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Naoufel Brahimi El Mili


Au Moyen-Orient, particulièrement en Syrie, les hommes forts de l’année 2016 sont Vladimir Poutine et Tayyip Erdogan. Le Russe est un excellent stratège sur la scène internationale alors que le Turc est un stratège hors pair quant à sa politique intérieure. Désormais, ils sont alliés. Inédit, la Russie se ligue avec un membre clé de l’OTAN, alors qu’il y a à peine plus d’un an, les deux pays étaient à deux doigts d’un conflit, quand un Sukoi 24 fut abattu par l’aviation turque.

Un spectaculaire retournement de situation. Le 29 décembre, un accord de cessez-le-feu est annoncé de Moscou. Ankara acquiesce alors que Damas précise que ni Daesh ni le mouvement islamiste Al-Nosra ne sont concernés par cette trêve. Et pour cause, ces enfants adultérins du Qatar et de l’Arabie Saoudite restent la cible de toute la communauté internationale. Le Haut-Comité de négociations, organe central de l’opposition syrienne, reconnu par l’ONU, se rallie à une possible solution politique.
Un cessez-le-feu est un acte militaire transformé par Moscou en victoire politique puisque son soutien indéfectible au régime alaouite se voit ainsi légitimé. Non seulement l’Union européenne est en dehors de cette dynamique mais aussi les Etats-Unis sont ignorés. Très loin de Genève, où se sont tenues de nombreuses et infructueuses réunions sur la Syrie, la rencontre décisive est prévue à Astana, capitale du Kazakhstan, pays turcophone et ancien membre de l’Union soviétique. Tout un symbole. L’Iran se joindra à ces pourparlers. Faut-il rappeler que ni Moscou ni Téhéran n’étaient présents au Sommet de Paris, tenu en 2014, pour traiter du problème syrien ? Quel échec pour François Hollande, président de la République française qui parle plus aux journalistes qu’aux Russes pourtant incontournables. Un Président ne devrait pas faire ça. 
La chute d’Alep a recomposé les alliances au sein de l’opposition syrienne. Certains groupes se sont ralliés aux Russes à l’instar d’Ahrar Asham. 
Par ailleurs, la «reconquête» de la deuxième ville syrienne va reconfigurer les forces régionales. Le déclin de l’Arabie Saoudite s’accélère : le Liban lui échappe, l’Iran émerge de plus en plus. L’Amérique est devant le fait accompli, la Maison Blanche déclare prudemment que tout effort pour arrêter la violence, épargner des vies et créer des conditions pour une reprise de négociations politiques constructives est le bienvenu. Le 20 janvier prochain quand Donald Trump sera officiellement Président de la première puissance mondiale, les pourtours de l’accord seront dessinés et donc quasiment irréversibles. Moscou, avec Ankara et Téhéran reprennent la main. Les nouvelles forces décisives régionales ne sont pas arabes. Reste à transformer l’essai et ce n’est pas chose aisée, loin de là. 
Une solution politique jalonnant un retour progressif à la paix, fût-il laborieux, ne convient pas aux autres forces aux prétentions hégémoniques. L’Europe qui menace de faire comparaître Poutine devant la Cour pénale internationale au nom de la morale, est pour le moment assise sur le banc de touche. Les rendez-vous électoraux, en France au printemps prochain, en Allemagne à l’automne 2017, vont figer l’Union européenne dans une impuissance devenue coutumière. La famille royale Al-Saoud, soutenue militairement par la France, fera de la résistance pour ne pas regagner sa tente, la tête baissée. Sans oublier l’Amérique de Barack Obama qui accuse les Russes d’ingérence dans ses élections présidentielles, alors que Washington s’était adonné pendant de nombreuses années à l’espionnage de ses alliés historiques en mettant des chefs d’Etat sur écoute téléphonique. Aussi, faut-il ajouter à cette liste, Israël, puissance nucléaire, qui bénéficie de ce chaos syrien pour mener au pas de charge sa politique de colonisation de la Cisjordanie, en dépit de la toute récente résolution de l’ONU.
Quelques heures à peine après l’annonce du cessez-le-feu, commence une étrange guerre de communication. Coïncidence bizarre ce dernier vendredi de l’année, vue à la télévision. Aussi bien sur France 24, la voix de la France à l’étranger et sur Al-Jazeera, porte-voix des monarchies golfiotes, sont diffusés des reportages sous forme de micro-trottoir, où s’expriment quelques Syriens pour dénoncer la trêve qui, selon eux, est une prime donnée aux «actions criminelles» de Bachar Al-Assad. Ce ne sont certes pas des faux témoignages, mais sont-ils représentatifs pour autant ? 
L’opposition syrienne non djihadiste est favorable aux négociations pour se démarquer de Daesh et de ses avatars. Elle souhaite la paix et n’exige plus le départ préalable d’Al-Assad. A ce stade, le sort du Président syrien est un sujet quasi-secondaire. L’enjeu est l’avenir de la Syrie qui sera traité non pas à Genève ni à Vienne mais à Astana, l’arrière-cour de la Russie. Vladimir Poutine est, pour le moment, le maître du jeu militaire, de l’initiative diplomatique qui regroupe la Turquie et l’Iran. L’opposition religieuse entre ces deux pays, sunnite-chiite, se tait devant la menace d’un Kurdistan qui grignoterait leur intégrité territoriale. 
Sur le papier, la démarche russe dispose d’atouts importants. Cependant Poutine veille à ne pas paraître arrogant, il implique le Conseil de sécurité de l’ONU dans le processus d’Astana, annoncé pour le 23 janvier prochain, soit trois jours après l’entrée de Donald Trump à la Maison Blanche. 
Le nouveau Président américain, qualifié hâtivement d’isolationniste, ne peut laisser son homologue russe occuper seul la scène internationale. La cogestion du monde pourra enfin commencer.
N. B. E. M.

Tag(s) : #Politique internationale

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