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Pour le Premier ministre, les émeutes du début de l’année ne sont que le fait d’une “manipulation anonyme” de parties hostiles à l’Algérie. Comme à son habitude, il a choisi le confort d’un auditoire de circonstance pour délivrer ses faciles appréciations sur la situation nationale. Un auditoire d’artistes convoqués pour la remise des chèques de “droits voisins”. Cela faisait un peu “khoudh el meftah ya fellah” — Driassa était là — que cette présence utilitaire de “fennanine” venus pour la perception cérémonieuse, filmée et médiatisée de leurs droits professionnels. Une “distribution” qui insinue la générosité du pouvoir pour la communauté des arts.
Dans cette ambiance favorable, Sellal peut donc proclamer à loisir que “nous ne connaissons pas le printemps arabe”, que “le printemps arabe ne nous connaît pas” et convoquer “Yennayer” pour les besoins de l’unique singularité de notre pays : l’inamovibilité de son système et la “stabilité” du régime en place. Pour une fois qu’un officiel conteste notre arabité intégrale, c’est pour ne pas avoir à partager l’aspiration au changement des peuples dits “arabes” que suggère la notion de “printemps arabe”.
En matière d’arguments politiques, le Premier ministre n’en est pas à une approximation près. Mais l’idée de fond de son message, c’est le déni de mécontentement social et le déni de sa légitimité.
La belle affaire ! En plus d’avoir éclaté dans une région creuset de desseins politiques douteux,  le mouvement a été donc pollué par l’opportunisme de bandes de casseurs et de pillards. Il n’en faut pas plus pour que le pouvoir ôte toute signification sociale et politique à l’événement.
Socialement, il réduit la question à une histoire de prix de “produits de première nécessité”.
Politiquement, il réduit les faits à une “tentative de manipulation anonyme” qui a échoué parce que “nous ne sommes pas des moutons”. La preuve, de “jeunes internautes” ont dénoncé et déjoué “la manipulation”. Au passage, il faut observer ce recours à l’idée de bons citoyens qui s’opposent à de mauvais citoyens, manipulés ou malintentionnés, pour défendre “la stabilité” de “leur” pays.
En opposant des Algériens “pacifistes” à des Algériens “activistes”, le pouvoir compte faire régner son ordre sans avoir à déployer tout son potentiel de répression. Et pour la même raison, il n’hésite pas à recourir au dangereux usage politicien de la mosquée, comme il vient de le faire ce vendredi en la chargeant de défendre le mot d’ordre de “stabilité”. Prenant, là, le risque d’un effet balancier.
En la matière, l’histoire récente nous met pourtant en garde contre ce genre d’enrôlement politicien de la religion. On continue à en payer le prix. Le pouvoir, pour perpétuer sa “stabilité”, semble prêt à gonfler la facture !
C’est cette légèreté politique d’un régime obnubilé par sa seule survie qui nous condamne à recommencer nos échecs.   

Tag(s) : #Vie politique

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