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“Le FLN, c’est l’État”, a crânement asséné Ould Abbes, le nouveau préposé à l’appareil.
En cela, il a raison : le FLN c’est l’État. Parce qu’il n’y a pas d’État ; il n’y a que du pouvoir.


Et le FLN est l’appareil du détenteur de pouvoir : les clans qui se sont succédé au pouvoir se le sont approprié à tour de rôle et y ont placé leurs délégués exécutifs. Ceux qui se trompent de statut sont éjectés comme “redresseurs”.
Dans un système où le pouvoir prime sur l’État, jusqu’à l’annihiler, comme chez nous, le parti sert non à la formation des élites dirigeantes, mais juste au contrôle des consciences. Il est l’expression du pouvoir total et le relais de la pensée unique qui va avec.
Si, à l’Indépendance, l’Algérie avait pris soin de se doter d’un État avant d’être disputée par les clans puis livrée à la seule volonté des vainqueurs, Ben Bella n’en aurait pas fait un terrain de jeu pour expérimenter des doctrines empruntées au gré de ses“amitiés” internationales : autogestion agraire, nationalisation tous azimuts, arabisation totale… Et aucun de ses successeurs n’aurait eu le loisir d’expérimenter, à sa guise, les recettes qui n’en finissent pas de ruiner le pays.
Le FLN d’aujourd’hui n’a pas à se revendiquer du FLN de 1954 et du Congrès de la Soummam. Le premier est un appareil de pouvoir, le second était un instrument de libération.
Le FLN-front de libération et le FLN-parti ne sont pas comparables quant aux motivations de leurs encadrements : on ne peut pas comparer l’engagement révolutionnaire à l’opportunisme rentier. Non seulement le FLN n’est pas l’État, faute d’État, mais il a failli, à maintes reprises, liquider le peu d’État qui s’est constitué, au fil du temps, par l’abnégation de certains de ses irréductibles commis. L’hégémonie islamiste des années 1990 a montré que le personnel du parti unique était loin de cultiver le sens de l’État. Aux premières vociférations des épouvantails en kamis, leurs chefs, jusqu’ici habitués à sévir sans avoir à se battre, se laissèrent pousser la barbe en signe de conversion, pour certains, inventèrent “la réconciliation” pour ne pas avoir à se positionner, pour d’autres, ou s’égaillèrent simplement dans la nature, pour beaucoup d’entre eux.
L’Algérie a dû alors recourir une nouvelle fois à des “Patriotes” qui pouvaient risquer leur vie pour défendre les villages, les installations et les institutions, à des “maires courage”, des DEC, pour gérer les municipalités, et à des “volontaires politiques” pour monter une assemblée délibérante et faire ainsi subsister un semblant d’État. Loin de l’assumer, le FLN a combattu ce mouvement de résistance contre l’entreprise de destruction nationale.
Au demeurant, Ould Abbes lui-même se dit en mission d’assainir “le FLN de la chkara”.
On croit peut-être avoir “réconcilié” le terrorisme et le patriotisme, mais on peut plus difficilement réconcilier l’amour de la chkara et le sens de l’État.

M. H.

Tag(s) : #Chroniques du jour, #Vie politique

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