Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

Par Naoufel Brahimi El Mili

Huit ans déjà, Barack Obama était sous les feux de tous les projecteurs de la planète. Un Noir à la Maison Blanche ! Une nouvelle Amérique était née, comme les espérances. Le monde était en liesse, particulièrement le monde musulman. «Essalamou Alaykoum», ces paroles déclamées en arabe par le 44e Président des Etats-Unis du minbar d’Al-Azhar promettaient la paix. Le 4 juin 2009, Hussein Mubarak Oussama, plus connu sous le nom d’Obama, prononce le discours du Caire : «Je suis venu ici à la recherche d’un nouveau départ entre les Etats-Unis et les musulmans du monde, un nouveau départ fondé sur l’intérêt partagé et le respect mutuel, un nouveau départ fondé sur cette vérité : l’Amérique et l’Islam ne sont pas antagonistes et n’ont pas besoin d’être en concurrence. Au contraire, ils s’imbriquent et partagent des principes communs – des principes de justice et de progrès, de tolérance et de dignité pour tous les êtres humains.» Cette envolée lyrique se poursuit : «Je suis chrétien, mais mon père est issu d’une famille kényane qui compte des générations de musulmans. Enfant, j’ai passé plusieurs années en Indonésie et entendu l’appel à la prière à l’aube et au crépuscule.» De très belles et émouvantes paroles qui auraient pu être chantées en duo par Mireille Mathieu et Enrico Macias dans un de leur élan de béatitude pour un public acquis. Cette douce et déchirante mélodie finit par convaincre le jury d’Oslo d’attribuer, quelques mois plus tard, le prix Nobel de la paix à Barack Obama. Alléluia ! L’Occident chrétien vivra en harmonie et en paix avec l’Orient musulman. 
Le Président américain a toutes les cartes en main. Il le sait, il hausse le ton avec Israël et demande à Tel-Aviv de mettre fin aux colonisations sauvages. Benyamin Netanyahou, Premier ministre à la tête d’une coalition nationaliste et ultra-orthodoxe, fait la sourde oreille. Le nouveau prix Nobel de la paix baisse très vite les bras. Mais curieusement, ce n’est que sept ans plus tard, à quelques semaines de la fin de son second mandat, qu’Obama, à travers une courageuse abstention, laisse passer une motion onusienne demandant à Israël de mettre un terme à sa politique de colonisation. Netanyahou, encore et toujours Premier ministre, réitérera sa position avec le 45e Président américain qui entrera en fonction le 20 janvier prochain. Rien ne bougera.
Entre-temps, Barack Obama se laisse enivrer par les relents jasminés du printemps arabe. Quatre dictateurs déchus plus tard — Ben Ali, Moubarak, Ali Abdallah Saleh et Kadhafi —, Washington est sollicité notamment par la Turquie et l’Arabie Saoudite pour faire tomber le régime alaouite de Damas, auteur d’une inqualifiable répression.

A la fin de l’été 2011, Obama prend virilement position sur la question syrienne en suggérant à Bachar Al-Assad de céder sa place, tout simplement. Comme son homologue israélien auparavant, le maître de Damas fait la sourde oreille. Tayipp Erdogan propose l’envoi de ses troupes en Syrie pour chasser Al-Assad du pouvoir mais à condition que l’Otan, dont la Turquie est un des membres essentiels, lui fournisse une couverture aérienne. Le roi d’Arabie de son côté orchestre des attentats-suicides à Damas et arme à tout-va les soldats syriens déserteurs et autres opposants. Du Qatar et sur les ondes d’Al-Jazeera, le télévangéliste cheikh Al-Qaradawi envisage les conditions du djihad contre les Alaouites, et dès lors est lancé un appel aux routards du djihadisme international. La sainte alliance est en ordre de bataille. Enfin presque. Obama refuse à Erdogan l’indispensable couverture aérienne et exige des Saoudiens de ne fournir que des armes légères aux rebelles. Sur le terrain, le front anti-Assad est loin d’être homogène. L’ASL (Armée syrienne libre) d’un côté, Al-Nosra, appellation non contrôlée d’Al-Qaïda, d’un autre. Sans oublier les Kurdes de Syrie qui demandent depuis 1963 la nationalité syrienne. Les Alaouites sont notamment combattus en même temps par les Kurdes et les Turcs qui sont entre eux de farouches ennemis.

Le b.a.-ba de la logique n’existe plus ici: l’ennemi de mon ennemi est mon ennemi. Un front est certes déterminé à abattre Bachar mais un front trop confus au point où le chef d’état-major interarmées américain, le général Dempsey, déclare en 2012 : «C’est une erreur de croire qu’il s’agit d’une deuxième Libye… il est prématuré de prendre une décision d’armer l’opposition et je défie quiconque capable d’identifier actuellement avec clarté l’identité de l’opposition syrienne.» Moins d’un an plus tard, l’Iran et le Hezbollah s’engagent aux côtés d’Al-Assad et renversent la tendance.
Barack Obama recule en dressant une ligne rouge au régime syrien : pas d’utilisation d’armes chimiques. A la fin de l’été 2013, il apparaît que ces armes ont été utilisées par des éléments de l’armée syrienne loyale. Le Président américain encouragé par son homologue français se doit dé réagir. Trop, c’est trop ! Obama consulte le Sénat qui refuse de voter en faveur de toute intervention militaire américaine en Syrie. Finalement, pour Washington, ce n’est pas très grave car Moscou propose une solution politique : inspection des armes chimiques et leur neutralisation. Proposition adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU. La voie diplomatique pave le chemin aux Russes pour une intervention militaire directe pour soutenir les Alaouites.

Même devant la menace de Daesh, l’ennemi de mon ennemi reste mon ennemi et l’ami de mon ami n’est pas du tout mon ami. De nouveau au début de 2016, les Etats-Unis refusent la couverture aérienne à l’armée turque pour une intervention en Syrie, sous prétexte qu’Ankara s’en prendra d’abord aux Kurdes et accessoirement aux djihadistes. Ces mêmes djihadistes sont combattus à la fois par les Saoudiens qui apprécient peu cette concurrence déloyale et par les Iraniens. Cependant, l’armée saoudienne est embourbée dans un conflit au Yémen où certains des soutiens de Téhéran lui tiennent la dragée haute. C’est compliqué ? Peu importe, aujourd’hui, cette couverture aérienne demandée par Erdogan est fournie par l’aviation russe. L’armée turque, membre clé de l’OTAN, se met en situation de sous-traitance vis-à-vis de Moscou. Joseph Staline en avait rêvé, Barack Obama l’a fait.
Le nom d’Obama est entré toutefois définitivement dans l’histoire des Etats-Unis, plus à Michelle au déhanché célèbre qu’à Barack, dont le pas de «Moonwalking» est devenu lassant.
N. B. E.-M.

Partager cet article

Repost 0