Une Encyclopédie critique du genre en 740 pages, 80 auteurs et 66 contributions : avec cette nouvelle publication, les éditions La Découverte ne vont pas se faire que des amis du côté de La Manif pour tous et du Vatican. Si « la » théorie du genre n’existe pas et n’est guère véhiculée par les manuels scolaires, il existe en effet « des » théories du genre et des études de genre qui viennent bousculer pas mal de choses que les manuels scolaires sont censés nous avoir apprises. 

La démarche originale de cette encyclopédie se donne à lire dans les entrées choisies où l’on trouve, à côté d’items comme « parenté », « prostitution » ou « inné/acquis », des objets a priori plus inattendus tels « affect », « animal », « drag et performance », « espace urbain », « internet », « mondialisation », « nation », « taille », « fluides corporels » ou « technologie ».

 

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Partant du « patrimoine commun des études de genre en sciences sociales » constitué par « quatre domaines de recherche qui placent la sexualité au cœur de leur analyse, à savoir les travaux féministes sur l’hétérosexualité comme système politique, les recherches socio-démographiques et historiques sur les pratiques sexuelles et leurs significations sociales, les études gaies et lesbiennes et enfin les études queer », cette encyclopédie tente en effet de montrer comment la notion peut informer, voire réformer, des savoirs que l’on pourrait croire éloignés de son champ de recherches.

 

En explorant les études de genre à travers trois axes : « le corps, la sexualité et les rapports sociaux », les auteurs tentent à la fois de diversifier les approches et de mettre à jour les principaux dispositifs d’apprentissage « par corps » de la masculinité et de la féminité, en faisant dialoguer sciences sociales, génétique, anthropologie biologique et environnement.

On en ressort avec quelques troubles sur des préjugés encore largement partagés. Les différences de voix, de taille, de poids entre les hommes et les femmes, tout comme celle des organes génitaux, ne sont pas « données » par la nature. Et les exceptions au dimorphisme mâle / femelle, « que l’on s’intéresse aux organes génitaux apparents, à la présence des gonades (testicules ou ovaires), à la formule chromosomique (XX ou XY) ou aux taux hormonaux », sont aussi banales et variées.

Les auteurs n’esquivent pas le fait que les « objets d’enquête abordés dans cet ouvrage sont inséparables de causes politiques et de questions clivantes au sein des mouvements féministes et LGBT. Ainsi en est-il de la prostitution, de la pornographie, de l’identité civile des personnes transgenres, de la filiation des couples de même sexe, de la gestation pour autrui, de la sexualité des mineur.e.s ou du statut des animaux non humains… » Et ils n’ignorent pas non plus que si les études de genre « se sont constituées face au déni des effets de genre dans la plupart des travaux de sciences sociales, elles n’ont cependant pas échappé à l’aveuglement face à d’autres rapports de domination, engendré par une focalisation sur le genre ». 

Cette Encyclopédie critique du genre a été dirigée par Juliette Rennes, sociologue et maîtresse de conférences à l’EHESS. Elle dialogue pour Mediapart avec un membre du comité éditorial de cette entreprise scientifique et politique, l’anthropologue Gianfranco Rebucini.