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29 JANVIER 2017 PAR PHILIPPE COSTE

Des milliers de personnes ont manifesté contre le décret signé vendredi 27 janvier par le président des États-Unis, interdisant l’accueil des réfugiés et l’entrée des ressortissants de sept pays du Moyen-Orient.

New York (États-Unis), de notre correspondant.-  Un répit. Un bien maigre répit mais qui peut enrayer provisoirement la machine folle de la Maison Blanche. Dans la soirée du samedi 28 janvier, une juge fédérale, Ann Donnelly, saisie par les associations de défense des droits civiques, a suspendu une partie de l’application du texte « Protéger la nation contre l’entrée de terroristes étrangers aux États-Unis », signé la veille par Donald Trump, qui interdit l’entrée sur le territoire américain aux ressortissants du Moyen-Orient. La juge a pris un sursis d’urgence qui interdit momentanément l’expulsion des personnes arrivées avec un visa valide aux frontières américaines. La décision est valable sur l’ensemble du territoire, en attendant un jugement sur le fond quant à la constitutionnalité de ce décret.

Cette mesure est destinée à répondre dans l’urgence au chaos et à la fureur provoqués par le décret signé vendredi 27 janvier par Donald Trump. Présenté comme une défense contre le terrorisme, le texte de Trump interdit l’entrée sur le territoire américain aux familles fuyant les massacres en Syrie, et a suspendu pour 90 jours toute immigration en provenance de l’Irak, la Syrie, l’Iran, le Soudan, la Libye, la Somalie et le Yémen, pourtant déjà sujets aux plus intenses filtrages des autorités consulaires. Il y ajoute une exception qui confirme la discrimination anti-musulmane promise pendant sa campagne : seules les minorités religieuses de ces pays seront considérées, à commencer par les chrétiens.

Quant aux Syriens, ils sont bannis pour l’instant. Peu importe que les malheureux 12 000 réfugiés de ce pays présents aux États-Unis aient subi en moyenne deux ans d’interrogatoires et d’enquête avant de fouler le sol américain. Trump, sur Fox, décrit « l’incroyable criminalité » qui ravagerait l’Allemagne d’Angela Merkel, alléguant en conséquence que « nous ne pouvons plus prendre le moindre risque ». « Le message est porteur, reconnaît Hank Sheinkopf, vieux routier démocrate des campagnes politiques à New York. Dans ce pays, même les gens de gauche ont peur du terrorisme. »

Dès samedi, un rideau s’est abattu sur les frontières américaines. Des ressortissants syriens, iraniens, soudanais, munis de visas parfaitement valides, vivant aux États-Unis parfois depuis des années et munis d’une carte verte, se sont retrouvés refoulés aux postes d’immigration et bloqués dans les aéroports. Selon l’association de défense des libertés civiles (ACLU), une centaine de personnes seraient ainsi arrêtées dans les différents aéroports du pays. À l’extérieur, des centaines de personnes manifestaient au cri de « Let’s them in » (« Laissez-les entrer »).

 

Ce dimanche à Roissy pour l'embarquement vers New York © tweet Julia Vergely

Ce dimanche à Roissy pour l'embarquement vers New York © tweet Julia Vergely

Sans attendre, les compagnies aériennes internationales, notamment Air France, ont commencé à appliquer la nouvelle règle américaine. Elles refusent de transporter vers les États-Unis tous les ressortissants des sept pays désignés dans le décret présidentiel, même munis d'un visa ou d'une carte verte. Elles justifient ce refus par les ordres des autorités frontalières américaines et surtout la nécessité de ramener à leurs frais les passagers refoulés à leur ville de départ. 

Le choc est brutal aux États-Unis, qui a toujours été un pays d’immigration. Les réfugiés, déjà installés aux États-Unis, prennent peur, redoutant de se voir signifier leur expulsion. Les ressortissants du Moyen-Orient et toutes les personnes de confession islamique redoutent de se voir désignés à la vindicte publique. Incrédules, des responsables républicains commencent à prendre leur distance. « Je ne suis pas sûr que cela soit constitutionnel », a relevé Dick Cheney, ancien vice-président de George Bush, pourtant une des figures de la droite dure américaine.

La condamnation de cette disposition est unanime dans le monde. Même si Donald Trump avait annoncé ses projets pendant sa campagne, les dirigeants des autres pays ne pensaient pas qu’il mettrait ses slogans à exécution. Désormais, tous savent qu’il faut prendre Donald Trump au mot. Au pire des maux…

Tandis que l’Iran menace, par mesure de rétorsion, d’interdire l’entrée de son territoire à tous les ressortissants américains, les responsables politiques européens et nombre d’intellectuels, choqués, disent leur consternation. En Europe, le ministre des affaires étrangères allemand Sigmar Gabriel et son homologue français Jean-Marc Ayrault ont critiqué l’ordre de Trump pendant une conférence de presse tenue à Paris. Gabriel a dit que la politique de Trump pour les réfugiés contredisait les traditions chrétiennes américaines d’« aimer ses voisins ». Pendant la même conférence de presse, Ayrault a déclaré que cette politique « ne peut que nous inquiéter » et qu’« accueillir les réfugiés qui fuient la guerre et l’oppression fait partie de notre devoir ». Dès vendredi, Angela Merkel avait mis en garde Donald Trump, lors d’une rencontre à Berlin avec François Hollande, rappelant les principes fondateurs des démocraties occidentales. « Nous avons besoin de prises de position franches et claires sur ce qui caractérise nos démocraties éprises de liberté », insistait-elle.

Dans un premier temps, Theresa May, qui était à Washington vendredi dans l’espoir de faire de la Grande-Bretagne la partenaire privilégiée de la présidence Trump, s’est refusée à toute critique de la politique américaine. Elle s’est contentée de dire dans une conférence à Ankara avec le premier ministre turc Binali Yildirim : « Les États-Unis sont responsables de la politique des réfugiés des États-Unis. Le Royaume-Uni est responsable de la politique du Royaume-Uni en matière de réfugiés. » Mais un porte-parole de Theresa May a infléchi ce discours dimanche 29 en indiquant que la première ministre britannique était opposée à des mesures telles que celles préconisées par Trump : « Nous ne sommes pas d’accord avec ce type d’approche et nous ne le mettrons pas en pratique. »

Le décret de vendredi signe l’acmé d’une première semaine délirante de Donald Trump, président. En six jours de présidence, Donald Trump a trouvé le temps d’apposer son nom au bas d’une douzaine d’executive orders (ordres exécutifs) et de mémorandums présidentiels, des décrets d’une valeur incertaine ou pour le moins inégale, tous destinés, avant tout, à prouver son aplomb surhumain et à confirmer sa détermination auprès de sa base électorale. Sur le fond, ses premiers actes officiels de président s’apparentent plutôt à une version paraphée et reliée cuir de ses harangues de tribune, mais ils offrent les seuls jalons intelligibles de ses premiers pas au pouvoir.

 

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L’ère Trump a commencé de façon tonitruante le samedi 21, avec l’arrivée pour son premier point de presse à la Maison Blanche d’un porte-parole hagard, sommé d’invectiver les médias coupables d’avoir escamoté de leurs images un million et demi de supporteurs prétendument présents à la cérémonie d’investiture. Les « faits alternatifs » ont été intronisés, donnant un des premiers signaux marquants de la présidence Trump. La réalité y devient subalterne.

 

Le mardi soir, le leader américain réagissait à des informations de Fox News sur la violence des gangs à Chicago en promettant par tweets d’y envoyer les forces fédérales. Le lendemain, Donald Trump, mal luné, a requis, à 7 h 10 du matin, à nouveau par un tweet l’ouverture d’une enquête pour fraude électorale, en contestant la réalité des 3 millions de voix d’avance obtenus par Hillary Clinton à l’élection présidentielle, avant de réclamer le soir même le rétablissement de la torture et des sites clandestins de détention de terroristes lors d’une interview sur la chaîne ABC.

Face au monde sidéré

On se perdrait dans cette chronique surréaliste, si elle n’était déjà ponctuée par des dégâts tangibles : l’annonce officielle de la construction du mur à la frontière sud et de l’offensive nationale contre l’immigration a entraîné le licenciement à peine déguisé des quatre plus hauts fonctionnaires non politiques du département d’État, suivis de l’annulation par le président mexicain de son voyage officiel à Washington le 31 janvier.

 

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Quant à l’avalanche de décisions officielles de la semaine, elle soulève autant de questions et de craintes. Dès le 20 janvier, le nouveau président prétendait signer l’arrêt de mort légal de l’assurance santé d’Obama, alors que son annulation implique des années d’amendements et de procédures au Congrès. Au retour du week-end, c’est l’exécution du partenariat transpacifique signé par Obama début 2016 qui est prononcée, suivi par un engagement à renégocier – comment ? – le traité de l’Alena [accord de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique en vigueur depuis 1994 – ndlr] « à l’avantage » des États-Unis.

Dans la foulée, Donald Trump annonçait la relance de deux projets d’oléoducs arrêtés par Barack Obama en raison de leur danger pour l’environnement (voir notre enquête Keystone XL, l’oléoduc qui fâche l’Amérique), puis l’annulation de tout financement public pour les ONG liées de près ou de loin à la pratique de l’IVG dans les pays en voie de développement. On en oublierait presque dans cette avalanche de décisions l’attaque en règle contre l’administration, le gel de toute embauche de fonctionnaires fédéraux (en dehors de l’armée et des forces de l’ordre bien sûr), un remake purement esthétique d’une mesure prise par Ronald Reagan en 1982.

Le jeudi 26, Donald Trump monte encore d’un cran. Plutôt que de brandir une nouvelle fois un ordre exécutif sous l’objectif des caméras, il rassemble plusieurs centaines d’invités dans le grand hall du département de la sécurité nationale. Pour annoncer son offensive contre l’immigration clandestine, le nouveau président s’est résolu à utiliser un téléprompteur : il pivote avec la grâce d’une tourelle de char d’un écran à l’autre pour proclamer « qu’à ce jour, l’Amérique recouvre le contrôle de ses frontières », confirmer le début immédiat des travaux de construction d’un mur fermant la totalité des 3 200 kilomètres de frontière avec le Mexique pour un coût estimé entre 17 et 25 milliards de dollars. 5 000 gardes supplémentaires devraient surveiller la nouvelle muraille américaine et 10 000 nouveaux agents de l’immigration devraient s’affairer à la traque des personnes à expulser en priorité parmi les 11 millions de clandestins installés aux États-Unis, pour certains, depuis des décennies.

L’annonce a sidéré le monde occidental, tant elle tournait le dos à toutes les valeurs et toute la politique américaine. « Nous, Berlinois, savons plus que quiconque la douleur d’un continent coupé par des murs et des barbelés. […] Maintenant, au début de ce XXIe siècle, nous ne pouvons laisser cette expérience historique mise à la poubelle par le peuple à qui nous devons le plus pour notre liberté : les Américains », écrit le maire de Berlin dans une lettre adressée à Donald Trump. Seul, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou lui a apporté son soutien : « Le président Trump a raison. J’ai construit un mur sur la frontière sud d’Israël. Cela a stoppé toute l’immigration illégale. Grand succès. Grande idée », a-t-il tweeté. 

Pour ce projet, Donald Trump assure agir dans le cadre des lois existantes : son mur sera financé, assure-t-il, grâce à un fonds ministériel de 100 millions de dollars destinés à la maintenance de la frontière par le département de la sécurité nationale, reliquat des premiers budgets datant de 2006, l’époque où les républicains, par crainte d’un retour des démocrates au pouvoir, exigeaient déjà un mur et la fin de l’invasion des sans-papiers. Ces crédits devraient permettre de payer pendant quelques mois un ballet de pelleteuses et l’érection télégénique de barrières d’acier à l’est de Tijuana. Mais qu’il s’agisse des effectifs de la police de l’immigration ou des gardes-frontières, comme de toutes les mesures annoncées depuis le 20 janvier, le dernier mot reviendra tôt ou tard au Congrès, seul habilité à dispenser les deniers publics.

« Pour l’instant, le Capitole est en phase avec lui, reconnaît Jay Townsend, éminent conseiller stratégique républicain dans l’État de New York. Et cette série de décrets, loin d’être une manifestation autocratique, constitue l’exercice normal, traditionnel même du pouvoir d’un président. Qu’on soit horrifié ou pas par ces mesures, qu’on doute ou non de leur issue devant le Congrès, ils reflètent mot pour mot ses promesses de campagne, et confirment symboliquement qu’il y a un nouveau patron à Washington. ». Townsend rappelle, non sans raison, que tous les présidents ont eu la plume fébrile dans les semaines suivant leur entrée en fonctions. Bill Clinton et George Bush les premiers, sans oublier Barack Obama, qui parmi les 16 executive orders signés en février 2008, avait ordonné la fermeture de la prison de Guantanamo, une mesure jamais suivie d’effet, en raison de l’opposition du Congrès.

Trump se contenterait-il pour autant de simples promesses en l’air à son électorat ? Entend-il assener son programme de campagne et laisser au Congrès le soin de le bloquer en s’attirant seul les foudres de ses supporteurs ?  

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Une semaine d’élucubrations erratiques semble confirmer ses inquiétantes intentions. Aux dernières nouvelles, Trump y croit. Le populiste né n’entend pas commettre la même erreur que son prédécesseur Obama, idole des foules pendant la campagne, mué ensuite en gouvernant distant, après son entrée en fonctions.  

L’opinion, le feu sacré des milliers de supporteurs présents à ses meetings, restent un appui vital lors de ses inévitables échauffourées avec l’establishment républicain. Rompus aux méthodes activistes de la NRA, le lobby du droit au port d’armes à feu auquel ils appartiennent souvent, ces tifosis n’ont pas leur pareil pour donner des sueurs froides aux élus locaux, bloquer les débats des conseils municipaux et surtout harceler les permanences locales des membres de la Chambre des représentants jugés trop mous.  

Trump a pu trahir un narcissisme pathologique en accusant trois à cinq millions de fraudeurs d’avoir voté pour Hillary Clinton. De même, son obsession puérile pour le nombre de spectateurs présents lors de son investiture l’a conduit à demander une enquête à la direction des parcs nationaux dont les photos de foules, prises à huit ans d’écart, donnaient un avantage incommensurable à l’inauguration de Barack Obama. Un délire nombriliste ? Pour Hank Sheinkopf, le message est évident : « Revoyez ses meetings, relisez les forums sur internet et vous verrez qu’une partie de ses électeurs prend toute critique pour l’émanation d’un noir complot élitiste, remarque-t-il. Ils ne sont jamais plus mobilisés derrière lui que lorsqu’on les victimise, en les traitants de “déplorables”, comme l’a fait Hillary, ou en doutant simplement de leur nombre. »

Dans le miroir de l’ultradroite

 

Manifestation à l'aéroport de JFK à New York samedi 28 janvier © ReutersManifestation à l'aéroport de JFK à New York samedi 28 janvier © Reuters

L’interdiction d’accueil des réfugiés, la fermeture des frontières, le mur, la taxe de 20 % sur les importations mexicaines, qui pénalisera avant tout le consommateur américain, pourraient devenir le nerf de la guerre entre l’élite du Congrès et le peuple de Trump, appelé en soutien essentiel à sa présidence insurrectionnelle. Ce dernier l’a presque reconnu le soir même du 26 janvier lors de son interview la plus complaisante sur Fox News. « Le mur n’est pas que de la politique, a-t-il gaffé. Encore que… cela rassure vraiment les gens de se sentir protégés, à l’abri des dangers du monde. »

Mais sa politique d’immigration pourrait trouver un écho au-delà de sa base. Barack Obama, par légalisme autant que par tactique politique, a gagné sa réputation de « Deporter in Chief » (« expulseur en chef ») en procédant à un record de 2,5 millions de reconductions à la frontière entre 2009 et 2015. Trump, quant à lui, pousse au paroxysme l’amalgame entre immigration et sécurité, brandissant pendant son allocution son bouclier contre « les gangs et les dealers » qui passent la frontière, brouillant la nature même de la vague d’immigration en cours : les Mexicains ne sont plus en cause, remplacés depuis une décennie par les milliers de familles d’Amérique centrale fuyant la violence urbaine et pour la plupart habilitées à requérir l’asile politique. En les renvoyant chez elles sans ouverture de dossier, Washington contreviendrait à toutes les règles internationales.

Peu importe ! Se présentant comme le seul rempart contre un monde fourmillant de criminels et de djihadistes, Trump a depuis longtemps fourbi ses armes émotionnelles, quitte à les intégrer textuellement dans ses executive orders. Le dernier en date exige que le département de la justice ouvre une unité chargée de compiler les crimes commis par les immigrés clandestins. Un hommage au groupe des Angel Moms, une association de familles de victimes d’homicides ou de violences perpétrés par des « illégaux », mentionnée pour la première fois dans la presse le 28 août 2016. Les Moms, applaudies à la demande de Trump le 26 janvier, étaient au premier rang des invités au département de sécurité nationale, gage de leur utilité future. À l’instar des Mothers against drunk driving, l’organisation spontanée, celle-là, des mères contre l’alcool au volant qui a bouleversé le code pénal américain en vingt ans. Ces associations pourraient peser lourd dans la bataille qui s’annonce entre la Maison Blanche et les « villes sanctuaires », accusées de soustraire leurs administrés sans papiers aux arrestations par les services fédéraux de l’immigration.

Le sanctuaire répond à une nécessité d’ordre public : à New York, San Francisco ou Los Angeles, Denver ou Houston, des zones urbaines où les clandestins de longue date ont fondé des familles ou vivent dans des foyers parfaitement légaux, les expulsions pourraient déstabiliser des quartiers entiers et solliciter dangereusement les services d’assistance sociale. New York promeut même l’intégration et le travail, en encourageant les sans-papiers à obtenir la carte d’identité municipale qui leur permet comme à tout administré d’ouvrir un compte en banque et d’accéder aux administrations. Le maire, Bill de Blasio, conscient que 400 000 titulaires de la carte, la moitié de la population concernée, sont en situation irrégulière, a déjà annoncé à la Maison Blanche que les fichiers électroniques seront effacés si Washington obtient l’autorisation judiciaire de les consulter. À Boston, le maire a promis d’ouvrir l’hôtel de ville aux clandestins en cas de raids fédéraux. Même à Los Angeles, dont la police a longtemps été décriée pour sa tendance au profilage ethnique, l’édile Eric Garcetti a annoncé dès le jeudi qu’il ne ferait pas exception aux procédures en place dans sa juridiction.

Mais le combat « épique » de Donald Trump contre les grandes cités élitistes livrées au vice et aux étrangers n’a pas fini de galvaniser la frange la plus passionnée de son électorat. Le scénario est l’œuvre de Steve Bannon, l’ancien patron du brûlot droitier Breitbart News promu stratège de sa campagne puis conseiller stratégique et vigie ultrapopuliste du président à la Maison Blanche.  

Bannon, architecte de la victoire du boss, a ostensiblement reçu carte blanche pour diriger la phase cruciale de lancement de l’ère Trump. Mais le psychodrame populiste de cette première semaine n’aurait pu avoir lieu sans le génie de son binôme Stephen Miller, chargé des discours du président. Ce graphomane de 32 ans aux allures d'ascète fébrile est l’un des meilleurs pourvoyeurs de mots d’ordre idéologiques de la Maison Blanche. À 17 ans, ce rejeton d’une famille juive de gauche de Santa Monica s’était mué en incendiaire droitier omniprésent sur les radios locales de Los Angeles, ferraillant contre les préférences envers les minorités et la déliquescence morale des écoles qu’il déclarait « alliés objectifs de Ben Laden » en raison de leur opposition à l’invasion de l’Irak. Pour le compte de l’ultraconservateur Jeff Sessions, le sénateur de l’Alabama, Miller a été le premier à concocter, en 2015, un projet de loi visant à interdire les villes sanctuaires.  

Adossé au cynisme conquérant de Bannon, ce dévot de la cause a ainsi coécrit, avec ce dernier, le discours inaugural sombre et agressif de Trump ainsi que les douze executive orders signés cette semaine. Leur emprise sur le président sème la confusion dans l’équipe présidentielle, affole Kellyanne Conway, stratège communicatrice, et Reince Priebus, le chief of staff, tous deux dépassés par le rythme de la canonnade populiste. Tous deux, à en croire les confidences dépitées venues de la West Wing (Maison Blanche), ont pour mission d’enclencher la présidence insurrectionnelle.

Leur prochaine cible ? Les médias. Une vache sacrée aux yeux de Trump, déjà mise à mal par le premier point de presse du 21 janvier, puis carrément profanée par l’interview insultante de Steve Bannon avec le New York Times en fin de semaine. « L’objectif est de préparer le terrain avant les prochaines controverses et les enquêtes sur le gouvernement, explique simplement sur la radio publique NPR, Kurt Bardella, proche de Bannon et consultant de Breitbart. En décriant la presse, en la déclarant hostile et incarnation de l’opposition politique à Trump, on la discrédite et on réduit son impact à l’avenir. » Trump vient à peine de commencer son mandat, et il lui faut, pour avancer, se trouver de nouveaux ennemis. Chaque jour.

 

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