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Afin de faciliter la circulation de l'information, je publie ici, avec accès public, la compilation des rapports journaliers du stage thématique "Femmes et sport" organisé par la FSGT en Palestine du 1er au 9 novembre 2016.

MISSION PALESTINE - 1er au 9 novembre 2016
Rapports rédigés par Lydia Martins Viana

AVERTISSEMENT : Ces rapports ont été rédigés sur place chaque jour dans les conditions du quasi direct, depuis le clavier d’un téléphone mobile. Ils se veulent un témoignage du déroulement de la formation, aucunement une analyse ni même une évaluation de cette mission. Ce temps et un écrit viendront ultérieurement.

Rapport n°1 – Mercredi 02 novembre 2016 (première partie)

Le nouveau projet porté par la FSGT en Palestine a été lancé il y a un an. Il s'agit d'un programme inter-associatif pour le développement d'une éducation physique et sportive émancipatrice.
Le projet poursuit plusieurs objectifs :
- former des éducateurs/rices à l'animation sportive
- permettre aux 12 associations engagé-e-s de renforcer leurs compétences en construction et gestion de projets sportifs
- créer un espace d'échange d’expériences entre associations de divers horizons (associations sportives, centres sociaux, associations de femmes, associations pour soutenir les personnes en situation de handicap)
- sensibiliser la société civile et les pouvoirs publics Palestiniens à l'importance des activités physiques et sportives.

La première année a permis à 36 stagiaires de s'approprier la didactique des activités sportives dans 8 disciplines : athlétisme, volley, hand, basket, gymnastique, lutte, danse, jonglerie. Les formations se sont appuyées sur le livre de la FSGT "Des jeux, des sports, des enfants", traduit en langue arabe.

Avant de démarrer notre stage thématique pour appréhender les aspects pédagogiques et les problématiques liées à la pratique des jeunes filles et femmes, la première matinée a démarré par un bilan.

En appui sur des méthodes de l'éducation populaire, les participants ont interrogé l'intérêt et l’impact du sport sur la société, la pertinence d'une approche des APSA par le jeu et les apports de la formation sur leur manière d'animer.

1) L'intérêt du sport : contribue à l'égalité dans la société ; permet d'évacuer des difficultés ; développe la créativité ; constitue une occupation pour les enfants durant le temps libre ; améliore la santé physique et morale ; contribue aux relations sociales...

2) L'importance du jeu : développe la pensée ; permet de s'approprier le sens de l'activité ; permet des interactions sociales ; contribue à l'estime de soi ; crée de la joie ; permet à l'enfant de construire les règles...

3) L’impact de la formation sur l'animation : pas de perdants ni de gagnants ; mise en place d'une progression dans la découverte de l'activité ; capacité d'adaptation du matériel en fonction de l'espace ; utilisation du jeu ; mise en place d'espaces d'échanges avec les pratiquants ; capacité d'adapter l'activité par rapport à différents publics...

Les éducateurs/rices, bénévoles ou salariés, ont terminé ce premier temps de bilan en exposant les nouvelles activités qu'ils et elles ont d'ores et déjà expérimenté ici et là. 
Ils regrettent l'éloignement et même la déconnexion du ministère des sports (la FSGT coopère avec le ministère de l'éducation nationale) de leurs réflexions, préoccupations et besoins.

Rapport n°2 – Mercredi 02 novembre 2016 (deuxième partie)

Chaque journée de notre stage débutera par une mise en réflexion sur une question liée à l'égalité hommes/femmes (mousawa).

Nous commençons aujourd'hui par pointer les obstacles à la pratique des filles et des femmes, et à celle des garçons et des hommes.
Chacun réfléchis seul durant 6mn, puis à 2, puis en petits groupes de 4 à 6 et la réflexion se poursuit par une mise en commun.
Sans surprise, la liste des obstacles à la pratique des femmes est plus longue que celle des hommes, et, si certains problèmes sont communs, d'autres sont vraiment spécifiques. 
Un échange a lieu pour classer ces obstacles dans de grandes catégories : obstacles liés à la famille ; la culture ; le travail ; la religion ; la situation politique ; la situation économique ; les infrastructures...
Nous utilisons ensuite la matrice d'Eisenhower pour organiser ce qui est le moins et plus urgent, à croiser avec le moins et le plus important. Nous retiendrons enfin les éléments apparaissant dans la case « plus urgent » et « plus important », éléments sur lesquels agir au plus vite.
L'absence de culture sportive, le poids des us et coutumes, l'absence de clubs sportifs pour les femmes, l'absence d'activité gratuite, l'arrêt de la pratique à l'âge de la puberté, le manque d'égalité de traitement, les représentations sur de nombreuses disciplines sportives (qui seraient réservées aux garçons) et sur le sens de la pratique elle-même, tels sont les problèmes les plus cruciaux identifiés - autant d'axes sur lesquels agir en priorité.

Cette première journée s'achève par la présentation de la semaine et le choix des deux activités qui serviront de support à l'animation (2 classes d'enfants entre 10 et 12 ans). L'athlétisme et le handball seront au programme.

Rapport n°3 – Jeudi 03 novembre 2016

La journée débute par "l'horloge du temps"... qui va permettre de mettre en lumière les contraintes des femmes. Il s'agit d'abord de décrire l'activité que chacun a fait juste avant de venir au stage et ce qu'il va faire en rentrant chez elle ou lui... 
Si les hommes présents (précision, ils sont jeunes et vivent chez leurs parents) inscrivent des éléments dans la case loisirs (visite à des amis, sortie au coffee Shop, Facebook...), rare sont les femmes (la plupart sont mariées avec des enfants) qui auront des loisirs en rentrant, quelques unes indiquent toutefois "repos". Mais, principalement, elles s'affairent à préparer les repas, s'occuper des enfants et de leurs devoirs. Rangement et ménage sont également cités à de nombreuses reprises. Soulignons ici que les femmes en France passent en moyenne 4h20 par jour aux tâches ménagères, contre 2h07 pour les hommes. Mais poursuivons.
Elles et ils inscrivent ensuite sur une horloge une journée type. Nous affichons l'ensemble des horloges au mur et organisons un cours échange qui met en lumière deux conditions essentielles favorables à une pratique sportive pour les femmes : la proximité et l'importance à accorder au choix du moment de pratique.
"A partir du printemps, lorsque les journées s'allongent, c'est plus facile" dira Leila. "Il faut s'organiser, mais c'est possible si on le décide" renchérit Khadija. "La revendication partira des femmes pour les femmes", c'est sur ces mots de Nina que s'achève cette mise en route de la journée.

Quatre groupes sont ensuite organisés. Chacun d'entre eux a la charge de préparer durant 1h30 une animation (2 groupes en athlé, 2 en hand) pour les enfants qui arrivent de deux écoles à midi (11h en France).
Une situation de référence, une progression dans l'activité, organiser les espaces avec le matériel disponible (il faut s'adapter, nous ne pensions pas avoir les 80 enfants en même temps !), gérer le temps et l'organisation des groupes. Les objectifs qui sont autant d'observables (que j'utilise au moment où j'écris ces lignes) sont les suivants : est-ce que tous les enfants jouent ; est-ce que les règles mises en place garantissent la réussite de tou.te.s ; quel est le temps de jeu des enfants ; est-ce que la mise en activité se fait par le jeu ; les consignes sont-elles claires... Tout cela sous un beau soleil dans le très beau stade d'Hébron.

Le débriefing se fera demain matin, nous allons achever la journée par un déjeuner convivial, car le stage débute à 9h et s'achève à 14h pour que toutes et tous puissent partir au plus tard à 15h, car nous sommes sous occupation et les conditions de circulation sont difficiles pour les Palestinien.ne.s. 
Demain vendredi, c'est jour de congé en Palestine, nous serons donc en pause.

Rapport n°4 - Samedi 5 novembre 2016

La journée débute par la traditionnelle question "mousawa", d'égalité ou de genre si vous préférez.
Une image est projetée : un ours ou une ourse assis ou assise sur un fauteuil, près d'un feu de cheminée. S’agit-il d'un papa ou d'une maman ours ? Telle est le sujet du débat.
Nous utilisons le débat mouvant pour organiser la séance. Chacun doit se positionner d'un côté d'une ligne en fonction de son point de vue de départ. Seules deux femmes optent pour le choix de la maman ourse, tout le reste du groupe, femmes et hommes, pensent qu'il s'agit d'un papa ours.
Chacun doit alors à tour de rôle argumenter son point de vue et tenter de convaincre les personnes positionnées en face pour les amener à changer d'avis. "La position très affalée sur le fauteuil, ça n’arrive jamais aux femmes." "Une maman fait toujours plusieurs choses à la fois." "Si, mais il est 22h, c'est une maman très fatiguée." "Non l'ours n'a pas l'air fatigué, il se détend." "Il regarde la télé." Notre traductrice, algérienne vivant en Palestine depuis 22 ans, affirmera quant à elle : "ça peut être les 2 car tout le monde a le droit de se reposer." "Une demie heure" précisera-t-elle...
Après ce premier temps de débat, pas très mouvant car personne n'a fait évoluer sa position, le groupe doit dessiner des attributs à l'animal pour qu'il ressemble à un papa ours : pipe, moustache, assiette, tv, tasse de café, miettes par terre, chicha à proximité, les pieds sur la table, des enfants qui se battent à côté et le Papa est indifférent, il s'est même endormi... Comme vous le voyez, les femmes s'en sont données à cœur joie.
La même consigne est ensuite donnée pour que nous devinions une maman ours. La maman écoute de la musique, elle s'allonge, l'horloge indique 22h, elle porte un voile, elle prépare des courgettes, elle est maquillée, elle est enceinte, s'occupe des devoirs des enfants, porte des chaussures à talons.
La question leur est alors posée : seulement deux éléments permettent d'indiquer qu'il s'agit d'un papa ou d'une maman, lesquels ?
"La moustache et le fait qu'elle soit enceinte" affirme très vite Amani. C'est exact. 
Cet exercice permet d'interpeller chacun et chacune sur des normes de la société qui sont intégrées comme des éléments naturels. Or, ici, les premières listes évoquées ne comportaient aucun élément de type sexué qui puisse déterminer qu'il s'agit d'un papa ou d'une maman.
"La société, non seulement réparti les activités entre hommes et femmes, mais elle les hiérarchise" insiste Nina. "Ces normes sont des stéréotypes" poursuit-elle. Des stéréotypes qui mettent en place un certain type de rapport entre les sexes, et influent sur l'ensemble des activités dont la pratique sportive.

La séance se poursuit par la projection d'images de manifestations sportives féminines en France, très très stéréotypées...

Nous enchaînons par un moment important : l'évaluation de la première séance d'animation. Chacun, individuellement, doit écrire un point positif et un point négatif. Puis, un échange a lieu dans le petit groupe qui a préparé, suivi d'une mise en commun avec l'autre groupe ayant animé la même activité sportive (rappel : athlétisme ou handball).
Chaque groupe doit exposer à l'autre les situations qu'il a proposées aux enfants avec le but du jeu, et indiquer les éléments positifs et les limites rencontrés. L'échange s'élargie ensuite à partir de l'observation réalisée en direct.
Un certain nombre de conditions sont identifiées pour améliorer les séances suivantes : une meilleure utilisation de l'espace ; un aménagement plus lisible pour les enfants ; des consignes restreintes imagées pour faire appel à l'imaginaire de l'enfant ; la nécessité pour les animateurs/rices d'observer en direct si tous les enfants jouent ; faire moins de situations mais plus longues pour une meilleure appropriation. Il est à noter, en athlétisme, que les deux groupes ont eu le souci d'organiser une séance intégrant la progression de l'enfant dans l'activité jusqu'à une forme finale de rencontres compétitives pour mesurer ses propres progrès et se confronter aux autres.
Ce temps aura été fort utile pour la séquence suivante dont le but était de préparer les séances d'animation de dimanche et lundi.

La journée de stage s'est achevée par une appropriation d'un concept de compétition sportif et festif innovant qui devra être mis en oeuvre mardi, à l'occasion de la journée finale (mais qui peut être mis en oeuvre à l'occasion d'une fête au sein des associations). Une fête du soleil sera organisée mardi. Les enfants constitués en équipes de 4 devront se défier dans l'ensemble des ateliers proposés. Plus on joue et plus on marque de points (3 points la victoire, 2 points en cas d'égalité, 1 point là défaite), plus on marque de points et plus on se rapproche du soleil, le but étant de s'approcher le plus près de cet astre lumineux. Quatre espaces athlétisme seront proposés et quatre espaces hand. Dans chacun d'entre eux, deux situations seront proposées, les équipes négocieront pour déterminer un choix. Un atelier danse permettra de réaliser un final avec un mouvement dansé de tous les enfants qui auront joué le jeu (ça vaut 3 points). Je vous épargne ici les multiples détails de l'organisation nécessaires à la mise en place de ce défi sur un temps limité (1h30) et avec 80 enfants !
Un groupe travaillera demain pour affiner et adapter cette organisation à la réalité des stagiaires présents et du matériel disponible...
Le principe de ce jeu rejoint la célèbre citation de Nelson Mandela : "Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j'apprends".

Rapport n°5 - Dimanche 6 novembre 2016

Pour ce quatrième jour de stage, la question d'égalité est une invitation à la réflexion à partir d'une carte postale d'une jeune fille footballeuse à Gaza. La légende indique : "De toutes ses camarades étudiantes, Rawan est la seule autorisée à jouer au football. Son entraîneur (femme) Hala a ouvert une équipe de foot jeunes féminine après avoir été interdite de quitter la bande de Gaza, elle ne peut plus jouer dans l'équipe nationale palestinienne. A Gaza, il n'existe qu'une équipe de football féminine en raison d'une interdiction des autorités locales. Quand on lui demande si elle préférerait être un garçon, Rawan répond immédiatement : "Bien sûr, au moins je pourrais être libre."

Nous organisons les échanges sous la forme d'un débat en étoile. Quatre groupes disposés en étoile vont partager leurs réflexions et affûter leurs arguments. Un membre de chaque groupe viendra ensuite débattre au centre de l'étoile. Nous reproduirons cette forme pour les deux questions proposées.
Commençons par la première. Quelles sont les causes qui font que cette fille préférerait être un garçon pour jouer au foot ?
Deux grandes causes semblent identifiées :
- en numéro 1, la société, et le pouvoir en place à Gaza, "contrôle la femme dans toutes ses activités". "Il n'y a pas assez de centres sportifs pour les femmes" et les jeunes filles, contrairement aux garçons, ne peuvent jouer dans leur quartier ou dans la rue (à part les petites filles). "Il y a une inégalité entre hommes et femmes dans la pratique des jeux et des sports. "Le foot est considéré comme un sport de garçons." "Il n'y a pas assez de formatrices et éducatrices qui s'intéressent au sport des femmes" ;
- l'autre aspect concerne la situation de blocus de Gaza. L'impossibilité de se déplacer rend difficile toutes compétitions sportives ou autres formes de rencontres.

Que faudrait-il changer pour que cette fille puisse jouer au foot ? Face à cette deuxième question, les débats vont bon train dans tous les groupes : l'effet des débats précédents ou bien le temps qui installe une ambiance plus complice et propice à l'échange, la forme proposée, sans doute un peu des trois.
La mise en commun est intéressante. L'ensemble des suggestions visent à sensibiliser les familles à cette problématique. Il y a une conscience qui mûrie que la société est avant tout déterminée par les actes et prises de position de chacun dans ses différentes sphères de vie, au quotidien. Le rapport aux traditions peut évoluer, rien n'est figé. Un sentiment général d'ailleurs se dégage, une volonté de prendre ses affaires en main et de ne pas compter sur une autorité assez discréditée. Attention, ce n’est pas formulé ainsi, mais cela transparaît.
Quelques suggestions sont faites : inciter les parents à participer à des événements ; utiliser les médias et les réseaux sociaux ; organiser des matches féminins en ouverture des matches masculins ; organiser une journée de foot pour les femmes pour parler du sport féminin, "à l'image du marathon pour la cause palestinienne"...
Le rôle de l'école et de l'université est évoqué pour créer un contexte favorable au niveau de l'éducation et des pratiques concrètes. D'ailleurs, il existe des rencontres sportives inter-collèges (ou lycées ?) en foot, volley, basket et hand pour les filles. La création d'espaces de pratiques avec un encadrement apparaît ensuite primordial. La séance s'achève dans la joie.

Nous reprenons ensuite le travail dans les 2 groupes d'activité : athlétisme et handball.
Chaque petit groupe présente à l'autre la séance qu'il a construite, cela crée une petite émulation. Le contenu a bien évolué par rapport à la première séance. Le groupe athlé va toutefois devoir s'adapter car nous sommes durant 2 jours au Palais des Sports et non plus au stade. Le handball aura lieu au gymnase et l'athlétisme sur le parking. Mais l'ingéniosité est plus souvent au rendez-vous lorsque les conditions de pratiques ne sont pas idéales. Du scotch de couleur au sol, de la ficelle entre deux chaises pour faire les haies, quelques plots, et voilà les terrains de jeu prêts à accueillir les enfants. Ils sont toujours 80 (40 garçons et 40 filles) et tourneront par groupes de 20 dans les 4 espaces. Ils et elles arrivent tout sourire avec leurs cartables qui semblent bien remplis. Je les retrouverais tout souriants à la fin des deux heures, visiblement heureux de ce moment. Pendant ce temps, je m'étais éclipsée avec 3 enseignantes d'EPS pour travailler à la préparation de la fête du soleil de mardi. Elles se sont approprié le concept de la ruche en se confrontant à l'organisation de l'événement. C'est décidé, il y aura 16 équipes de 5 enfants qui devront se défier dans 9 espaces sportifs, durant 8 mn. Les équipes seront définies dès demain avec les instits dans les classes et les enfants choisiront leur nom d'équipe au même moment, ce qui permettra de gagner de précieuses minutes d'organisation le jour J. Défier le temps sera sans doute le principal challenge de nos organisatrices.

Rapport n°6 - Lundi 7 novembre 2016

Nous n'avons pas beaucoup de temps ce matin pour cette séquence "mousawa" (égalité). Les éducateurs et éducatrices en formation vont observer des photos prises hier en athlé et hand. Il s'agit d'analyser s'il existe des différences de pratique entre les filles et les garçons.
L'échange a lieu en séance plénière.
Les deux photos d'athlétisme (course de vitesse) montrent que garçons et filles pratiquent de la même façon. Il n'y a par conséquent pas lieu de les considérer différemment. Une petite différence apparaît tout de même aux regards les plus avertis. Les garçons sont déjà dans la compétition : ils s'observent entre eux.
Les filles regardent droit devant, elles courent pour elles, juste pour aller le plus vite possible. Elles ne sont pas encore dans la compétition, il va falloir leur apprendre. 
La compétition est une norme sociale inculquée aux garçons mais pas aux filles. Précisons ici que nous parlons du sens étymologique du terme, cum petere, faire ensemble. La devise de la FSGT étant : l'adversaire est l'ami qui me fait progresser.

Nous enchaînons avec des photos de hand. Y a-t-il une différence de jeu ? "Non, c'est presque pareil" réagit instantanément Ola. Analysons ce presque de plus près.
Le garçon et la fille à l'image tiennent tous deux la balle à une seule main. Il et elle cherchent à passer la balle à un.e coéquipier/ère, il et elle courent et observent. Nous sommes là dans une maîtrise intéressante de plusieurs compétences mises en oeuvre simultanément. La seule différence se situe dans la position du bras, le garçon est en position arrière pour armer sa passe, ce n'est pas le cas de la fille.
Nous passons à deux autres images de hand ou plusieurs enfants apparaissent. Premier constat : toutes et tous sont en mouvement et jouent au jeu proposé. Pourtant, les animatrices ont eu le sentiment en fin de séance que les garçons jouaient plus facilement. Pourquoi ? La question est posée. "Les garçons comprennent mieux les règles." Face à cette affirmation, Nina invite à regarder la photo de plus près. Un des garçons transgresse la règle en tirant le maillot de son adversaire, alors que la fille essaie de passer devant, elle respecte la règle. Autrement dit, le garçon gêne le jeu et la fille développe le jeu.
Un petit échange a lieu sur les fausses idées dont nous sommes toutes et tous porteurs. Par exemple, que ce sont les différences physiques qui facilitent la mise en activité des garçons. Or, les garçons ont pris de l'avance au niveau moteur parce que, contrairement aux filles, ils pratiquent souvent dans la rue. Les différences qui peuvent être observées sont en fait liées à une socialisation différenciée entre garçons et filles. Les garçons ont plus de temps d'apprentissage.
Les filles pour progresser ont besoin de temps de pratique institués.
La séquence permet d'interpeller chacun sur ce qui relève de normes sociales dont nous sommes imprégnés et qui nous empêchent par exemple de voir que des garçons peuvent être en difficulté. Elle incite également à développer des capacités d'observation en situation. (Des grilles d'observation ont été distribuées la veille).
La deuxième séquence porte sur la Fête du soleil qui aura lieu demain au stade d'Hébron.
Arami et Leila, enthousiastes, présentent le travail réalisé hier. C'est non sans une certaine satisfaction que je les écoute, constatant que le concept de la ruche est totalement intégré et maîtrisé. La séance se termine par un débat sur le choix des noms à donner aux 9 espaces sportifs pour faciliter l'organisation. "Des noms de villes palestiniennes", "de villes et villages palestiniens d'avant 1948", "de camps de réfugiés", ces premières propositions ne seront finalement pas retenues. Les terrains de jeu porteront le nom de planètes : Pluton, Neptune, Jupiter, Mars, Venus, Mercure, Uranus, terre, Saturne.
La préparation de la fête du soleil va se poursuivre ensuite dans les groupes athlé et hand, juste après avoir fignoler la séance d'animation de la journée. L'ambiance est très studieuse. Chacun et chacune a à cœur de réussir ce dernier moment sportif et festif. Une liste de matériel est dressée pour être dans les meilleures conditions.

Il est 11h40. Les enfants arrivent dans 20mn. Le temps est venu d'aménager les espaces du jour : la Halle des sports et le parking. Le temps presse. Décision est prise de poursuivre le travail du groupe autour du repas.

Les enfants arrivent et, comme convenu, ils ont organisé leurs équipes et choisi leur nom pour la fête du soleil. Toutes et tous ont opté pour des noms de villes palestiniennes : Hébron, Jérusalem, Naplouse, Bethléem, Ramallah, Tulkarem, Jenine, Qualkilia, Jaffa, Gaza, Akka, et Jéricho. Les profs d'EPS peuvent désormais entreprendre la préparation des visuels pour organiser la ruche.
Pendant ce temps, les enfants semblent toujours aussi heureux et nous observons de réels progrès dans la maîtrise du jeu, visibles particulièrement en handball, et de l'animation, même si en athlé le temps passé en explications de consignes reste trop élevé, réduisant grandement le temps de jeu des enfants. 
Comme il est de tradition, nous achevons cette cinquième journée de formation par un repas...

Rapport n°7 - Mardi 8 novembre 2016

Première satisfaction de la journée, les astres sont avec nous. Le soleil est plus éclatant que jamais pour sa fête.
La question "mousawa" (égalité) du jour vise à commencer à se projeter et faire le bilan de la semaine de formation.
La séquence débute par une réflexion individuelle où chacun.e durant 6mn doit envisager trois idées d'actions concrètes en prenant en considération les particularités de son association et le contenu du stage. Ces propositions sont ensuite croisées durant 10mn par groupes d'associations. Trois actions doivent être retenues. Elles sont ensuite présentées à tous.

Groupe des associations handicap :
- Sensibiliser les familles par l'organisation de réunions
- Organiser des fêtes, festivals en faisant participer les familles
- Agir pour que les médias relayent l'information.

Groupe des associations sportives :
- Faire des activités durant toute l'année, penser à la progression sur la durée 
- Publicité vers les femmes
- Aller dans d'autres clubs pour les sensibiliser à la pratique féminine.

Groupe des associations de femmes :
- Organiser des Apsa le vendredi (jour de repos)
- Créer des clubs sportifs pour les femmes 
- Créer des garderies pour les mamans qui ont des bébés.

Groupe des profs d'EPS : 
- Organiser des activités à partir des écoles pour les mères et faire des concours, festivals entre les écoles
- Diffuser dans les médias l'importance du sport pour la femme
- Organiser des échanges sportifs avec des clubs.

Nous enchaînons par une courte séquence visant à faire le bilan de la formation au cours de laquelle chacun.e doit dessiner sa main et indiquer des éléments au bout de chaque doigt : 
Pouce = 1 point positif
Index = 1 point négatif 
Majeur = 1 point à changer
Annulaire = Un élément marquant du stage
Auriculaire = 1 mot pour résumer la formation.
Nous utiliserons ces fiches individuelles ultérieurement lors de notre propre bilan.

Chacun doit ensuite situer ses compétences sur une cible* en s'efforçant de montrer l'évolution entre le début et la fin de stage : le but des jeux ; les critères de réussite ; la maîtrise du temps ; l'organisation des groupes ; l'organisation de l'espace ; la maîtrise de la sécurité ; l'entrée par le jeu...

Il est désormais temps d'organiser les derniers préparatifs de la fête du soleil. Leila répartit les éducateurs/rices par équipes d'enfants et rappelle les consignes : la durée des rencontres par espaces de pratiques sera de 8mn ; chacun vient inscrire ses points à la table centrale et choisir un nouveau défi.
Le travail se poursuit au sein des deux groupes athlé et hand pour rédiger les fiches de jeu qui seront affichées à l'entrée de chaque espace. Rappelons qu'il y aura 9 espaces : 4 situations d'athlétisme, 4 situations de handball et un atelier danse.
Le temps presse, les enfants arrivent bientôt et l'heure est désormais à l'aménagement du terrain, chacun s'affaire à cette tâche avec une décontraction quelque peu déconcertante, piano piano, no stress... pourtant les minutes s'égrènent... 
À l'arrivée des enfants, le rythme va changer. Une véritable ruche se met en place. Le premier quart d'heure s'organise non sans une certaine cohue. Mais enfants, éducateurs/trices et organisatrices prennent leurs marques et les défis s'organisent. (Désolée, étant restée durant les 2h à où à proximité de la table centrale, je n'ai pu prendre de photos des enfants en activité).
Les enfants sont rayonnants de bonheur, bien que la fatigue se lise sur quelques visages.
Leur passage à l'espace danse permettra d'achever cette belle manifestation dans un mouvement d'ensemble, pas tout à fait au point, mais dans "un joyeux bordel" comme le soulignera Anne-Laure qui a coordonné cet espace.
Les profs d'EPS à la manette pour la première fois d'une telle organisation sont épuisées mais heureuses car conscientes de leur performance. Signalons que ce type d'événement s'organise sur des durées beaucoup plus longues habituellement.

La semaine s'achève dans la joie, les selfies et les photos de groupe. Le temps est venu de nous dire au revoir. L'émotion se mêle à la satisfaction d'un bon moment de partage.
Les stagiaires venu.e.s d'Hébron, Naplouse, Tulkarem, Bethleem, Jérusalem, Jéricho se retrouveront lors des prochains stages thématiques : en janvier sur la pratique sportive avec des personnes en situation de handicap ; en février pour le stage sur l'éducation physique et sportive à l'école et les activités périscolaire ; en avril pour la formation en milieux ouverts.
Une mission s'organisera en mai pour faire un bilan de cette seconde année du projet et lancer la suite. Les éducateurs/rices en formation devront ensuite lancer des projets pilotes au sein de leur structure associative. Ce sera leur nouvelle étape de formation.

A suivre

LMV

* L'ensemble des outils et méthodes utilisés ont été pensés pour faciliter la participation de toutes et tous au cours de la formation. Ils visent également à être mobilisés par les stagiaires pour faire vivre leurs associations et projets.

Tag(s) : #Politique internationale, #Vie Educative

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