excuser et à justifier le silence de nos hauts responsables qui apparaissent bien embarrassés face aux soubresauts de la guerre politico-médiatique et de l’opinion qui se livre dans l’hexagone. Le ton nouveau et «révolutionnaire» du débat ouvert au sein de l’opinion française par les déclarations de Macron n’a pas trouvé le relais et les échos libres et libérés que l’on était en droit d’attendre chez nous du côté du pouvoir.

Se taire devant les tentatives désespérées d’écrire notre histoire, sans le peuple et contre lui, pour quelque considération que ce soit, c’est se rendre complice du funeste projet négationniste de notre glorieuse Révolution en incubation dans les laboratoires des milieux nostalgiques de la colonisation. La raison et les intérêts d’Etat ne sauraient justifier cette posture suspecte de l’Algérie officielle privilégiant la défensive (la capitulation ?) à l’offensive pour faire entendre sa voix. Les sous-traitants politiques chargés de la communication officieuse du pouvoir ne font qu’ajouter encore davantage du désordre à l’absence de lisibilité et de visibilité de la gouvernance dans le pays. Réduire le pavé lancé par Macron à de simples calculs électoralistes, comme le soutient avec légèreté Ahmed Ouyahia, ne rend justice ni à l’homme politique français qui a pris de gros risques pour son avenir politique ni à l’histoire. Pour une fois qu’une voix de la classe politique s’élève outre-mer pour inviter les français à relire l’histoire de la «guerre d’Algérie» avec les lunettes de la vérité, on se livre en Algérie à des lectures fantasques afin de ne pas relayer le combat pour des convenances politiques et des calculs internes de pouvoir.

Omar Berbiche

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