Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Réseau des Démocrates

Espace de rencontres et d'échanges d'expériences en vue de construire des alternatives démocratiques et sociales.

Réseau des Démocrates

Asli Erdogan: «Les institutions de la démocratie turque vont totalement s’effondrer»

 

11 FÉVRIER 2017 PAR NICOLAS CHEVIRON

Arrêtée à l’été 2016 sur des accusations de sédition terroriste, l’écrivain et journaliste turque Asli Erdogan est devenue le symbole des milliers de victimes des purges menées par Ankara. Relâchée fin décembre, après 133 jours de détention, elle revient sur les conditions de son emprisonnement et une liberté au goût amer.

 

Istanbul (Turquie), de notre correspondant.– Dans le monde littéraire turc, Asli Erdogan est une voix qui compte. Une voix qui dérange aussi, lorsqu’elle raconte dans ses livres le monde de la prison ou quand ses articles de presse dévoilent la brutale réalité du conflit kurde, que nombre de ses contemporains préféreraient ignorer. Cette prise de parole lui vaut aujourd’hui d’être poursuivie pour appartenance à une organisation armée, propagande en faveur de cette organisation et tentative d’atteinte à l’intégrité du pays, un crime passible de la prison à vie. Libérée fin décembre dans l’attente d’un verdict après quatre mois et demi de détention provisoire, l’écrivain revient sur son arrestation et nous parle de la Turquie qu’elle a retrouvée à sa sortie de prison.

Le 16 août 2016, la police investit le journal Özgür Gündem, où vous exercez alors une fonction largement symbolique de conseillère éditoriale. Une vingtaine de journalistes sont arrêtés, et le quotidien, qui défend les droits de la minorité kurde, est fermé. Au même moment, les policiers arrivent à votre domicile. Que se passe-t-il ?

Asli Erdogan : Il était environ 15 heures. J’étais au lit, à moitié endormie, à me demander si j’allais sortir ou pas, quand j’entends quelqu’un qui appelle : « Police, ouvrez ! » Je regarde dehors et je vois des policiers des forces spéciales, en uniformes noirs, cagoulés, avec des gilets pare-balles et des pistolets automatiques. Je leur demande de me donner une minute, le temps pour moi de m’habiller, mais ils répondent : « Ouvrez tout de suite ou on défonce la porte. » Je leur ouvre, en short. Un policier entre et place son arme contre ma poitrine en disant : « Ne bougez pas. » Une dizaine d’autres entrent à sa suite. Je constate que le bâtiment est encerclé, qu’il y a des snipers sur les toits. La perquisition commence, qui va durer environ sept heures. Ils jettent mes livres à terre, inspectent tous les documents écrits, saisissent mes clés USB. Il est environ 22 heures quand nous quittons finalement l’appartement.

Commence alors la garde à vue, qui peut être un moment particulièrement délicat en Turquie…

Oui, elle a duré à peu près 72 heures et cela a été le moment le plus difficile pour moi : imaginez une cage, avec seulement deux bancs en bois de 35 cm de large et une couverture très sale, pas de toilettes, pas d’eau, la lumière et les caméras allumées en permanence et quatre femmes là-dedans. Mais, en comparaison des autres cellules, celle-ci était la meilleure. C’était la cellule des enfants, c’est pourquoi les bancs étaient aussi étroits.

 

Asil Erdogan, février 2017. © Nicolas ChevironAsil Erdogan, février 2017. © Nicolas Cheviron

 

Les policiers vous ont interrogée ?

Non, pendant trois jours, ils m’ont gardée là sans me poser la moindre question. Au début, deux ou trois d’entre eux étaient un peu agressifs et menaçants, mais après 24 heures, leur attitude a changé. J’en ai déduit qu’il s’était passé quelque chose, que la presse parlait de moi, que des gens étaient à ma recherche. Après ça, ils ont été très gentils avec moi. Au regard des normes turques, ma garde à vue, c’était de la poésie, après les premières 24 heures. J’ai appris par la suite que leur comportement avait à nouveau changé après mon départ, qu’ils avaient recommencé à utiliser les menaces et les violences physiques à l’encontre des autres femmes. Mais moi, personne ne m’a touchée.

Vous avez ensuite été déférée devant un tribunal…

Le 18 août, j’ai été emmenée devant le procureur qui, une fois encore, ne m’a pratiquement pas posé de questions. Je lui ai dit que j’avais un rôle de conseiller vis-à-vis du journal, or les conseillers n’ont pas de responsabilité juridique. En plus, mon nom figurait à l'ours du journal depuis cinq ans, donc pourquoi m’impliquer maintenant alors que le journal avait déjà été visé par des opérations de police deux fois auparavant, que des centaines de procès ont été ouverts contre lui ? Du coup, j’étais convaincue que j’allais rentrer à la maison le soir même. La police m’avait bien posé quelques questions sur quatre de mes articles, mais cela relevait du droit de la presse, de l’accusation de propagande. Jusque-là, personne n’avait parlé d’être une terroriste ou de chercher à détruire l’unité de l’État turc. J’étais sûre que l’affaire allait en rester là. Après l’entretien, je suis sortie fumer une cigarette. À mon retour, j’ai entendu mon avocat qui était en train de crier. Il m’a dit que le procureur réclamait mon placement en détention provisoire. Nous avons attendu de passer devant le juge. Je tremblais, je crois que je me suis même évanouie pendant cette attente – c’était aussi la conséquence des trois jours que je venais de passer quasiment sans manger. Après un bref interrogatoire, le juge nous a congédiés pour délibérer. Quand il nous a rappelés, à la seconde où mon regard a croisé le sien, j’ai compris. Tous mes tremblements ont cessé. Je savais qu’ils allaient m’emprisonner. J’ai compris toute l’histoire, j’ai compris que j’étais « l’élue ». Je me suis détendue, j’ai arrêté de me défendre.

Le même tribunal avait pourtant relâché les journalistes d’Özgür Gündem arrêtés le même jour que vous. Qu’est-ce qui vous distinguait des autres ?

Pourquoi moi ? Les gens continuent de se poser la question, parce que je n’étais pas membre à part entière de la rédaction d’Özgür Gündem, je suis juste une éditorialiste occasionnelle. Par rapport au mouvement kurde, je ne suis pas liée au parti ou à aucun groupe. Alors quoi ? La réponse la plus rationnelle est que, à travers mon cas, ils voulaient faire passer un message. Parce que, dans la presse d’opposition, je suis la personne la plus modérée. Quelque chose comme : si on peut faire ça à Asli, imaginez ce qu’on peut vous faire à vous. Un message qui serait adressé aux « Turcs blancs » [les élites occidentalisées de l’ouest du pays – ndlr], aux intellectuels, aux femmes, à l’Europe. Il y a aussi une autre explication, que j’ai tendance à privilégier : celle d’une rancune personnelle.

La rancune de qui, à quel échelon ?

À un très haut niveau…

Pourquoi ?

Je ne sais pas. Sans doute en raison d’une interview que j’ai pu donner. Je ne mâche pas mes mots et j’ai critiqué très ouvertement les opérations qui ont eu lieu l’année dernière dans des endroits comme Cizre ou Sur [deux des localités du Kurdistan turc qui ont été le théâtre d’affrontements violents entre forces de sécurité et rebelles kurdes, faisant plus de 2 000 victimes entre l’automne 2015 et l’été 2016, l’armée faisant usage de chars, d’artillerie et d’hélicoptères de combat au cœur des villes – ndlr]. C’est la seule raison à laquelle je peux penser. Tout ceci est dénué de sens. Mais peut-être cette absence de sens elle-même est-elle délibérée ? Une façon de dire : nous pouvons vous arrêter pour n’importe quel motif, même s’il n’y a pas de crime.

« Je ne pense pas qu’en Turquie les juges soient libres de leurs actes »

Commence alors votre séjour à la prison de femmes de Bakirköy, qui durera 133 jours. Pouvez-vous nous parler des conditions de votre détention ?

Les cinq premiers jours étaient les plus difficiles, parce que j’étais en cellule d’isolement. Le lit était sale, pendant 48 heures ils ne m’ont pas donné d’eau. Mais les autres détenues m’ont aidée, j’ai pu faire entrer clandestinement certaines choses. Le cinquième jour, j’ai été transférée vers une chambrée. Après la cellule, c’était un grand progrès. La cellule d’isolement était déjà une amélioration après le commissariat, parce qu’au moins il y avait des toilettes, même si elles étaient épouvantables de saleté, et il y avait un lit, ce qui est nettement mieux que le banc en bois. Mais dans la chambrée, il y a du thé, de la nourriture, des cigarettes. Il y a une cour de 8 mètres sur 6, entourée de hauts murs.

Vous partagiez cet espace avec plusieurs autres détenues. Qui étaient-elles ?

Nous étions entre 20 et 24 personnes, selon les périodes. La plus jeune avait 20 ans, la plus âgée en avait 70. Il s’agissait de Necmiye Alpay, qui a aussi été arrêtée en tant que conseillère éditoriale d’Özgür Gündem. La situation est encore plus risible dans son cas : une septuagénaire, linguiste et critique littéraire, accusée de vouloir détruire l’unité de la Turquie et poursuivie en vertu du même article qu’Abdullah Öcalan, le chef du PKK [Parti des travailleurs du Kurdistan, rébellion kurde – ndlr].

Comment se passait la vie en prison ? Quelles étaient vos relations avec les détenues ?

La prison de Bakirköy est une des moins dures de Turquie. D’abord parce qu’il s’agit d’une prison exclusivement de femmes, et cela fait une grosse différence. Les gardiens sont des femmes, à l’exception de quelques hommes qui ne peuvent pas vraiment entrer dans les chambrées. Et c’est aussi une prison pour enfants. Dès lors, ils ne peuvent pas y être trop cruels. À cause des enfants, ils sont obligés de mettre le chauffage, la nourriture est passable. Les détenues sont principalement des droit commun. Il n’y a que deux chambrées pour le PKK et une pour les groupes d’extrême gauche, soit environ 70 prisonniers politiques. J’étais installée dans une des deux chambrées dévolues au PKK. Les prisonnières du PKK ont un mode de vie communal très organisé, très discipliné. Tous les jours avaient lieu des séances d’éducation. Les filles se réunissent par petits groupes, pour discuter de féminisme, d’histoire, de politique, de philosophie. J’ai rejoint un de ces groupes, avec lequel j’ai pris quelques leçons de kurde. Parfois, c’est toute la chambrée qui est rassemblée. Dans ce cas, je me tenais à l’écart parce qu’il s’agissait de discussions politiques.

Je ne pouvais pas vraiment écrire, l’atmosphère ne s’y prêtait pas. Il y a quand même une sensation de claustrophobie, avec une vingtaine de personnes autour de vous en permanence, et des interruptions tout le temps : les appels, l’arrivée de la nourriture, les visites des avocats, le passage des gardes, les appels téléphoniques. Vous n’êtes pas maître de votre temps. Vous attendez toujours quelque chose. Je faisais des mots croisés et des exercices légers de danse. J’ai d’abord fait mes exercices dans la cour, mais avec l’arrivée du froid, je suis tombée gravement malade. J’ai failli en mourir, j’avais 39 °C de fièvre. J’ai retenu la leçon. La plupart du temps, j’étais trop déprimée pour faire quelque chose de valable. Les mots croisés m’ont beaucoup aidée, et les filles bien sûr. Elles sont très attentionnées les unes envers les autres. À chaque fois que je me sentais mal, il y avait toujours quelqu’un qui venait vers moi pour me parler.

Le 29 décembre 2016, vous comparaissez à votre première audience et le juge décide de vous relâcher, vous et Necmiye Alpay, dans l’attente du jugement. Certaines des charges pesant contre vous semblent aussi avoir été abandonnées…

Je n’ai pas vraiment compris. Le procureur a dit qu’il n’y avait pas de preuves d’une tentative de détruire l’unité de la Turquie. Mais cette accusation pourrait réapparaître dans les réquisitions finales, ou bien les magistrats pourraient changer. On est en Turquie.

 

LIRE AUSSI

Asli Erdogan offre une lueur ténébreuse contre l’obscurantismePAR JEAN-PAUL CHAMPSEIX (EN ATTENDANT NADEAU)

La Turquie se dirige vers «le règne d’un seul homme»PAR NICOLAS CHEVIRON

Turquie: le pouvoir renforce son black-out sur les médias kurdesPAR NICOLAS CHEVIRON

Asli Erdogan: «La question kurde, c'est aujourd'hui l'enjeu numéro un en Turquie»PAR PIERRE PUCHOT

Dossier: Turquie, après le coup d’Etat ratéPAR LA RÉDACTION DE MEDIAPART

 

Pensez-vous que les campagnes de soutien ont pesé sur la décision du juge ?

Oui, sans aucun doute, en particulier celles menées à l’étranger. Sinon, ils auraient pu me garder en prison pendant cinq ans et dire ensuite : on est désolés.

Vous avez donc finalement pu quitter la prison. Comment vivez-vous cette liberté retrouvée ?

Je ne me sens pas libre, pour toutes sortes de raisons. La première, c’est que le procès n’est pas terminé. Ensuite, j’ai confiance dans le juge, mais je ne pense pas qu’en Turquie les juges soient libres de leurs actes. Les magistrats peuvent changer. La détention peut reprendre à tout moment. Ils peuvent m’arrêter pour n’importe quelle raison stupide à tout instant. D’autre part, sortir de prison ne se passe pas comme dans les films. Il n’y a pas une porte qu’on ouvre avec derrière le ciel bleu et le soleil qui resplendit, la liberté. Quand je suis sortie, c’était la nuit. Tout était noir et froid. En fait, on se sent exsangue. La plupart des gens sortent en pleurant, et c’est ce qui m’est arrivé. J’ai pleuré moi aussi, dans la chambrée, parce que je devais me séparer de ces gens. La prison vous coupe profondément de votre propre vie. Vous réalisez en sortant que la plaie ne se refermera pas. Que vous êtes passée de l’autre côté et qu’il n’y a pas de retour possible. Parfois, je m’énerve quand on me dit que, finalement, je ne suis restée en prison que quelques mois. Ce n’est pas une question de durée. Même deux jours passés en prison provoquent un traumatisme inguérissable.

« J’ai commencé à mettre en garde à partir de 2007 sur l’arrivée d’une sorte de régime totalitaire »

Votre arrestation vous a désignée aux yeux de la population turque comme une « terroriste » voulant détruire l’unité nationale. Comment vivez-vous cette situation ?

La Turquie traverse actuellement une psychose : toute personne qui parle des Kurdes doit être un traître. Je suis un écrivain, une partie de mon travail consiste à placer un miroir devant les gens. Et quand ils n’aiment pas l’image qu’ils voient dans le miroir, ils réagissent de manière puérile en se mettant en colère contre moi.

Vous avez, tout au long de votre carrière, pris la défense des droits de la minorité kurde. Quel regard portez-vous sur la Turquie d’aujourd’hui, qui écroue les élus kurdes et où les espoirs d’une reprise du processus de paix semblent de plus en plus vains ?

Je n’ai jamais été membre d’aucun parti ou d’aucun groupe. J’ai seulement tenu une chronique dans le quotidien Radikal, à partir de 1998, dans laquelle j’écrivais l’histoire de vrais gens, de gens qui avaient été torturés, violés, tués. Quand on commence à s’intéresser à ces problèmes, il y a évidemment des questions qu’on ne peut éviter de se poser. On finit par réaliser au bout d’un certain temps que la majorité des victimes sont kurdes, et que si on ne prend pas en compte la question kurde, la question arménienne ou la question des femmes, on ne peut pas vraiment parler de la violence en Turquie. Ce sont les trous noirs de la Turquie. Tant que ces problèmes ne seront pas résolus, il n’y aura pas de démocratie. C’est la ligne que j’ai suivie pendant 18 ans. J’ai eu l’impression que l’État turc se rapprochait progressivement de mes idées. D’abord, le tabou a été brisé : le mot « kurde » a été prononcé, l’interdiction pesant sur la langue kurde a été abolie. La situation semblait s’améliorer, des négociations de paix ont débuté, le HDP [Parti de la démocratie des peuples, gauche pro-kurde – ndlr] a passé le seuil électoral des 10 % au Parlement. Et puis, en 2015, je ne sais pas ce qui s’est passé. Tout a été chamboulé. Et maintenant, nous sommes de retour dans les années 1990 [les années les plus sanglantes du conflit kurde, débuté en 1984 – ndlr] : l’État affirme qu’il n’y a pas de problème kurde, seulement un problème de terrorisme.

 

Le président Recep Tayyip Erdogan entend concentrer encore plus les pouvoirs entre ses mains grâce à un référendum. © ReutersLe président Recep Tayyip Erdogan entend concentrer encore plus les pouvoirs entre ses mains grâce à un référendum. © Reuters

 

D’ici deux mois, le peuple turc doit se prononcer par référendum sur une réforme constitutionnelle qui prévoit l’octroi de très larges pouvoirs au président de la République, en l’occurrence Recep Tayyip Erdogan. Ce projet vous inquiète-t-il ?

Oui et non. D’une certaine manière, je savais que cela allait arriver depuis très longtemps. J’ai commencé à mettre en garde les gens à partir de 2007 sur l’arrivée d’une sorte de régime totalitaire. La réforme va légaliser une situation qui existe déjà dans les faits. J’ai essayé de regarder la situation en évitant de tomber dans l’alternative « pour ou contre Erdogan ». Cette façon de voir les choses, à mon sens, ajoute à la polarisation de la société, elle est dangereuse et superficielle. Concernant ce référendum, quand on essaie de voir au-delà de la personne d’Erdogan, on constate que le texte proposé est encore pire que la Constitution la plus restrictive qui a jusque-là régi la Turquie, celle de 1982 [conçue par une junte militaire après le putsch de 1980 – ndlr]. Une seule personne y dispose de tant de pouvoirs ! Je pense que cette omnipotence est extrêmement dangereuse, quelle que soit l’identité de cette personne. Les institutions fondamentales de la démocratie, qui étaient déjà chancelantes en Turquie, vont totalement s’effondrer : l’indépendance de la justice, la séparation des pouvoirs, les droits de l’homme… On va aller de plus en plus vers un État policier gouverné par un petit nombre de personnes.

Que peuvent faire les intellectuels face à une telle évolution ?

Les intellectuels turcs sont déjà très impuissants. C’est en partie de notre faute, parce que nous n’avons pas suffisamment essayé d’atteindre la société. Nous sommes restés assis trop longtemps sur les genoux des institutions de l’État. Si l’actuel gouvernement a encore peur de nous, c’est une peur irraisonnée. Nous sommes à peu près totalement réduits au silence. Nous nous contentons de parler entre nous.

Avez-vous envisagé de quitter la Turquie ?

C’était le cas avant mon emprisonnement. J’étais sur le point d’aller m’installer au Danemark. S’ils ne m’avaient pas arrêtée, ils auraient été débarrassés de moi. Peut-être m’ont-ils arrêtée pour que je reste en Turquie ? Je pensais partir au Danemark en août 2016, pour un séjour de deux ans. Je me suis construit une vie comme ça : un ou deux ans à l’étranger, et puis retour au pays. Cela donne la sensation trompeuse d’avoir une patrie – en général, il suffit de trois semaines pour que vivre ici redevienne insupportable et que j’aie envie de repartir. Mais je ne veux pas envisager un statut d’exilée. En revanche, ce que j’ai bien compris, c’est que je n’ai pas l’entier contrôle de mon destin. Ils vont décider pour moi, ils me diront d’une façon ou d’une autre s’ils me veulent en vie, s’ils me veulent ici ou plutôt là. Ils vont me le dire et je vais obéir, je suppose. Quand la puissance de l’État vient vous chercher, que pouvez-vous faire ?

 

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Jawel 12/02/2017 14:27

..."la puissance de l'Etat"...une tyrannie dictatoriale redoutable.

Cette histoire renvoie à quelques détails près (surdramatisés à l'écran) de midnight express : l'autobiographie de Billy Hayes vécue justement en Turquie et qui a pour dénominateur commun l'arbitrage à la méthode psycho-éprouvante pour l'exemple, surtout si la suspicion vise, pour l'empreinte, une personnalité.

Engager un bras de fer pour défendre une cause désespérée est souvent, une action perdue d'avance, mais il en ressort une portée positive : la levée de boucliers et la témérité de l' instigateur.

Jawel 12/02/2017 14:27

..."la puissance de l'Etat"...une tyrannie dictatoriale redoutable.

Cette histoire renvoie à quelques détails près (surdramatisés à l'écran) de midnight express : l'autobiographie de Billy Hayes vécue justement en Turquie et qui a pour dénominateur commun l'arbitrage à la méthode psycho-éprouvante pour l'exemple, surtout si la suspicion vise, pour l'empreinte, une personnalité.

Engager un bras de fer pour défendre une cause désespérée est souvent, une action perdue d'avance, mais il en ressort une portée positive : la levée de boucliers et la témérité de l' instigateur.

Jawel 12/02/2017 14:27

..."la puissance de l'Etat"...une tyrannie dictatoriale redoutable.

Cette histoire renvoie à quelques détails près (surdramatisés à l'écran) de midnight express : l'autobiographie de Billy Hayes vécue justement en Turquie et qui a pour dénominateur commun l'arbitrage à la méthode psycho-éprouvante pour l'exemple, surtout si la suspicion vise, pour l'empreinte, une personnalité.

Engager un bras de fer pour défendre une cause désespérée est souvent, une action perdue d'avance, mais il en ressort une portée positive : la levée de boucliers et la témérité de l' instigateur.